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Paris Rome VIIe Partie. En Italie d'Aoste à Pavie. Des Alpes à la plaine du Po.

30 Mai 2024 , Rédigé par Guillaume Lagrée

Paris Rome VIIe Partie. En Italie d'Aoste à  Pavie. Des Alpes à la plaine du Po.

Paris – Rome VIIe partie

Omnes viae Romam perducunt

En Italie d’ Aoste  à Pavie.

 Des Alpes à la plaine du Po

Samedi 27 avril – vendredi 10 mai 2024

11 jours de marche

Via Francigena 

Guide officiel & guide officieux (pour le trajet)

BD Bona Via de Valerio Barchi sur la Via Francigena (in italiano). Pour comparer mes impressions avec celles de l'auteur.

Guida verde Via Francigena del Touring Club Italiano. Pour les visites culturelles et les recommandations gastronomiques.

Ivrea. Lac.

Ivrea. Lac.

Après avoir franchi seul les Alpes de Nyon (CH) à Aoste (I) en juillet 2023 par le Col du Grand Saint Bernard (2473m) , point culminant de la Via Francigena et de mon chemin de Paris à Rome, un ami de 20 ans, N, a décidé de me suivre cette année des Alpes à la plaine du Po, d'Aoste à Pavie.

Seul, on va plus vite. Ensemble, on va plus loin. Proverbe africain.

En l'espèce, ce ne fut pas le cas car N était à la fois mal équipé et mal préparé. Il a échappé au malaise cardiaque (Deo Gratias!) mais a dû écourter son séjour. Pour ma part, j'ai fini en duo avec un autre Français, M, rencontré en chemin qui est devenu un ami. " En voyage, trompez vos amis avec des inconnus " (Paul Morand).

Samedi 27 avril: Paris – Lyon

Brasserie Georges à Lyon.

Depuis des éboulements en Savoie en août 2023, il n’y a plus de train direct de Paris gare de Lyon à Milano Centrale avec arrêt à Turin pour la correspondance en direction d’Aoste, chemin que j’avais fait en juillet 2023 dans l’autre sens (Aoste-Turin – Paris). Il me faut prendre un Flixbus pour Aoste en gare de Lyon Perrache. Etape à Lyon ce soir chez un ami, G.

TGV Paris gare de Lyon (17h) – Lyon Perrache (19h10). Je trouve assez facilement la brasserie Georges où je trouve facilement M, une amie de G qui me remet les clefs de son appartement, G étant absent de Lyon ce week-end. Délicieux dîner. Salade de lentilles vertes, quenelle de brochet sauce écrevisses (sans riz blanc depuis le passage de la shrinkflation). En dessert, une omelette norvégienne pour 2 en prétextant mon anniversaire. C’est faux mais au vu du dessert, de la bougie et de l’orchestre de Jazz qui joue Happy birthday to You, ça vaut le mensonge.

M m’emmène ensuite au dépôt de bus de Lyon Perrache puis chez G qui vit non loin. Nuit paisible.

Aoste. Arc d'Auguste.

Aoste. Arc d'Auguste.

Dimanche 28 avril : Lyon (F) – Aoste (I)

Maison Croix de ville à   Aoste. 50€/2.

Au matin, je vais chez le boulanger acheter pain, croissants, brioches pralinées. Puis je fais le marché du dimanche cours Bayard à Lyon : chèvre frais, faisselle de chèvre, tomme de chèvre et fraises chez Fred (ferme des monts du Lyonnais), 2 tranches de Jésus de Lyon et une salade de museau de porc chez le charcutier, oranges maltaises chez un primeur du marché.

N arrive vers 10h30. Délicieux brunch complété par le miel de l’Yonne et le beurre salé de Bretagne de G. Nous bouclons nos sacs et laissons les clefs ainsi que le reste de pain à la voisine. Les restes de tommes, faisselle, fraises restent dans le réfrigérateur de G qui les trouvera à son retour en cadeau souvenir.

Nous filons ensuite vers la gare routière de Lyon Perrache. Là, nous tombons dans le vortex, le trou noir, le centre d’échanges de Lyon Perrache selon son appellation officielle. Après avoir cherché notre chemin sur le GPS (peu clair), appelé G qui répond, M qui ne répond pas, nous arrivons aux bus et un chauffeur de Flixbus nous dit : parking pas gare routière. Nous ne comprenons rien. Un voyageur nous prend en pitié et nous explique comment parvenir à la plateforme, 200m plus haut. Nous y arrivons après 12h20, heure à laquelle est parti notre bus pour Turin avec arrêt à Aoste.

Il nous faut trouver l’agence Flixbus pour changer de billets. Compliqué. Une fois l’agence trouvée, la caissière nous vend 2 allers simples pour Aoste à 155,43€ (mon billet acheté en ligne il y a 3 mois m’avait coûté 27,99€. En gros, ce nouveau billet me coûte 3 fois plus cher que le précédent : 77,71€ au lieu de 27,99).

Arrivée à Aoste à 20h25 au lieu de 18h05. Changement de bus à Chamonix au lieu d’un direct.

Il faut désormais trouver le bus. Nouvelle épreuve de sélection olympique. Nous ne trouvons pas, revenons à l’agence et un gars de Flixbus nous explique gentiment. Galerie D comme Démosthène. Nous trouvons la galerie D mais aucun écran d’affichage des bus n’y figure. Il faut regarder chaque bus qui arrive, un par un, pour trouver le sien. Pas de panneau, pas de flèche, pas d’écran, pas d’affiche. Rien. Niente. Nada. Nothing.

Tout semble organisé pour vous faire rater votre bus, changer de billet et le payer plus cher.

La gare routière de Lyon Perrache est une honte tant elle est mal conçue et mal organisée. J’espère que l’architecte qui a conçu ce délire urbain est mort dans d’atroces souffrances. Il le mérite pour cette œuvre. J'ai trouvé le nom du coupable. Il est bien mort.

Le bus roule jusqu’à son terminus, Chamonix. 1h30 d’attente avant le bus pour Milan qui s’arrête à Aoste. Thé chaud pour nous réconforter au Refuge des Aiglons (**** calme et confortable).

Le 2e bus arrive avec 25mn de retard à Chamonix mais à l’heure à Aoste après avoir franchi le tunnel du Mont Blanc. Neige fraîche sur les Alpes.

Pas de dîner à Aoste vu notre brunch du jour. N, mon GPS, trouve notre gîte. J’avais appelé le propriétaire de l’appartement depuis Chamonix. Je le rappelle depuis Aoste. Il m’explique. Je récupère les clefs. Gîte propre, confortable. Rien à manger mais il y a du thé et N a amené son cake au citron fait de ses mains. Nuit paisible.

Chatillon. Les 3 ponts.

Chatillon. Les 3 ponts.

Lundi 29 avril : Aoste – Chatillon. 1ère journée de marche. 28 km.

B&B Au coin du château, Chatillon. 70€/2 avec petit déjeuner.

Trattoria La Lanterna, Chatillon.

Nous commençons par l’étape la plus longue et la plus dure. Montées et descentes incessantes. Sali scendi in italiano. Tri très sélectif. J’aurais dû raccourcir l’étape. Démarrage trop exigeant surtout pour un randonneur débutant, mon ami N. Une étape de 15km eût été franchie plus aisément.

Démarrage le matin. La bouilloire ne marche pas. Je fais bouillir de l’eau sur le gaz dans une casserole et la verse à la louche dans les bols. Heureusement, il y a du thé et le délicieux cake au citron de N. Nous trouvons facilement la balise de la Via Francigena indiquée à partir de la rue Prétorienne qui mène à la Porte prétorienne, porte d’entrée d’Augusta Praetoria, aujourd’hui Aoste.

En sortant de la ville, photo obligatoire devant l’arc d’Auguste qui marque le départ du chemin vers Rome. Passage sur un pont romain. Il n’y a plus d’eau dessous car la rivière a changé de cours au XIXe siècle.

Montée dans les vignes vers Saint Christophe. Le Val d’Aoste fait du vin sur les pentes exposées au soleil. Comme les Jurassiens sur France et les Vaudois sur Suisse. Montée au château de Quart (XIIe siècle). En travaux de rénovation. Nous ne le vîmes que d’un seul côté.  En chemin, nous sommes dépassés par un papy français en pleine forme, qui voyage léger, d’un pas allègre. Nous le retrouverons plus loin et il deviendra un ami.

N a surestimé ses forces et sous-estimé la difficulté. Sac beaucoup trop lourd. Je lui ai transmis deux fois la liste des objets à emporter et indiqué le poids maximum (20% maximum de son poids sur le dos). Par stress et manque d’expérience (1ère randonnée itinérante), il a pris beaucoup trop d’affaires, porte beaucoup trop sur le dos et souffre un martyre qu’il s’est infligé. Il n’est pas loin de craquer dès la première étape.

Pause à Nus.  Nous trouvons un bus pour Chatillon. Le bus remplace le train. Il fallait prendre le billet en gare. Nous l’ignorions vu que rien n’est indiqué dans l’abri bus. Tant pis. Le chauffeur nous laisse monter sans billet. Voyage à l’œil (4€ en moins. Nous ne ruinons pas les FS). Descente en gare de Chatillon Saint Vincent. Le GPS est formel. 2200m de montée pour arriver au gîte.

Avec la fatigue, N et moi sommes proches de nous chamailler comme des gamins. Après une longue route fermée aux voitures, il faut traverser la SS26 (Strada Statale : route nationale). Au milieu des voitures et des camions. Dangereux. Nous passons. Puis nous prenons une pente herbue directement pour arriver à la petite route au-dessus qui mène au gîte. Aucun panneau indicateur mais je trouve grâce à une mamie voisine qui prend pitié de nous.

Notre hôte, Egidio (Gilles en français) est de la classe 1953. Ancien instructeur montagne alpinisme à l’école des chasseurs alpins d’Aoste. Il connaît ses montagnes comme sa poche. Son avis a plus de poids que le mien et il certifie à N que son sac à dos est trop lourd (zaino troppo pesante) et qu’il ne pourra pas avancer ainsi. Il lui propose d’emmener demain son sac à Verres, l’étape suivante. Je propose à N qu’il paie un transporteur de bagages ce qui lui permettra de continuer de marcher. A défaut, il devra rentrer chez lui plus tôt que prévu.

Gîte tout confort de style montagnard. Grande chambre à 2 lits. Grande salle de bains. Grand salon cuisine pour le petit déjeuner. 1ère lessive qui finit de sécher sur les radiateurs car il fait encore bien frais fin avril dans le Val d'Aoste à 500m d'altitude.

Ripailles du soir dans un restaurant local à Chatillon. Trattoria la Lanterna. Assiette de charcuteries et fromages locaux en antipasto. Gnocchi au bleu d’Aoste avec pistaches en primo piatto. Polenta aux herbes et cerf en secondo piatto pour moi. Il n’y avait plus de veau. A la place, j’ai droit au cerf. Je gagne au change. Je n'ai pas pu finir la meilleure polenta de ma vie. Au dessus de mes forces, je l'avoue. Pas de dolce car nous sommes calés. Liqueur de chardon de Chatillon en digestif. Un délice des dieux de la montagne. 71€ pour 2 avec 2 bouteilles d’acqua naturale (sans gaz ajouté). 10mn à pied pour rentrer au gîte nous aident à digérer.

Verrès. Collégiale Saint Gilles. Notre gîte du soir.

Verrès. Collégiale Saint Gilles. Notre gîte du soir.

Mardi 30 avril : Chatillon – Verres. 21km.

Collégiale Saint Gilles, Verrès.   Offrande libre des pèlerins.

Ristorante Due Valli, Verrès.

Bon petit déjeuner avec sucré et salé. Fromage et jambon d’Aoste. Le vrai, pas la cochonnerie industrielle produite en France sous le nom usurpé de « jambon d’Aoste ». AOP jambon de Bosses produit à Saint Rhémy de Bosses, Val d'Aoste, Italie (1600m) depuis 1377.

J'aurais dû prévoir une halte à Saint Vincent, aux thermes, face aux Alpes. L'étape eût été doublée, plus chère mais aurait été franchie plus aisément. Dans le Jura, entre Dole & Poligny, j'avais apprécié une après-midi aux thermes salines de Salins les Bains un 3e jour de marche.

N laisse une partie de ses bagages et reviendra les chercher en bus ce soir. Il fait bien de revenir car j’ai oublié dans la chambre mon porte-monnaie et mon portefeuille avec carte bleue, carte nationale d’identité, cartes de visite et une belle somme d’argent liquide pour payer gîtes et courses en Italie. Je ne les ai pas rangés correctement hier soir en rentrant au restaurant. Heureusement pour moi, Egidio a effectué une inspection de chambrée après notre départ.

Belle étape avec encore beaucoup de montées et de descentes. N porte mieux son sac allégé mais souffre de chaussures trop courtes (une amie qui ne lui veut pas du bien le lui a conseillé. Elle, il l’a écouté, curieusement). Résultat : dans les descentes, ses orteils cognent au fond des chaussures et il a mal. Il descend très lentement.

Pause pique-nique sur un banc face à une cascade à deux branches. Splendide.

Beau temps. Ca se réchauffe. Des nuages mais pas de pluie. Pique-nique en forêt avant une montée. Arrivée à Monjovet (Mons Jovis. Mont de Jupiter) après 16h alors qu’il reste 2h30 de marche.

Seule solution : prendre le bus pour Verrès. Abribus sans aucune indication. Nous allons dans un café boire un verre et demandons à la patronne et aux clients. N cherche sur Internet et finit par trouver. Il réserve les billets. Bus à l’heure. Il faut compter les arrêts annoncés en italien et en français par une voix enregistrée de femme couverte par la pop italienne qu’écoute le chauffeur. Compliqué. Nous trouvons notre arrêt de bus et arrivons sans difficulté à la collégiale Saint Gilles (collegiata San Egidio). Site impressionnant dominant le village, face aux montagnes. Gite du Duecento (XIII° siècle). Il sera difficile de trouver plus ancien en chemin.

Après Egidio (Gilles) notre ange gardien de la veille à Chatillon, nous sommes sous la garde de Sant'Egidio (Saint Gilles).

Je sonne aux portes. Personne ne répond. J’appelle le numéro de téléphone et je l’entends sonner à l’intérieur. Personne ne répond. Je laisse des messages à Don Alessandro sur son whatsapp. N part en taxi récupérer ses bagages et mon pognon. Finalement, à 18h45, une porte s’ouvre et Don Alessandro sort. En tenue de sport avec écrit sur le sweat shirt Don Alessandro Vallée Sport. Il devait servir la messe de 18h m’avait dit N. Pas sot. Je n’étais pas au bon endroit au bon moment. Nous sommes arrivés à 18h au niveau supérieur. Il fallait arriver avant 16h30 au niveau inférieur. N et moi ignorions ces deux informations.

Intérieur austère, monacal, propre et froid avec grands dortoirs et grande salle de bains. Il y a de l’eau chaude. 15°C dans les chambres sans chauffage. Nous avons notre sac à viande et notre serviette de toilette et il y a des grosses couvertures. Comme nous sommes les seuls occupants du dortoir, j'ai pris 3 couvertures pour moi seul cette nuit là. Vue sur le village et les montagnes.

Dîner au restaurant Due Valli recommandé par Don Alessandro. Antipasto : lard d’Arnad aux herbes de montagne avec châtaignes confites dans le miel. Le seul lard AOP en Europe. Selon les Aostans. Les Toscans se défendent avec le lardo di Colonnata. Produit à Arnad, Val d’Aoste. Primo piatto : papardelle al ragu di cinghiale (grandes pâtes au ragoût de sanglier. J’ai envoyé la recette à ma tante de Bourgogne à qui ses voisins chasseurs offrent du sanglier). Pas de secondo piatto. Un pain perdu en dessert comme je n’en ai jamais mangé en France. Exceptionnel. N se régale d’une assiette de charcuterie du Val d’Aoste puis d’une soupe locale à la Vapelenentse. Plus solide que liquide. Elle se mange à la fourchette. Pas de grande cuillère d’ailleurs.

Fort de Bard.

Fort de Bard.

Mercredi 1er mai : Verrès – Pont Saint Martin. 15km.

La Casa di Margherita. Pont Saint Martin. 60€/2 avec petit déjeuner.

Meta Pizza, Pont Saint Martin.

Etape courte, facile mais rendue plus difficile par la pluie voire le vent.

A 8h, nous partons prendre notre petit déjeuner dans un bar conventionné avec l’hospice pour pèlerins de Verrès.  Nous faisons tourner le commerce local. N part en taxi avec ses bagages pour Pont Saint Martin, se repose et cherche un transporteur pour ses bagages.

Je pars seul à pied, m’égare un peu mais en suivant les conseils des habitants, je retrouve la gare et le balisage de la Via Francigena.

Pluie du matin n’arrête pas le pèlerin. Journée de marche sous la pluie. Fort de Bard dans la brume. Voie romaine de Donnas aux pierres glissantes. Eboulement sur la voie qui est largement inaccessible. Il faut marcher sur la route face aux voitures avant de pouvoir reprendre le chemin. Pique-nique sous un abri bus près de la gare de Bard. Je finis en traçant sur le trottoir le long de la route qui mène à Pont Saint Martin.

N vient me chercher place de la Mairie et porte mon sac jusqu’au 3e étage sans ascenseur. Douche, lave-linge, séchoir, thé avec cake au citron. Après une journée de marche sous la pluie, le confort me fait grand bien. Mon camarade me traite bien après l’effort. Merci à lui.

L’appartement est confortable, bien équipé, avec vue sur les montagnes. La météo nous empêche de profiter de la terrasse et de la vue. 1er mai dans le Val d’Aoste. N a repéré une pizzeria ouverte un soir de 1er mai. Nous avons de quoi prendre un petit déjeuner demain matin. N n’a pas encore réglé la question du transport de ses bagages. Demain, il ira en bus à Ivrea, Piémont, la ville d’Olivetti.

La pizzeria est à 5mn à pied de notre appartement. Pizza servie dans un carton, déjà tranchée, avec des couverts en plastique. Bonne et pas chère. 16€/2. Eau et TVA offerts. En effet, ma chaise en plastique a cédé sous mon poids. Atterrissage brutal sur la fesse gauche. Pas sur le coccyx heureusement. Patron, serveuses, clients, tout le monde s’inquiète pour moi. Très gentiment.

 

Villa d'Ivrea.

Villa d'Ivrea.

Jeudi 2 mai : Pont Saint Martin – Ivrea. 21.5km. Passage du Val d’Aoste au Piémont. Fin de l'aire francophone. Depuis mon départ de Paris en mars 2019, je parlais français en France, en Suisse, dans le Val d'Aoste. Adesso si parla italiano.

Canoa Club, Ivrea. 43€/2.

Ristorante albergo Aquila Nera, Ivrea

Pasticceria Balla, Ivrea

Mon père, Michel Lagrée (1946-2001), qui m’a donné le goût de la randonnée pédestre et du Jazz, aurait eu 78 ans aujourd’hui.

Petit déjeuner à l’appartement. Thé, café, biscottes, fruits, yaourts. La Signora Margherita nous a gâtés. Journée de pluie. Une m’a suffi la veille. Je pars en bus avec N. Nous ne franchissons pas à pied, le pont romain qui donne son nom à ¨Pont Saint Martin, sépare le Val d’Aoste du Piémont, l'aire francophone de l'aire italophone.

Logement au Canoa Club, une auberge de jeunesse pour sportifs, située juste au-dessus de la Doire baltée (Doira baltea in italiano), rivière que nous suivons depuis le départ d’Aoste et du parcours de canoë kayak de niveau international (étape de la coupe du monde en septembre 2024).

Je mets mon linge à sécher partout car il n’était pas encore sec quand nous partîmes ce matin. Pique-nique sur place. Courses en ville. N s’achète des chaussures italiennes de trekking (Ande) dans un magasin spécialisé montagne avec un vendeur qui ne force à rien. J’achète des timbres (1,30€ chacun) pour les cartes postales humoristiques de montagne offertes par le vendeur du magasin de sports. Délicieux goûter à la pasticceria Balla. Thé et tarte aux poires pour moi. Café et brioche sicilienne pour N.

 Je demande au patron du Canoa Club une solution pour les bagages de N. Il en trouve une. Pour 50€ il laisse son surcroît de bagages à Ivrea. Un transporteur les emmènera en voiture au gîte de Vercelli où N les retrouvera dimanche 5 mai. A Vercelli, lundi 6 mai, N prendra le train pour Milan puis pour la France.

Pour le dîner, en 2h de ballade en centre-ville, nous trouvons vaguement 2 pizzerias. Après une halte au gîte, nous repartons et tombons immédiatement sur un hôtel restaurant, l'Aquila nera (l'Aigle noir en français) fondé en 1971, mon année de naissance, par un Amalfitain, Antonio dit Tony. Un sudiste qui est venu faire fortune au Nord en vendant la cuisine du Sud, c’est classique en Italie. Je me régale de pâtes aux fruits de mer et d’espadon (pesce spada in italiano) avec croquettes de pommes de terre. Meringue aux fruits des bois en dessert. Une tuerie. 70€/2 mais ça les vaut.

Lac de Viverone.

Lac de Viverone.

Vendredi 3 mai : Ivrea –Viverone. 20km selon le guide. 29km sur le terrain

Départ à 9h. Arrivée à 19h. Longue journée de marche sous un très beau soleil.

B & B Lagora, Viverone. 65€/2 avec petit déjeuner.

Ristorante Seminara, Viverone

Rien à manger au Canoa club d'Ivrea. Nous avions testé la délicieuse pâtisserie Balla pour le goûter la veille. Nous y revenons pour le petit déjeuner ce matin. Crostata ai mirtilli et thé pour moi. Toujours délicieux.

En suivant les indications de Matteo, le patron du Canoa Club, nous tombons sur le poste de contrôle (check point in english) de l’association de la Via Francigena. Une Italienne, la petite soixantaine, nous interpelle et nous prend en photo pour le Face de bouc de la Via Francigena. Nous signons l’autorisation de publication conformément aux normes UE sur le respect de la vie privée. Elle nous propose aussi un questionnaire de satisfaction sur la Via Francigena mais nous y avons déjà répondu au Canoa club. Nous avons aussi droit à notre pin’s (je l’ai perdu en chemin).

Bref, la Via Francigena est une affaire bien organisée en Italie. Elle amène des touristes dans des lieux qui ne sont ni des stations balnéaires ni des sites inscrits au patrimoine mondial de l’humanité par l’UNESCO (l’Italie est n°1 mondiale en la matière. Evidemment).

En sortant de la ville d’Ivrea, nous allons vers les lacs d’Ivrea. Des passants italiens nous indiquent les 2 chemins possibles pour la Via Francigena. Par les lacs, c’est plus beau et plus long. C’est le chemin que nous choisissons. Les lacs d’Ivrea sont magnifiques mais c’est long.

D’ailleurs, nous nous perdons et retrouvons un sentier qui nous mène jusqu’au village de Chiaverone. De là, nous prenons la route pour Burolo où nous retrouvons la marque de la Via Francigena. Une dame nous a indiqué la route à Chiaverone. Ensuite, le chemin est facile mais long. Beaucoup de goudron. De belles églises romanes mais pas aussi riches qu’en Auvergne ou en Bourgogne.

Fin d’étape en descendant vers le lac de Viverone. Magnifique mais il faut encore marcher 2km sur une route au-dessus du lac avant d’y descendre trouver notre gîte. Nous arrivons à 19h épuisés dans une maison confortable avec jardin donnant sur le lac. Splendide. L’orage éclate à 19h15. Nous sommes arrivés juste à temps. Mercure, dieu des voyageurs, veille sur nous.

Délicieux dîner de poissons au restaurant Seminara, en terrasse, avec vue sur le lac mais bien abrités de l’orage. Macaroni de Messine en primo piatto pour moi. Carpaccio aux 3 poissons (thon rouge, saumon, espadon) pour N. Thon grillé avec salade de petits légumes et agrumes en secondo piatto. En dessert, un délice au citron avec force crème et chocolat. Je suis tellement fatigué que je saigne du nez au début du repas. Le serveur s’inquiète pour moi, m’offre plein de papier pour m’essuyer et me guide vers les toilettes (il bagno in italiano). Cela cesse aussi vite que cela a commencé.

En chemin, 2 points d’eau pour randonneurs, outre les fontaines de village. Un devant le cimetière de Burolo et un devant une église romane en ruines au-dessus du lac de Viverone. En outre, 2 haltes pour pèlerins aménagées avec tables et chaises à l’ombre, emplacement pour écrire et laisser ses souvenirs. Un réalisé par un citoyen de Palazzo canavese avec banco del passagero, timbre, feuille, stylo, écritoire. Un autre dans un verger, l’orto del coniglio (le jardin du lapin) en surplomb du lac de Viverone.

Les Italiens sont très accueillants avec les pèlerins de la   Via Francigena, toujours prêts à aider, à conseiller. C’est une affaire bien organisée. Ils sont prévenants mais jamais envahissants.

Ferme de rizière.

Ferme de rizière.

Samedi 4 mai : Viverone – Santhia. 21km.

Ostello amici della Via Francigena di Santhia. Offrande libre des pèlerins.

Ristorante Pasqua, Santhia.

Après une nuit d’orage, aube magnifique sur le lac de Viverone. Tout est beau et paisible. Délicieux petit déjeuner (le meilleur de ce séjour en Italie) dans une tente chauffée avec vue sur le lac.

Nous suivons la route face aux voitures et aux camions jusqu’à Coviglio. Là, nous retrouvons la Via francigena. C’est plus long mais plus sûr avec des routes de campagnes qui traversent champs de blé et rizières.

Arrivée tranquille à Santhia. J’appelle le gîte et Mario vient nous chercher devant la collégiale Sant’Agata. Timbre du jour sur la crédence de pèlerin. Enregistrement. Logement dans un palazzo du Cinquecento (XVIe siècle). Ici c’est beaucoup plus confortable qu’à Verres. Je donne donc beaucoup plus comme offrande de pèlerin au gîte. N a allégé son sac mais, malgré ses nouvelles chaussures italiennes, il a toujours mal aux pieds. Il lâche prise. Il prendra le bus demain dimanche pour Vercelli avant de prendre le train lundi pour Milan et la France.

Le gîte pour pèlerins de Santhia nous offre une vingtaine de cartes postales typiques de nos étapes en Piémont et Lombardie. J’en prends 13. Par contre, les timbres pour la France sont introuvables dans les bureaux de tabac et la Poste est fermée. Mario m’en vend 4. J’ignore s’ils sont au bon tarif mais je fais confiance. Lessive à la main. Séchage dehors sur des fils suspendus au balcon de notre 3e étage, sur la cour intérieure. A l’italienne.

Dîner local au restaurant Pasqua. Typique et délicieux. Je mange un plat de paysans piémontais, reconstituant après une journée de marche, la panissa : riz, haricots rouges, lardons, sauce aux champignons . Puis un filet de fassina (veau local) avec des pommes de terre sautées, de la salade verte, un ketchup et une mayonnaise maison. Le choix de gâteaux et de glaces est tout simplement hallucinant. Le restaurant est aussi un salon de thé pâtisserie. J’opte pour une glace citron agrumes et N pour une glace chocolat pistaches. 77€/2. Pas volés.

Vercelli. Basilique San Andrea.

Vercelli. Basilique San Andrea.

Dimanche 5 mai : Santhia – Vercelli . 27km

Hospitale Sancti Eusebi, Vercelli. Offrandes des pèlerins.

L’étape est longue et plate au milieu des rizières. Pas d’ombre et pas d’eau pendant 12km. N est cuit. Nous prenons le train régional.

C’est le 2e jour du Giro d’Italia. Il passe à Santhia cet après-midi mais nous partons avant. Quand les FS nous le permettront car c’est un jour de grève (sciopero in italiano).

Décollage laborieux. Nous trouvons difficilement la gare. Nous manquons le train de 9h38 pour Vercelli, réservons nos places pour celui de 10h16 qui arrive avec 30mn de retard.

A Vercelli, visite de la basilique Sant’Andrea et de son cloître. Splendide. Une pensée pour mes grands-parents maternels, André et Andrée. Dégustation de glaces chez Grom, marque italienne qui a des boutiques à Paris. Pique-nique dans un parc.

Arrivée à 14h à l’Hospitale Sancti Eusebi où nous sommes très bien reçus. Lessive à la main qui sèche au jardin. Je sors poster mon courrier. Les bureaux de tabac (tabacchi sale in italiano) sont fermés un dimanche après-midi. J’achèterai de nouveaux timbres un autre jour. Je repère le chemin pour sortir de la ville par la Via Francigena. C’est bien indiqué. N fait la sieste.

Nous sommes les 2 premiers arrivés dans le dortoir. B arrive. Un retraité lorrain de 72 ans qui a quitté son village près de Verdun en Meuse, a rejoint la Via Francigena à Langres (Haute-Marne) et la suit jusqu’à Rome. Puis arrive M qui nous avait doublé au départ d’Aoste le lundi 29 avril et que j’avais rencontré hier à Santhia. 70 ans, médecin du travail, toujours en activité.  En pleine forme.

Délicieux dîner des pèlerins au gîte, préparé par nos hôtes italiens. Ils sont 3 et nous sommes 6 marcheurs français. En entrée, une soupe de légumes et pâtes avec grana padano. En plat, une tarte salée aux courgettes, épinards, œufs et fromage accompagnée d’une salade mixte (salade verte et carottes). Ni fromage ni vin. Pomme en dessert. Tout à fait sain comme la conversation sympathique en français et italien entre les convives.

Nuit à 4 célibataires hommes dans le dortoir, le couple légitime de Français ayant sa propre chambre.

Vu les prestations et la chaleur de l’accueil, mon offrande fut plus généreuse encore que la veille à Santhia.

Rizière

Rizière

Lundi 6 mai : Vercelli – Robbio. 15km. 4h30. Passage du Piémont à la Lombardie. Etape facile.

Agriturismo Pescarolo, Robbio.

Pizzeria Mezza Luna, Robbio.

Séparation ce matin avec N qui prend le train pour la France via Milan. Il a souffert, appris de ses erreurs (sac trop lourd, chaussures trop petites, condition physique insuffisante en raison d'une bronchite contractée 2 semaines avant le départ). Il y eut de la tension entre nous mais nous restons amis. Il me laisse du saucisson de taureau de Camargue amené de France, de la fontina, fromage AOP du Val d’Aoste, achetée sur place et des cadeaux pour des amis milanais que je dois retrouver à l’arrivée.

B, le retraité lorrain part le plus tôt car il va jusqu’à Mortara soit 33km.

Je pars pour Robbio avec M sous une petite pluie fine. C’est tout plat mais pas tout droit. En chemin, nous croisons plusieurs fois le couple de Français, D et K, que j’ai vu hier arriver à Vercelli (Verceil en français), cherchant son hôtel. A la première erreur, un ange gardien apparaît sur notre chemin. Un paysan nous remarque et nous indique comment retrouver la Via Francigena. Ses indications sont claires, nettes et précises. La 2e fois, nous avons retrouvé nous-mêmes

Nous traçons et arrivons à Robbio pour 13h. Tout est fermé mais le bar sandwich l’Angolino a laissé tables et chaises dehors. M et moi nous installons pour pique-niquer puisqu’il ne pleut plus. Partage du saucisson et du fromage de N, du pain que j’ai acheté ce matin.

En route, M m’explique qu’il est né d’un père Ukrainien qui a fui la guerre droit vers l’Ouest, en 1941, à pied, sans argent ni papiers d’identité. Il avait 16 ans. Fait prisonnier en Allemagne, il s’est retrouvé dans un camp de travail. La guerre finie, il a poursuivi sa marche vers l’Ouest, est arrivé en France, en Alsace, est devenu mineur de charbon, a épousé une Alsacienne et a eu 4 enfants français. M est devenu médecin généraliste pour soigner ses parents, médecin du travail pour pouvoir descendre à la mine de son père (800m sous terre à Merlebach en Moselle, souvenir inoubliable).

Enfant, il demanda à son médecin de famille comment devenir médecin. Réponse: ce n'est pas pour toi. Mépris de classe. Un fils de mineur ne devient pas médecin selon les lois de la reproduction sociale chères à Pierre Bourdieu. Pierre Bourdieu a vaincu les lois sociales qu'il a décrites puisque ce fils de facteur du Béarn a fini professeur au Collège de France.

Piqué au vif, M, a travaillé dur, payé ses études, obtenu son doctorat en médecine. Comme il préfère prévenir que guérir et qu'il est fier de son extraction sociale, il est devenu médecin du travail. Il a commencé médecin généraliste mais en a vite eu assez de répéter sans cesse les mêmes conseils aux mêmes patients qui revenaient toujours pour les mêmes problèmes n'ayant pas changé leur façon de vivre.

Nous parlons de nos échecs conjugaux. M a eu 3 enfants d’une épouse institutrice dont il a dû divorcer car elle était devenue invivable. La justice française l'a reconnu car, après le divorce, il a élevé seul ses 3 enfants. Il vient de se remarier avec une femme de 19 ans de moins qui a 2 enfants. Une naturopathe alors qu’il est un médecin. M a l’esprit ouvert mais il reste un scientifique cartésien.

M danse aussi le tango avec sa femme. Je lui conseille des musiciens à découvrir (Lalo Zanelli, Minino Garay, Lalo Schifrin, Gato BarbieriDaniel Barenboïm jouant le tango au piano dans un bar de Buenos Aires). En échange, il me donne des conseils pratiques pour entretenir mes articulations. Faire des 8 avec chacune : poignets, coudes, cou, genoux, chevilles, bassin. Testé depuis. Ca marche. Ca demande juste de la concentration et fait aussi travailler l’équilibre. Le 8, symbole de l’infini en mathématiques.

Nous nous séparons après le pique-nique. M a mes coordonnées. Son gîte est quelques kilomètres plus loin.

Mon gîte est à 600m au bout de la rue, de l’autre côté de la route. Une ferme d’accueil (agriturismo) qui produit olives, asperges, oignons (maraîchage). Pas de dîner mais petit déjeuner. Le dîner c'est vendredi, samedi, dimanche et j'arrive un lundi.

Lessive à la main. La jeune fille qui est venu m’accueillir me dit qu’il n’y a pas de bassine et m’indique l’étendoir au-dessus du balcon. J’y vais et trouve un seau pour le ménage, propre, que je récupère. Lessive à la main dans le lavabo de la salle de bains. Etendage dehors au vent, sans pluie. Efficace.  J’ai même récupéré des pinces à linge (mollette in italiano) auprès d’une dame qui doit être la mère de la jeune fille. Au-dessous du balcon, une basse-cour avec poulets, canards, chèvres, chiens, chats et même un poney.  Ma chambre ne donne pas sur la basse-cour. Je suis au calme. Sieste de 16h45 à 18h15.

Je sors chercher un restaurant. Je trouve un Tabacchi sale ouvert, y achète des timbres pour la France et me fais indiquer une pizzeria ouverte un lundi soir. Mezza Luna. Pizza au feu de bois. Redoutable. Je prends un disco volante, une sorte de calzone en forme de soucoupe volante qui a de quoi calmer le randonneur le plus affamé, un soda noir américain, une bouteille d’eau et une pâtisserie napolitaine. Au mur, une grande photo d’Amalfi, station balnéaire au sud de Naples. Encore un Sudiste qui a fait fortune au Nord. Classique en Italie.

Robbio est une ville de gauche. Via Antonio Gramsci (mort en 1937 des mauvais traitements subis en 11 ans de prison pour délit d’opinion) et via Don Luigi Minzani (prêtre catholique assassiné par les fascistes en 1923 qui figure sur les timbres que je viens d’acheter). Les inscriptions sur les murs sont elles aussi de gauche. Je suis en Lombardie. Hier, à Santhia, dans le Piémont, les affiches politiques étaient uniquement de droite. Un candidat se présentait même sur l'affiche avec Silvio Berlusconi mort en 2023. Elections européennes et élections régionales le dimanche 9 juin 2024 en Italie.

Mortara. Abbazia Sant'Albino d'Alcuino. Notre gîte du soir.

Mortara. Abbazia Sant'Albino d'Alcuino. Notre gîte du soir.

Mardi 7 mai : Robbio – Mortara. 15km.

Abbazia Sant’Albino d’Alcuino, Mortara. 25€/personne avec dîner et petit déjeuner.

Etape facile mais sous une pluie fine. Seule étape en solitaire du voyage.

Petit déjeuner convenable. Thé. Croissants au chocolat. Yaourt crémeux noix de coco. Fruits (clémentine, banane). Départ à 8h30 sous une pluie fine. Tracé impeccable jusqu’au village de Nicorvo. Là, je trouve une agence des Postes italiennes. J’en profite pour retirer de l’argent au distributeur automatique de billets et poster mes cartes postales pour la France.

Ensuite, marche dans les rizières. Arrivée à une grande ferme. 2 sentiers. Droite et gauche. Aucune indication visible. Je prends celui de droite qui va au village. Il fallait prendre celui de gauche. Je découvre le nom du village sur place, Alborese. Comme à Nicorvo, bureau de poste. Ici, les gîtes se paient en liquide sauf le LagoRA à Viverone.

A Alborese, il n’y a plus de Via Francigena mais il y a une route nationale qui file tout droit vers Mortara. 6km. Je marche sur le bas-côté, dans l’herbe, avec un panneau de distance tous les 100m soit 60 panneaux pour 6km. Bonne surprise, j’arrive au bout de 3km face aux camions et aux voitures.

J’entre tout droit dans Mortara, trouve le centre-ville, une boulangerie où acheter du pain pour mon pique-nique. Une cliente italienne, marcheuse, m’explique comment trouver la Via Francigena et l’abbazia Sant’Albino d’Alcuino , ma destination du jour.

En allant tout droit, j’arrive à la place de la mairie (municipio in italiano) et retrouve la marque du chemin. Je m’installe à la terrasse d’un bar, sous une arcade, à l’abri de la pluie, me commande un soda noir américain (3€) et savoure mon pique-nique au sec.

Puis je file tout droit, jusqu’à l’abbaye, désacralisée depuis 1801 (passage des armées françaises du consul Bonaparte), réhabilitée par la commune de Mortara pour accueillir les pèlerins depuis 20 ans.

Abbaye fondée au IVe siècle, refondée par Charlemagne en l’an 801. Bâtiments du XVIe siècle (Cinquecento in italiano) en bord de route. Imposant. Séparée de la route par une grande pelouse où se trouve un monument récent des Alpini (les chasseurs alpins italiens. Corporation très puissante en Italie. Leur rassemblement annuel, c’est 500 000 personnes) et l’olivier qu’ils ont planté.

Ouverture du gîte à 15h. Il est 14h. J’attends à l’abri de la pluie, sous le porche de l’église. Là, arrive M qui m’avait quitté la veille à Robbio. Il est parti à 10h ce matin, a choisi de faire une étape courte pour me retrouver ici. Demain, nous marcherons ensemble pour Garlasco. Après-demain pour Pavie. Il poursuivra ensuite seul vers Rome. C’est très agréable de finir ma randonnée avec un bon compagnon.

A 15h, je sonne à la porte et la dame nous ouvre. Franca qui tient ce gîte depuis 15 ans, est veuve depuis 10 ans et figure même dans le livre d’un pèlerin français de la Via Francigena que possède M. Il lui a pris en photo les pages pour les lui transmettre. Ayant commandé et reçu la bande dessinée Bona Via à Paris, j'y ai retrouvé Franca (p.67-68).

Salle commune immense attenante à l’église. Au milieu, tables et chaises pour manger, boire, lire, écrire, discuter. Tout autour des lits pliants. Une porte de la salle donne sur un hall où trouver la pièce avec douche, lavabos et wc. Une autre porte donne sur l’église prête pour la célébration. Un vrai lieu d’accueil pour pèlerins.

Après-midi de repos à l’abri de la pluie. A 18h30, arrivée d’un 3e voyageur, C, jeune cuisinier suisse allemand qui voyage à l’ancienne sans téléphone portable ni réservation. Il est bien équipé, a de l’argent et un passeport suisse. A sa mère et sa compagne, il envoie des cartes postales. Il compte aller ainsi jusqu’à Rome.

Il est trempé jusqu’aux os et dégouline sur le carrelage. Franca le gronde gentiment pour sa tenue et son absence de réservation. C’est un Suisse alémanique du Valais, canton francophone aux 2/3 par lequel je suis passé en juillet 2023 pour aller de Suisse en Italie par le col du Grand Saint Bernard. Il ne parle ni français ni italien mais je parle anglais et M parle allemand. On se débrouille.

C ne dîne pas ce soir. Petit déjeuner à 7h30. Evacuation à 8h pour donner le temps à Franca de préparer la venue des pèlerins suivants.

Dîner simple et reconstituant. Pâtes avec pommes de terre en primo piatto. 2 escalopes milanaises ultra fines en secondo piatto avec salade russe et salade verte. Tarte aux pommes en dessert. Nuit calme à 3 dans la grande salle.

Dans l’après-midi, j’ai fait céder les lattes du sommier sous mon poids. M m’a aidé à les remettre en place. Franca se moque gentiment de ma trop grande légèreté. Dans la nuit, j’ai fait attention à ne pas me retrouver à terre comme cela m’est arrivé l’an passé dans le gîte paroissial de Martigny en Suisse.

Chemin pour Garlasco

Chemin pour Garlasco

Mercredi 8 mai :

Mortara – Garlasco. 24km

Casa del Pellegrino, Garlasco. Offrande des pélerins.

Ristorante Il Cortile, Garlasco.

 

Petit déjeuner à 3. Thé, pain, beurre, marmelade, fruits. A 7h30. Départ à 8h. Je suis le plus lent au démarrage. Franca, la patronne, se moque de nouveau gentiment de moi. C part seul. M et moi ensemble.

Nous manquons un embranchement et nous retrouvons à longer la route pour Tromello. Pas normal. M repère un chemin le long des peupliers. Nous coupons le long d’un champ, rejoignons les peupliers et un fossé rempli d’eau. Notre chemin est sur l’autre rive. La preuve, C marche dessus. Nous suivons le sentier parallèle le long des peupliers. C nous attend à un pont qui nous permet de franchir le fossé et de retrouver le sentier. Nous ne le verrons plus de la journée.

Nous retrouvons un trio de marcheurs lyonnais que N et moi avions rencontré dans le cloître de la basilique San Andrea à Vercelli. Au printemps, seuls les étrangers marchent sur la Via Francigena, Français et Suisse. Les Italiens marchent quand il fait plus chaud m’a dit l’Italienne marcheuse à la boulangerie de Mortara.

Joli chemin facile au milieu des rizières. Nous poursuivons jusqu’au village de Tromelo où nous arrivons à l’heure du déjeuner. Nous demandons à une mamie du village qui, après réflexion, nous indique une trattoria près de la gare. Nous la trouvons et mangeons sainement et délicieusement. Rigatoni au fromage en primo piatto, escalope de veau et haricots verts en secondo piatto. Pas de dessert en semaine.

Nous repartons et arrivons à Garlasco pour 14h30. En suivant les indications de Silvana, communiquées par Whattsapp, nous arrivons à la maison du pèlerin, récupérons les clefs. Gîte de luxe. Appartement bourgeois avec machines à laver et sécher le linge dans la salle de bains. Nous faisons une lessive commune sans prêter attention à la durée du programme (3h10). Il y a forcément un programme court.

Le timbre pour la crédence se trouve dans le salon ainsi que la BD Bona Via de Valerio Barchi sur la Via Francigena. Rien à manger mais un restaurant recommandé, Il Cortile. Hautement recommandable en effet.

M inspecte l’armoire à pharmacie d’un œil professionnel et en profite pour prendre nos tensions et nos pouls. Tout est normal après une journée de marche.

Au Cortile, menu del pellegrino (menu du pèlerin) à 20€. M le prend avec un verre de Bonarda (vin rouge pétillant de Lombardie) qu’il apprécie. Je prends à la carte une assiette de charcuterie fromage avec oignons confits et figues confites en antipasto. Un risotto en primo piatto forcément. Pas de secondo piatto car je me réserve pour le dolce (dessert en français). Une crostata alle mandorle e caramello (un croustillant aux amandes et caramel). 60€/2. M m’a invité ce midi. Je l’invite ce soir d’autant qu’il fut plus économe que moi.

Nous avions repéré un bar censé diffuser les matchs de Champion’s League en vue de la demi-finale Real Madrid – Bayern Munich ce soir. En fait, c’est tenu par un Chinois qui gère une salle de jeux vidéo et le bar attenant. Pas de diffusion de matchs de football en direct. Aucun intérêt pour nous. Nous ne verrons pas le match.

Pause devant le Tessin avant Pavie

Pause devant le Tessin avant Pavie

Jeudi 9 mai :  Garlasco – Pavie – Milan. 26km à pied de Garlasco à Pavie..

Albert Hôtel, Milano. 153€ la chambre sans petit déjeuner.

Ristorante Il Tavolino, Milano.

Départ à 7h30. Arrivée à 14h45. Grand beau temps. Pas de difficulté mais assez long et chaud. Beau passage en sous-bois, le long du fleuve Tessin qui descend de Suisse et finit par se jeter dans le Po. Ca change des rizières. M a mal aux pieds mais m’accompagne pour ma dernière étape.

M veut tracer. Pas de petit déjeuner alors qu’un café le long du chemin à Garlasco est ouvert dès 5h du matin.

Arrêt ravitaillement à Grappolo Cairoli. Boulangerie et primeurs. J'explique mon chemin à pied de Paris à Rome au boulanger. Ca l'impressionne beaucoup. Toutefois il me fait remarquer que je n'ai pas perdu mon ventre (Non avete perso la pancia). Ma si mangia benissimo in Italia! (Mais on mange très bien en Italie) lui ai je répondu. Il rit. Moi aussi et je suis reparti.

Pique-nique au bord du fleuve Tessin à l’ombre. Un petit coin de paradis. Nous terminons le saucisson de taureau de Camargue et la fontina du Val d’Aoste que m’avait laissé N en partant lundi. Nous l'appelons pour le remercier.

En marchant, nous croisons un bar restaurant au bord du fleuve. Attablé seul à l’ombre, avec un bon plat et une chope de bière, C, le cuisinier suisse rencontré à Mortara, à l’abbaye, 2 jours avant. Il est en pleine forme et nous invite à le rejoindre mais M veut boucler l’étape au plus tôt pour prendre soin de ses pieds.

En approchant de Pavie, nous croisons des promeneurs sortis de la ville pour s'aérer. Nous croisons même un fou. Un homme, la soixantaine, marche d'un bon pas, sac au dos et bâton dans la main gauche. Sa main droite tient le téléphone portable collé à son oreille et il parle fort d'argent et d'impôt. Un fou qui ne profite pas du lieu, du moment. M et moi nous retenons pour ne pas jeter son téléphone portable dans le Tessin. Nous le laissons à sa folie et lui souhaitons de vite revenir au bureau gérer ses affaires au lieu de polluer les rives enchanteresses du Tessin avec ses mauvaises ondes.

Au loin se dessine le prochain obstacle à franchir sur notre chemin, après le Jura de France en Suisse, après les Alpes de Suisse en Italie, la colonne vertébrale de l'Italie, les Apennins.

Fin un peu délicate. Nous devons contourner un chantier, passer sur un pont de bois écroulé. Nous arrivons à Pavie et nous photographions mutuellement sur le pont couvert, reconstruit en 1951 après avoir été détruit par les Allemands en 1944.

Pause boisson fraîche en terrasse à l’ombre sur une belle place italienne. Passage par la cathédrale de Pavie, le Duomo, pour faire valider notre crédence de pèlerin.

Séparation d’avec M qui va se reposer au gîte et continuera seul jusqu’à Rome.

Le GPS me guide jusqu’à la gare de Pavie où j’achète mes 5 dernières cartes postales et un billet de train pour Milano Centrale réutilisable jusqu’en 2028. Il me servira en 2025 quand je repartirai de Pavie vers Rome. Du train, j’admire la Chartreuse de Pavie où François Ier, Roi de France, fut retenu prisonnier après le Désastre de Pavie le 24 février 1525.

A Milan le GPS veut me perdre mais je trouve facilement mon hôtel près de la gare de Milano Centrale. Le réceptionniste parle bien français. Chambre adaptée aux handicapés physiques. Je ne le suis pas mais j’ai apprécié le siège pliant, les poignées et l’absence de margelle de la douche.

Après m’être lavé, habillé, reposé, je pars à pied pour Il Tavolino pour retrouver les époux C avec qui j’ai descendu les Alpes du Grand Saint Bernard à Aoste en juillet 2023. Ils m’attendent sur le trottoir avec un couple d’amis marcheurs, juste avant le restaurant. Attention délicate, touchante même. Je leur offre nos cadeaux pour randonneurs. 2 savons de Marseille de la part de N qui est Marseillais, 2 savons de Guyane de Nature Amazonie pour ma part. Réflexe outre-mer !

Délicieux risotto et osso bucco. 2 plats milanais ensemble dans la même assiette. Une cassata siciliana en dessert. Ambiance très sympathique à table. Nous nous donnons rendez-vous en 2025 à Milan pour la suite de cette marche car, de Paris à Pavie, je changerai obligatoirement de train à Milan.

Je n’ai pas eu la bonne idée de laisser mes 5 cartes postales aux amis Milanais pour qu’ils les postent. Je ne vois pas de boite aux lettres en chemin du restaurant à mon hôtel. Je laisse les cartes postales à la réception. Elles ont bien été postées puisque N a reçu sa carte postale de Pavie le mercredi 29 mai 2024, jour de mon 53e anniversaire. Beau hasard.

Le chemin se poursuit en Italie de Pavie (Lombardie) à Lucques (Toscane) à travers les Apennins.

Lac de Zoug

Lac de Zoug

Vendredi 10 mai : Milan – Zurich -  Lausanne – Paris

Comme je l’ai écrit au début de cette chronique, il n’y a plus de train direct Paris Milan depuis des éboulements en Savoie en août 2023.

Pour le retour, mes trains sont les suivants.

Milano Centrale : 8h20

Lausanne : 11h42

Lausanne : 19h45

Paris gare de Lyon : 23h42

Ainsi je fais en train en quelques heures ce que j’ai fait à pied en quelques années mais dans l’autre sens. Le passage des Alpes d’Italie en Suisse puis le passage du Jura de Suisse en France.

Trop facile.

J’arrive comme une fleur à 7h55 à la gare. Pas de train à 8h20 pour Lausanne sur le tableau des départs mais un train à 8h05 pour Genève. Le temps que je me renseigne et comprenne que le train pour Genève passe d’abord par Lausanne (logique en venant d’Italie. C’est mon esprit formaté de Français habitué à voir Lausanne après Genève qui m’a empêché de comprendre) et que le train a été avancé de 15mn, le train part sans moi. Les fascistes italiens aiment dire que, du temps du Duce, les trains partaient à l'heure. La République italienne fait mieux. Mon train est parti en avance.

Je vais au service après-vente des FS où j’apprends que j’ai reçu un mail m’indiquant le changement d’horaire m’a été envoyé. Faux dis-je à l’hôtesse. Rien reçu. Même pas dans les spam. J’ai vérifié.

Elle me trouve un Milan Lausanne avec changement de train à Zurich. Gratuitement. Ma bonne foi a donc été admise. Arrivée à Lausanne à 16h42 au lieu de 11h42. Heureusement, j’ai prévu de prendre le dernier train pour Paris à 19h45.

Je préviens L, l’amie d’enfance que j’avais retrouvé à Nyon en 2023 et qui doit me retrouver à Lausanne en 2024, de prévoir un goûter et non pas un déjeuner.

Puis je prends le train pour le Paradis. Fiscal. Sans contrôle douanier ou policier. Milan Zürich via Lugano et Zoug. En 1ère , place isolée, près de la fenêtre, dans le sens inverse de la marche. Une Suisse de carte postale. Succession de lacs (Lugano, Quatre Cantons, Zoug, Zürich), de montagnes, de cascades, de villages, de chalets, d’alpages. Je passe le voyage à photographier ce que je vois de ma fenêtre et à l’envoyer à des amis et à la famille. J’en prends plein la vue. Petit déjeuner à 16€ avec vue assis avec une table au wagon bar. Je remercie Mercure dieu des voyageurs pour ce délicieux contretemps. Je n’ai pas vu Gerhard Schroder à Zoug.

A Zürich, j’ai un peu plus d’1h de pause. Je trouve un restaurant typique près de la gare et m’offre un plat au prix d’un repas pour 2 personnes en Italie. 59€ pour un plat de veau et rostis et une bouteille d’eau minérale suisse.  Au Walliser Kanne. Zürich est une deux villes les plus chères au monde avec Hong Kong. C'est plein de SDF (Sans domicile fiscal et Sans difficulté financière).

Ensuite le train Zürich – Lausanne offre un paysage d’alpages apaisant mais sans spectacle grandiose. Sauf à la fin quand le train surplombe les vignes du Lavaux et le lac Léman avec vue sur les Alpes de Haute-Savoie en face, derrière la rive française. En plein soleil. Effet WHAOU assuré.

L m’attend à la gare de Lausanne. Nous descendons à pied jusqu’au Lac et trouvons un endroit pour nous baigner malgré la fête foraine au port de Lausanne Ouchy. Elle a prévu pommes et chocolat suisse. Nous avons de l’eau dans nos gourdes. Cela suffit à notre bonheur.

Le bain dans l’eau froide (14,85°C d'après la météo suisse. Anormalement chaud pour la saison. Le lac Léman manque d’oxygène) fait grand bien à mes muscles et mes articulations après 11 jours de marche. Je me blesse aux jambes sur les rochers en remontant. Je ne sens rien avec l’eau froide mais le sang coule. Ma trousse à pharmacie qui n’a pas servi de la marche m’est utile. Je désinfecte, mets des pansements et j’éponge avec ma serviette éponge destinée à la lessive à l’arrivée à Paris.

Nous remontons à temps à la gare de Lausanne prendre nos trains respectifs. Je passe le Jura, la Bourgogne, l’Ile de France, sans rien en voir, vu l’heure. Retour sans encombre à Paris. Mes plaies aux jambes sont cicatrisées et une bonne douche avec savon a tout nettoyé.

Depuis, M poursuit sa marche vers Rome et m’envoie régulièrement des photos et des nouvelles pour m’avertir de ce qui m’attend pour la suite. J’ai transmis aux amis Milanais les photographies prises au restaurant par le serveur. Nous nous reverrons en 2025 pour la suite du chemin vers Rome, de Pavie à Lucques (Toscane) en espérant que le train direct Paris gare de Lyon – Milano centrale soit rétabli d’ici là et que N, demeuré un ami, m'accompagnera de nouveau ayant tiré les leçons de son échec pour sa première randonnée itinérante.

En juin 2025, j'ai repris le chemin de Pavie (Lombardie) à Lucques (Toscane) à travers les Monts Apennins.

Dernier obstacle avant Pavie

Dernier obstacle avant Pavie

Les photographies de cet article sont l'oeuvre de l'Excellent Guillaume Lagrée. Toute utilisation de ces oeuvres sans autorisation de leur auteur constitue une violation du Code de la propriété intellectuelle passible de sanctions civiles et pénales.

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D
Très belle aventure, instructive, édifiante. J'ai été emporter pendant un moment dans ce récit avec ces détaillés croustillants, ça m'a donné une autre vision des randonnées, et une envie de découvrir ces pays.<br /> Merci d'avoir partager ce précieux voyage avec nous. Tendresse🥰
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