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Paris Rome VIIIe Partie. En Italie de Pavie à Lucques. Le passage des Apennins.

21 Juin 2025 , Rédigé par Guillaume Lagrée

Quittez les grandes routes. Prenez les sentiers. Friedrich Nietzsche

Quittez les grandes routes. Prenez les sentiers. Friedrich Nietzsche

Paris - Rome VIIIe partie

Omnes viae  Romam perducunt

En Italie de Pavie à Lucques

De la Lombardie à la Toscane

Le passage des Apennins

 

Mardi 3 - mercredi 18 juin 2025

15 jours de marche

Guide officiel & guide officieux (pour le trajet)

Guida Verde Via Francigena del Touring Club italiano

(pour le tourisme et la gastronomie en chemin)

BD Bona Via de Valerio Barchi (in italiano).

Pour comparer mes souvenirs de la Via Francigena avec ceux de l'auteur.

 

 

 

Chartreuse de Pavie

Chartreuse de Pavie

Mardi 3 juin : Milan – Pavie – Santa  Cristina a Bissone

28km. 7h de trajet prévu.

Logement à la paroisse de Santa Cristina a Bissone. Don libre.

Dîner à la pizzeria A Vucciria de Santa Cristina a Bissone.

En mai 2024, j'avais fini le trajet à Pavie et vu la Chartreuse de Pavie depuis le train régional Lombardie Pavie - Milan.

En juin 2025, je commence le chemin par une journée de tourisme avec la visite de la Chartreuse de Pavie où François Ier, Roi de France qui unit la Bretagne à la France en 1532, fut fait prisonnier des armées de Charles Quint suite au Désastre de Pavie (24 février 1525).

Départ en train de la gare de Milano Centrale. J’ai démoli mon chargeur de portable dans la nuit à l’hôtel à Milan. Achat en gare dès l’ouverture. Ensuite, achat du billet Trenord (train régional Lombardie) pour la destination Certosa di Pavia. Pas de problème pour acheter le billet au distributeur dédié mais rien n’est indiqué dessus. Je ne comprends rien en lisant les écrans de départ (partenze). A force de demander à des agents de service, j’en trouve deux de Trenord qui fument en gare et m’indiquent de prendre le train pour Milano Roverego puis de changer pour Pavia et de descendre à l’arrêt Certosa di Pavia.

Pas de problème pour changer de train. Les trains régionaux de Lombardie sont d’une modernité et d’une propreté qui fait envie au voyageur français habitué aux TER et RER (Ile de France). De la gare à la Chartreuse, il n’y a qu’à suivre la piste cyclable. J’arrive à la Chartreuse à 11h35 alors qu’elle est fermée de 11h30 à 14h30. Pause méridienne. Pique-nique sur un banc avec poubelle puis sieste à l’ombre d’un chêne qui me protège alternativement du soleil et d’une bruine fine.

J’émerge à 14h30 et rejoint un groupe de visiteurs français et italiens. Entrée libre avec ticket pour les statistiques de fréquentation. Ensuite, il faut attendre l’arrivée du moine guide. Cest un moine vedette de la télévision italienne Don Domenico de Stradis (émission de cuisine sur Canale 28). Il ne parle qu’en italien et vite, d’abord de cuisine, puis de la chartreuse de Pavie.

Comme tous les étrangers et tous ceux qui voulaient échapper à l’emprise de ce moine (personnage antipathique à mes yeux), j’ai vite cessé de le suivre pour visiter moi-même cette merveille gothique et Renaissance (fin XVe – fin XVIe siècle). Je note une plaque indiquant que le gisant de 1497 – 1499 a été réalisé par un sculpteur né en 1483 & mort en 1525. Un enfant de 14 ans auquel on confie le tombeau d’un duc & d’une duchesse, je n’y crois pas. Je n’ai vu aucune mention de François Ier dans l’édifice.

Ensuite, je reprends le train pour Pavie car je ne peux acheter un billet pour Santa Caterina a Bissone. Attention aux quais en gare de Certosa di Pavia. Rester sur le quai 1 plus large même si votre train est annoncé sur le quai 2. N’accéder au quai 2 qu’après l’annonce vous y invitant.

A Pavie, un seul distributeur automatique Trenord fonctionne et je ne réussis pas à acheter mon billet. Le guichet est fermé pour cause de panne d’électricité. Heureusement, la marchande de journaux vend aussi des billets de train régionaux. J’ai donc un billet en règle ce qui m’a permis de passer le contrôle dans le train. Un agent m’indique le quai bien caché. Un voyageur me précise que c’est le bon train car rien n’est indiqué ni sur le quai ni sur le train. Par contre, dans le train, écrans ultra modernes et annonces très claires des arrêts tant au son qu’à l’image.

Je descends à l’arrêt en pleine campagne (28km de marche en plaine sans ombre, aucun regret d’avoir pris le train), me dirige vers l’église visible de loin par son clocher et tombe sur l’accueil paroissial guidé par un couple d’Anciens qui a repéré mon sac à dos et mes bâtons de marche.

Je sonne. Un vieux prêtre italien m’ouvre et me guide pour un dortoir que je partage avec Geert, un Belge flamand de 73 ans qui parle français. Il est arrivé à pied de Pavie à 16h, a déjà mangé à 18h30. Je me débrouillerai avec les pizzerias du coin.

Douche commune qui ferme mal mais avec de l’eau chaude. Machine à laver & lessive mais j’arrive trop tard. Je le ferai demain.

J’ai repéré deux restaurants pizzerias. Les deux sont fermés. Un temporairement avec le rideau de fer. Le deuxième définitivement avec un panneau indicateur pour seul reste. Heureusement, la pizzeria A Vucciria est ouverte. Pizza Sfaccione à 7€ + tiramisu au café + bouteille d’eau gazeuse. 14€ le dîner. Venant de Paris, c’est un choc de manger aussi bien pour aussi peu cher.

J’ai trouvé au gîte un livre très intéressant sur la naissance de la République italienne (1946 – 1948). Si intéressant que je l’ai emporté dans mon sac à dos et déposé, une fois fini, dans un autre gîte, quelques jours plus tard.

Cabinet de Maître Antonio Procaccini, château de Chignolo del Po, Lombardie, Italie.

Cabinet de Maître Antonio Procaccini, château de Chignolo del Po, Lombardie, Italie.

Mercredi 4 juin 2025 :

Santa Caterina e Bissone – Orio Litta.

16km. 4h de trajet prévu.

Départ : 6h15

Arrivée : 11h30

Gîte pour pèlerins de la Grange Bénédictine à Orio Litta.

Dîner au Bar Sport d’Orio Litta.

Journée chaude en perspective et rien à manger au gîte paroissial. Geert et moi faisons la même étape aujourd’hui. Nous sommes d’accord pour partir ensemble dès l’aube.

A deux dans un dortoir pour cinq, nous dormons paisiblement. Réveil à 5h30. Geert a ses provisions pour le petit déjeuner. Moi, non. Je pars donc le premier à 6h15. Chemin bien balisé jusqu’à la gare de Santa Cristina e Bissone par laquelle je suis arrivé hier soir. Après le passage à niveau, chemin à droite bien balisé jusqu'à un embranchement. Là, plus rien. J’ai retenu qu’en suivant le long de la voie de chemin de fer (pas dessus !) je dois arriver à Mondarolo qui se trouve sur mon chemin.

C’est bien cela mais le long des champs dans les hautes herbes. Je vois le panneau Mondarolo sur la voie de chemin de fer, arrive au village, retrouve la balise de la Via Francigena (un trait horizontal, un trait horizontal rouge comme le drapeau de la Pologne et la marque des GR en France), me pose sur un banc pour manger des fruits secs et boire de l’eau. Je vois arriver Geert qui a suivi le chemin officiel plus facile mais plus long que le mien.

Nous suivons désormais la Via Francigena de village en village sans café ouvert. A Lambrinia, un café ouvert mais qui ne sert qu’à boire, pas à manger. La patronne m’en indique un à la sortie du bourg qui fait à boire et à manger. A un marchand ambulant, j’achète 4 oranges pour 3€. Des fruits frais qui ne s’écraseront pas dans le sac mais m’offriront jus, sucre et vitamine C. Je retrouve Geert et nous nous séparons au café.

Je me fais servir un citron pressé, un thé chaud avec tranche de citron (usage italien que je recommande) et une fougasse (foccacia) au jambon cru. Il ne me reste que 2km à faire mais il est 10h. J’ai faim et soif. Arrêt efficace. Une petite chienne me regarde d’un air pitoyable pour que je lui offre du jambon. Excellente actrice mais je résiste à son numéro de charme. La patronne du bar m’explique qu’elle appartient à une voisine et fait sa promenade toute seule.

J’arrive à Orio Litta sans difficulté. Un Ancien me hèle de son jardin et m’indique où trouver l’hôtel pour pèlerins et le bar qu’il fréquente (bar des sports à gauche de la place). Je lui demande un tournevis cruciforme (cacciavite a stella) pour resserrer mes bâtons de marche. Il m’amène sa trousse à outils avec 4 tournevis cruciformes et un verre d’eau gazeuse fraîche. Franco est très hospitalier envers les pèlerins. Il me présente un ami de passage. Il a une belle collection de bâtons de marche en bois car il va aux champignons.

La Grange bénédictine est encore fermée. Je vais donc boire un verre au bar des sports comme cela m’a été recommandé. Je dispose de 3 numéros de téléphone pour le gîte. Aucun ne fonctionne. Franco vient prendre son apéritif. Je lui explique ma situation. Il va chercher la patronne du gîte qui vient me rejoindre et m’ouvrir.

Franco était le directeur commercial de la plus grande fabrique de peintures pour voitures en Italie, filiale d’un groupe américain. 93M€ de chiffre d’affaires. 250 employés. En retraite depuis 10 ans après 42 ans de travail. Il a beaucoup voyagé mais pas en France à part Paris et la Tour Eiffel.

La Grange Bénédictine est immense. Je choisis une chambre à deux lits à l’étage. Première lessive avec machine à laver et lessive fournie. Je laisse 4€ de participation. Séchage dehors au soleil et au vent. Pique-nique sur place. Je dînerai au bar des sports ce soir. Geert est arrivé avant moi et est déjà installé.

Le jeune couple de Suisses allemands croisé hier à Santa Caterina e Bissone (au gîte et à la pizzeria) nous rejoint vers 13h. Dîner au bar des sports avec Geert qui me l’a proposé. Tortellini alla ricotta e spinachi + salade mixte (insalata mista) + glace fraise & mangue + bouteille d’eau minérale. 16€/personne. Pour un Parisien, le prix est un choc. Pour un Belge aussi.

Geert a 5 enfants et 10 petits-enfants. Son épouse n’aime ni la marche, ni les voyages. Lui adore les deux. Depuis 1992, il marche seul ou avec ses enfants et petits-enfants (l’aîné des petits-enfants a 22 ans) mais jamais avec son épouse. Elle l’attend à la maison et il finit toujours par revenir.

Un ballon s'élève au dessus du Po

Un ballon s'élève au dessus du Po

Jeudi 5 juin : Orio Litta – Piacenza

22km. 5h30 de trajet prévu.

Pas noté mes heures de départ ( 6h45?) et d'arrivée (13h?)

Passage de la Lombardie à l'Emilie Romagne.

Passage en bateau du Pô. Transitum Padi.

Déjeuner au restaurant Osvaldo à Piacenza.

Dîner au restaurant de la piazza dei cavalli à Piacenza

Logement au gite pour pèlerins Ostello del Teatro à Piacenza.

 

Lever avec le soleil avant 6h. Il y a de quoi prendre un petit déjeuner au gîte mais je suis motivé pour partir. Pas le premier car Geert est parti avant moi. Il ne supporte pas l’instabilité du sol (bateau, ascenseur, avion). Il fait seul le chemin long à pied. Pour ma part, je vais franchir le Po en bateau comme l’évêque anglais Sigeric en son temps. C’est le troisième rite de passage sur la Via Francigena après la Manche entre Douvres & Calais d'Angleterre en France & les Alpes au Grand Saint Bernard (2473m) pour passer de Suisse en Italie.

Je mets du temps à trouver les signes de la Via Francigena en sortant. Pas réveillé. Je suis le chemin jusqu’à l’embarcadère sur le Po. Arrivée à 8h alors que le bateau est prévu pour 9h. Je suis rejoint à 8h30 par Simon et Gina le couple de trentenaires suisses qui me suit depuis Santa Caterina e Bissone. Nous sommes 3 à prendre le bateau.

Je ramasse les déchets qui trainent par terre et les rassemble auprès des sacs poubelle qui débordent. Pour me remercier, Simon & Gina m’offrent des fraises achetées au marché d’Orio Litta ce matin. Désinfection des mains au gel hydro alcoolique, réflexe acquis depuis la crise COVID en 2020. Délicieuses fraises. Heureux hasard, un ballon dirigeable s’envole au-dessus de nous. Les aéronautes nous saluent et nous leur répondons.

Le bateau arrive à 8h55. Départ à 9h. Pile à l’heure. Une barque à moteur sans gilet de sauvetage. Pas proposé en tout cas. Capitaine septuagénaire, bronzé, souriant, accueillant, qui nous fait traverser le fleuve pour passer en Emilie Romagne, nous fait signer un registre de passage, timbre notre crédence de pèlerin, nous offre un verre de San Colombano (Saint irlandais prêcheur et voyageur arrivé en bateau en Bretagne à Saint Coulomb) et un panino al prosciutto crudo. Franco voit le monde venir à lui grâce à la Via Francigena.

Entrée en Emilie Romagne la terre natale de Giuseppe Verdi, le cygne de Busseto (province de Parme). Cf vidéo sous cette chronique.

Il fait chaud. Il faut poursuivre le chemin. A 10h30, adieux émus et nous repartons tous les 3. Le couple suisse s’arrête au premier café alors que je poursuis et m’arrête au deuxième café. A un carrefour. Incrociato. La patronne est la Reine du lieu. Elle parle fort, chante fort et faux mais avec joie. Elle règne en souveraine dans son café et personne ne conteste son empire. Thé chaud avec rondelles de citron (usage italien délicieux) et deux croissants fourrés à la confiture d’abricot.

Je marche le long des routes pour arriver à Piacenza. Autant le passage du Po en bateau était un paradis, autant cette marche sur le bitume en Emilie Romagne est un purgatoire. A la fin, c’est le long de la route nationale (strada statale) mais sur une piste cyclable bien protégée.

Je renonce à trouver la cathédrale de Piacenza pour faire valider ma crédence et m’arrête déjeuner au restaurant Osvaldo. Délicieuses pâtes, délicieux semi freddo all’amaretto e meringa (dessert glacé).

Le patron du restaurant m’indique le chemin pour la cathédrale. J’y arrive pour 14h30 alors que la cathédrale est fermée jusqu’à 15h30.

Bêtement, je vais au théâtre municipal. Aucun ostello del teatro dans les parages. Pas de connexion Internet même en données mobiles donc pas de plan. J’appelle l’ostello. Un homme me répond et m’explique à quel point je me suis fourvoyé. De beaucoup. Il s’agit d’un autre théâtre, privé. J’aurais dû vérifier sur Internet avant. A force d’appels et d’explications, je finis par trouver mon hôtel pour pèlerins. Qui m’ouvre la porte ? Le couple suisse arrivé avant moi.

Dortoir et sanitaires collectifs. Machine à laver mais je lave mon linge à la main cette fois. Le patron doit arriver pour 16h30. Il arrive à l’heure. Il possède un théâtre voisin et cet hôtel , le seul site laïc dédié à l'accueil des pèlerins sur toute la Via Francigena. D'après lui. Je n'ai pas vérifié mais c'est possible. Discussion sur l’art de la scène (théâtre et musique). Il ne va pas au concert car il est très souvent au théâtre. Je ne vais pas au théâtre car je suis très souvent au concert.

Dîner exquis au restaurant de la piazza dei cavalli. Lasagnes au ragoût de la mer. Torta locale aux noisettes. Verre de vin blanc local.

Sur mon conseil, le couple suisse est allé au restaurant Osvaldo. Ils ont apprécié l’agneau.

Dortoir collectif. Deux jeunes Italiens rentrent tard et bavardent dans la cour à 3h du matin. Ca me réveille. Je me lève, sors les engueuler en italien. Ca fonctionne. Ils se taisent direct et vont se coucher sans bruit.

Rue de Fiorenzuola

Rue de Fiorenzuola

Vendredi 6 juin : Piacenza – Fiorenzuola.

32km. 8h de trajet prévu.

Etape en train. Journée de repos.

Dîner au restaurant Il Borgo à Fiorenzuola

Gîte paroissial pour pèlerins à Fiorenzuola.

Réveil à 6h30. Je prépare mes affaires et salue de la main la Suissesse alors que son chéri dort. Ils ont fini de marcher et rentrent à Berne. Je vais vers la gare que je trouve facilement puis vers le centre-ville où je trouve un bar avant la piazza del Duomo. Délicieux petit déjeuner avec thé aux tranches de citron, orange pressée (spremuta d’arancia), panino au speck. Je visite la cathédrale et fais tamponner ma crédence au timbre de l’évêque de Piacenza. Marché sur la place du Duomo. J’achète deux panini, du fromage (cacciota di capra) et un savon au miel chez un apiculteur.

Après la visite, retour vers la gare. Par le jardin public Margherita (1893) dédiée à la Reine Marguerite de Savoie (celle à qui fut dédiée la pizza Margherita aux 3 couleurs du drapeau italien : vert du basilic, blanc de la mozzarella, rouge de la tomate). Très joli jardin mais enlaidi par les déchets, les inscriptions et les mégots.

A la gare, Fiorenzuola est la première étape du train pour Ancône. Je voyage avec une randonneuse allemande de mon âge, Hélène. A Fiorenzuola, elle poursuit à pied pour Fidanza où je serai demain. Arrêt au café où elle m’offre une bouteille d’eau gazeuse. En échange, je lui offre du fromage pour son pique-nique. Nous nous séparons en bons termes.

Je trouve la jolie église gothique lombarde dédiée à Saint Florent de Tours et l’accueil paroissial. Je mange assis sur les marches de l’église car les bancs de la place sont au soleil.

A peine fini, je vois arriver Geert, le Belge perdu de vue depuis Orio Litta. Il a fait l’étape à pied et dort au même endroit que moi. Nous nous installons, sommes bien accueillis et faisons lessive commune.

J’ai oublié ma boite à savons à Piacenza. J’ai bien fait d’y acheter du savon au marché ce matin. J’ai encore du savon de Marseille Marius Fabre, cadeau d’un ami, pour laver le linge.

J'ai cru avoir perdu mon Opinel de Savoie mais il est au réfrigérateur avec le fromage.

Dîner avec Geert au restaurant Il Borgo proche de l’église. -10% pour les pèlerins sur présentation de la crédence. 20€/personne avec tagliatelle alla bolognese (nous sommes en Emilie Romagne), bouteille d’eau minérale San Bernardo et délicieux nougat glacé. J’ai payé le gîte (15€/personne). Geert a payé le repas. Je pense l'avoir remboursé des 5€ de différence.

Frise des pèlerins vers Rome. Cathédrale de Fidenza.

Frise des pèlerins vers Rome. Cathédrale de Fidenza.

Samedi 7 juin : Fiorenzuola – Fidenza

22.3km. 5h30 de trajet prévu.

Départ : 6h50

Arrivée : 11h30

Gîte paroissial de Fidenza

Dîner à l’Hosteria  numero 1000 de Fidenza.

Nous sommes réveillés à l’aube. Geert a de quoi faire un petit déjeuner. Pas moi. Je discute avec deux jeunes sœurs allemandes (des triplées. Je n’ai pas demandé de nouvelles de la 3e). En français. Le diplôme est passé. L’année universitaire reprend en octobre. Comme elles ont le temps, elles ont décidé d’aller à pied de Rome à Hanovre, leur ville. Elles quitteront la Via Francigena à Pavie d’où je suis parti cette année. J’espère qu’Hannah et Linda ont fait bon chemin.

Geert et moi marchons à la fraîche jusqu’à l’abbaye de Chiaravalle della Colomba, d’inspiration bourguignonne (Chiaravalle comme Clairval ou Clairvaux en français). Nous sommes seuls dans l’église. Nous testons l’écho et chantons. Des chants religieux bien sûr. Trop tôt pour visiter le cloître.

Je fais une pause colazione avant l’abbaye : thé chaud avec tranche de citron, orange pressée, croissant fourré à la confiture d’abricot, panino jambon cuit et fromage. Impeccable. Je repars d’attaque marcher en plein soleil, en bord de route avec une ombre rare.

Pause café à 9h30 pour la recharge en sucre et sels minéraux avec le soda noir américain.

A Bastella, le dernier village avant Fidenza, repos à l’ombre du porche d’un centre sportif catholique, avec bancs et table. Je fais le tour du bâtiment. Le bar est ouvert. L’Ancien qui tient le bar m’offre deux bouteilles d’eau minérale plate, pour les pèlerins. Geert et moi les buvons aussitôt puis je les ramène au bar pour le tri sélectif.

Arrivée à Fidenza. Nous trouvons le gîte pour pèlerins et Geert, qui a accès à Internet, lui, peut accéder au QR Code qui ouvre la maison. C’est bien adapté mais la machine à laver est en panne. Nous lavons à la main et devons sécher le linge dans la buanderie car les riverains ne supportent pas le linge qui sèche dehors au soleil et au vent. Tout se perd en Italie !

Geert n’a jamais reçu de réponse à sa demande de logement à l’hôtel de la Cisa, avant le col qui sépare l’Emilie Romagne de la Toscane. J’y ai ma place réservée et c’est le seul logement à des kilomètres. Ni l’hôtel, ni l’office de tourisme de Berceto ne répondent au téléphone. En appelant, je comprends au message en italien que l’office de tourisme sera ouvert lundi matin. Je dis donc à Geert de rappeler lundi.

A force d’aider Geert, de me laver et de laver mon linge, le temps passe. Je sors en ville alors que tout est fermé. A 14h30. La cathédrale est en travaux remplie d’échafaudages. C’est bien pour elle mais, pour le visiteur, à part la crypte, il n’y a rien à voir.

Je finis par trouver une focacceria ouverte. Foccacia au jambon cru et à la stracciatella (le fromage, pas le parfum de glace). Pour le dessert, gelateria (glacier). Cône pistache de Bronte (Sicile) & café. Exquis. Achat de timbres pour la France mais pas encore de cartes postales.

Je rentre faire la sieste et je trouve Geert qui revient d’1h à l’office de tourisme local. L’hôtel de la Cisa est bien ouvert mais, comme la patronne est malade, elle ne répond pas au téléphone. Il devrait y avoir de la place. Peu de pèlerins comme Geert et moi le constatons.

Dîner à l’Hosteria numero 1000 face à la cathédrale. Excellent. Ravioli au taleggio (fromage local) & lambrusco (vin d’Emilie Romagne) avec asperges et pancetta grillée. Salade mixte pour digérer. En dessert, cremoso al caffè.

Sur la façade de la cathédrale de Fidenza, les pèlerins marchent vers Rome. Nous aussi quelques siècles plus tard. D’ailleurs, la Via Francigena passe toujours devant cette cathédrale et ces frises. C'est émouvant de suivre le même chemin, dans la même direction que des hommes d'il y a 800 ans.

Jardin du B&B Ostria Vento à Medesano

Jardin du B&B Ostria Vento à Medesano

Dimanche 8 juin : Fidenza – Medesano

22.5km. 5h30 de trajet prévu.

Départ à 5h20

Arrivée à 13h30

Gîte et couvert au B&B Ostria Vento à Medesano chez la Bonne Hôtesse Maria Bona.

 

L’étape prévue par le guide est de 34km. Je l’ai divisée en 2 : 22.5km aujourd’hui, 11.5km demain. Geert est un puriste. Il fait l’étape prévue et part à 4h50. Nous nous tapons dans les mains et nous souhaitons un Buon cammino. J’ai toute confiance en Geert pour arriver à Rome et revenir ensuite en Belgique au domicile conjugal.

Je pars seul à 5h30. Sans mon Belge, poisson pilote, je me perds. Je perds le chemin dès la sortie de la ville. Aucun Internet mobile depuis mon arrivée en Italie. Merci Orange. Je demande mon chemin à des promeneurs et travailleurs du dimanche matin. Les indications sont confuses et contradictoires.

Je reviens sur mes pas, retourne en ville, demande la via Antonio Gramsci indiquée dans le guide, me la fait indiquer (pas écrit sur les murs. Trop simple). J’ai perdu plus d’une heure mais j’ai retrouvé mon chemin.

Ca sort en campagne par un joli chemin de terre entre les oliviers qui mène à une église avec l’installation pour une fête médiévale autour. Je traverse une route, prend un chemin de terre et trouve enfin une montée, de l’air et de l’espace. Il fait moins chaud qu’en plaine. Le soleil cogne moins fort et je respire mieux.

La campagne romagnole est riche. Superbes fermes et belles voitures en chemin. A l’église, pour la messe d’enterrement, le corbillard est un break Maserati. Mazette !

Sur la Via Francigena, il y a le chemin pour vélo en blanc et bleu et le chemin pour piétons en blanc et rouge. Parfois, ils se confondent. Parfois, ils se séparent. Ici, sur un plateau, le chemin pour vélo continue tout droit sur la route alors que le chemin pour piétons se poursuit à droite par un chemin de terre. Piège.  Arrivé en bas à la route nationale, je ne vois aucune balise du sentier mais ma carte routière Michelin et les panneaux routiers m’indiquent de prendre à gauche pour Medesano.

Je commence à avoir chaud et soif. Je vois un Ancien sortir de sa maison torse nu. Plus de 80 ans, pas de lunettes, pas de canne, pas de ventre, l’esprit clair. Il m’indique de poursuivre le long de la route dans la même direction, de serrer à droite au prochain virage, de prendre à droite au rond-point sur la Via Emilia, voie romaine devenue aujourd’hui route nationale (celle qui a donné son nom à l’Emilie Romagne). Une nouvelle trace de Rome et de son Empire.

Je lui demande de l’eau. Il m’apporte une bouteille d’eau minérale plate (naturale) sortie du réfrigérateur. Je remplis ma gourde et bois goulument le reste de la bouteille. Bevi con calma me dit l’Ancien, à raison. Merci à cet homme. J’espère vieillir aussi bien que lui. Son eau fraîche me fit grand bien et ses indications étaient précises.

J’entre dans Medesano et trouve un bar des sports tenu par un Chinois, comme à Paris. Soda noir américain et foccacia moins bonne quelle celles préparées par des Italiens.

J’appelle la patronne de mon B&B, Ostria Vento, la Signora Maria Bona. Una donna per bene comme disent les Italiens. Belle d’apparence et par essence.

Elle me demande où je suis. Je sors du bar pour lire le nom et elle me répond : Vi vedo ! Effectivement, elle me voit puisque sa voiture est dans la rue. Elle part faire des courses et revient plus tard me chercher au bar. Je ne bouge pas jusqu’à ce qu’elle vienne me chercher et m’emmener dans son Paradis.

Maison immense, jardin immense. Tout est ordonné malgré une profusion d’objets de brocante tous choisis avec soin et goût. Un gros chien noir, Dago, très gentil. Pas vu d’homme ou d’enfant. La Signora Bona règne en maîtresse femme chez elle.

Je lave mon linge à la main pour m’épargner les 10€ de la machine à laver, à la fontaine, dans un bac en béton dehors. Je fais sécher sur le fil du jardin, au soleil et au vent, cette lessive et celle d’hier à Fidanza qui n’a pu finir de sécher dans la buanderie.

Je lui demande ensuite si je peux voir la finale messieurs des Internationaux de France de tennis de Roland Garros entre l’Italien Jannik Sinner et l’Espagnol Carlos Alcaraz. C’est la première finale de tournoi de Grand Chelem entre les actuels n°1 & n°2 mondial.

Comme moi, la Signora Bona n’a pas de télévision chez elle. Elle m’emmène en voiture chercher un bar qui diffuser le match. Chou blanc jusqu’à ce que lui vienne l’idée d’une locanda amie en campagne. La Locanda del Corridore à Felegara. Ils diffusent. Sur grand écran. Avec bar et restaurant.

J’arrive à 15h35 alors que le match a commencé depuis 5 mn. Match historique. La plus longue finale de l’histoire de Roland Garros dans l’ère Open, soit depuis 1968. 5h29. Victoire de l’Espagnol Alcaraz 3 sets à 2 après avoir perdu les deux premiers sets et sauvé 3 balles de match sur son service dans le 4e set.

Ambiance tendue pour les spectateurs italiens qui acceptent la défaite de leur champion avec fair play. J'ai dit au serveur que je soutenais Sinner ce qui était vrai en plus. Je savoure une orange pressée avec du sirop de sucre pour pouvoir doser précisément le sucre que j'ajoute dans mon jus de fruit. C'est la première fois que ce service m'est rendu. Il est très appréciable.

La Signora Bona vient me chercher alors que le couple d’Allemands logé au B&B a mangé. Je ne pouvais pas les faire attendre pour une partie sans fin prévisible.

Dîner somptueux au salon du jardin préparé par l’hôtesse. Je ne sais pas vraiment ce que j’ai mangé mais que c’était bon, nom de Zeus !

Crème d’aubergines ? Variation sur la betterave et mayonnaise maison. Soupe froide aux fèves et à l’huile d’olive. Pilons de poulet marinés et grillés et salade verte. Ni fromage ni dessert mais la Signora Bona est allée me cueillir des mûres au jardin. Gelsi très différentes des mûres de France.

Le petit déjeuner est dressé sur la table du salon. Je peux le prendre à n’importe quelle heure. Pratique pour un randonneur. Sommeil de plomb jusqu’à 5h.

J’ai oublié ma serviette de bains, ultralégère, en microfibres, au gîte de Piacenza. La bonne hôtesse m’en offre une. Je l’ai gardé précieusement. Elle me fut fort utile le reste du chemin. Elle est désormais propre, sèche, pliée et rangée chez moi à Paris.

Quand je partirai de nouveau sac au dos, j’emmènerai avec moi ce souvenir de la bonne hôtesse de Medesano en Italie, la Signora Maria Bona. 100€ pour le dîner, la nuit et le petit déjeuner sans compter le transport en voiture et la serviette de bain offerte, ce n’est pas cher payé étant donné la qualité du lieu, de l’accueil et des mets.

Monts Apennins vus du Taro

Monts Apennins vus du Taro

Lundi 9 juin : Medesano – Fornovo del Taro

11.5km. 3h de trajet prévu.

Départ à 6h50

Arrivée à 11h30

Gîte et couvert à la Locanda Al Ponte à Fornovo di Taro

Etape courte et facile. C’est voulu avant d’attaquer les Monts Apennins, nouvel obstacle à franchir sur le chemin de Paris à Rome, après le Jura et les Alpes.

Je prends mon temps pour savourer le somptueux petit déjeuner et part à 6h50.

La maison est en campagne mais à deux pas de la ville. 500m à droite et je retrouve le rond point par lequel je suis arrivé hier à Medesano.

Le chemin est bien balisé. Je suis la strada statale 357, bâtie sur la Via Emilia, par le trottoir puis la piste cyclable. Simple mais ennuyeux. Enfin, le chemin tourne à droite sur une route de campagne. Il n’y a plus personne et la vue sur les Apennins est magnifique.

Arrivée tranquille à Felegara où j’achète des panini francescani (hommage à Saint François d’Assise, grand marcheur devant l’Eternel. En Italie, partir pour un long voyage à pied se dit Prendere il cavallo di San Francesco. Prendre le cheval de Saint François), chauds sortis du four. J'étais à Felegara hier après-midi pour voire cette finale historique de Roland Garros.

Ensuite, je perds la trace de la Via Francigena et suit la route nationale au risque des voitures et des camions. A Romiola, je retrouve la trace et la piste cyclable qui me permet de passer le pont au -dessus du fleuve Taro (bien bas. Lit très large mais un débit de ruisseau).  Du pont, belle vue sur les Apennins et la ville de Fornovo di Taro.

Je monte à l’église. Personne pour la crédence et l’office de tourisme est fermé le lundi. Renseignements pris à la marchande de journaux, très gentille mais peu encourageante. Cependant, je trouve ouvert le local de l’ACLI (Associazione Cristiana dei Lavoratori Italiani) et fait tamponner ma crédence.

J’achète du saucisson local et la cacciata di mucca (fromage de vache)  à la salumeria (charcuterie). Production maison. Achat d'oranges de Grèce au supermarché pour la réserve de jus, de sucre et de vitamine C. Et de prunes séchées italiennes différentes des pruneaux français. Energétiques et délicieuses.

J’appelle le gîte. Pas de réponse. Je reviens au local de l’ACLI et la dame du comptoir appelle son réseau local de renseignements (la mère de la patronne du gîte, si j’ai bien compris). Ma réservation existe, la patronne du gîte est sortie faire des courses, je peux monter au B&B de la Vecchia Quercia (Vieux Chêne).

Je reprends la Via Francigena en montée pour sortir de la ville quand je reçois un appel de la patronne. Erreur de sa part. Elle m’a prévu pour le mardi 10 juin alors que j’arrive lundi 9 juin. Elle ne peut m’accueillir. Je ne discuterai pas avec Astrid et Jurgen , le couple allemand du gîte d’hier, au gîte de ce soir.

La patronne a réservé pour moi une chambre à la Locanda del Ponte, bar restaurant hôtel au bout du pont sur le Taro.

J’y arrive. Fausto le patron m’accueille, me serre la main et me laisse manger mon pique nique dans son restaurant. Très sympathique. Après l'accueil féminin hier, l'accueil masculin aujourd'hui. Fausto est un fan de motocyclette et cela se voit dans son bar: casques, photos, combinaisons.

Je ne comprends rien au QR code pour obtenir le wifi mais cela finit par fonctionner.

Chambre à l’ancienne, sans climatisation, avec volets clos. Ce que je préfère. Propre et fonctionnel. Pour le linge, laverie automatique de l’autre côté de la route.

Sieste de 13h30 à 15h après la douche. Laverie automatique et rédaction de ce carnet de voyage en terrasse à l’ombre.

A 15h30, moi Français, je réponds en anglais à un motard allemand qu’à cette heure le patron italien est sorti, l’hôtel et le restaurant sont fermés et qu’ils ne pourront pas manger ici tout de suite. C’était le délégué du groupe. Ils partent chercher à manger ailleurs. Vive l’Europe !

Dîner sur place. J’essaie le Lambrusco. Pas du tout à mon goût mais je ne suis pas amateur de vin rouge. Tortelli à l’épaule de cochon couverts de parmesan. Salade mixte avec huile d’olive et vinaigre de vin de Chianti à disposition. Semi freddo al amaretto. Délicieux.

Soit le bruit de la route nationale qui passe devant l’hôtel a diminué, soit je m’y suis habitué. Soit les deux. En tout cas, j’ai bien dormi.

Vue du jardin du B&B Biutiful à Cavazzola

Vue du jardin du B&B Biutiful à Cavazzola

Mardi 10 juin : Fornovo di Taro – Cavazzola (comune di Berceto)

24km. 6h de trajet prévu.

Départ 7h20

Arrivée 14h30

Gîte et couvert au B&B Biutiful à Cavazzola.

 

Petit déjeuner à 6h30. Je suis le premier client et Fausto a ramené les viennoiseries fraîches. 80 € pour nuit, petit déjeuner et dîner.

Départ tranquille par le chemin emprunté la veille pour le gîte prévu.

Nouveau problème. J’ai consulté hier soir à 22h mon courrier électronique. J’y ai trouvé un message de 17h du B&B de ce soir me demandant d’appeler d’urgence. J’ai répondu par écrit et j’appellerai aujourd’hui.

Chemin bien balisé qui monte régulièrement de 150 à 800m d’altitude. Impossible de se perdre.

Je fais une pause pour appeler la patronne du gite « Il bordone del pellegrino ». Elle m’explique que la chambre est indisponible pour cause de travaux et m’envoie sur le B&B Biutiful, écologique, en campagne, 3km plus loin. Deuxième jour où je dois changer de gîte. Les jours se suivent et se ressemblent. Le chemin commande.

A l’église de Bardone, je trouve deux Italiens retraités très sympathiques qui veulent visiter mais trouvent porte close. Eau disponible à la fontaine avant l’église. Fontaine avec pèlerin sculpté dessus.

Je poursuis ma marche, m’arrête à une superbe halte pour pèlerins sans eau mais avec fauteuils, bancs, chaises, tables, poubelles,vue et ombre. Mes deux Italiens passent en voiture (une Peugeot. Macchina francese !). Ils m’emmènent jusqu’au carrefour avec la SS62 (strada della Cisa). Ils me déposent là car ils partent à droite et moi à gauche. L'un des deux va partir en couple découvrir Annecy & la Bourgogne. Je lui ai fait quelques suggestions mais c'est Madame qui décide du programme.

Je n’ai plus qu’à suivre la route et la marque blanche et bleue de la Via Francigena pour les cyclistes.

A Casola, carrefour avec bar en terrasse à l’ombre. En demandant gentiment, et en commandant un soda noir américain à 3€, je peux m’installer à l’ombre déguster mon pique-nique. Vue splendide sur les Apennins.

Je continue de monter sur la route et retrouve les marques de la Via pour piétons et cyclistes. Arrivé au village de Cassio, où se situe le B&B prévu, j’appelle la propriétaire du gîte. Son mari vient me chercher en voiture à la terrasse du café (fermé. Je suis facile à repérer) et me dépose au deuxième gîte.

Un B&B écologique avec légumes du jardin à table. Ce n’est pas un agriturismo mais horticulture et hospitalité sont au programme.

Jardin splendide avec vue sur les Apennins en face et la rivière en bas.

Lessive à la main qui sèche sur le fil au jardin.

Etape avec beaucoup de route à part un léger détour par un sentier et un torrent. Beaucoup de motards mais pas excités. Peu de voitures, pas de camion. Touristes allemands en Porsche cabriolet. L’argent circule ici.

Dîner collectif délicieux avec le couple d’hôtes et d’autres pèlerins néerlandais (un père retraité qui suit sa fille et dit n’avoir que deux choses à faire : marcher et manger des pizzas. Ce régime lui réussit bien), Ines, une étudiante française qui finit son trimestre à Parme par une marche jusqu’à la Mer (La Spezia), deux Allemands quadras que je retrouverai ensuite. Conversation en italien, français & anglais. Bruschetta à l’huile d’olive. Pâtes maison avec sauce au thon. Omelette au jambon avec oeufs du jardin & salade verte du jardin. Vermouth avec cantuccini. Mon père, Michel Lagrée, aurait apprécié.

Pour les pâtes fraîches maison, à partir de leur blé, le patron nous explique que 3 règles s’appliquent : celles de l’UE, celles de la République italienne & celles de la région Emilie Romagne. Les 3 sont contradictoires entre elles. Il ne se pose pas de question de hiérarchie des normes, de pyramide de Kelsen. Il fait comme il veut en attendant un éventuel contrôle.

Chambre à deux lits pour moi seul. Fenêtres avec moustiquaires. Je dors paisiblement fenêtres ouvertes.  

Vue du Monte Valoria (1229m)

Vue du Monte Valoria (1229m)

Mercredi 11 juin : Cavazzola – Ostello della Cisa

16km. 4h de trajet prévu.

Départ 6h25

Arrivée 15h30

Gîte et couvert à l'Ostello della Cisa, Berceto, Localita Tugo, SS42.

 

Je pars après les Néerlandais, avant les Français et les Allemands. Inès, l’étudiante française, me rattrape vite et me lâche au Monte Marino (980m).

Vraie étape de montagne aujourd’hui. A Berceto, belle église romane et belle fontaine de 1736 d’où sort l’eau fraîche des montagnes. Remplissage de gourde et achat de panini à la boulangerie. La boulangère est une grande et belle femme Africaine. Malgré les discours politiques officiels, la démographie commande. L’économie tourne bien en Italie du Nord et elle ne tournerait pas sans la main d’œuvre étrangère venue d’Afrique et d’Asie. Cela ne se voit plus seulement en ville mais aussi dans les villages de campagne et de montagne. De retour en France, j'ai vu que le gouvernement italien dirigé par la Signora Giorgia Meloni a régularisé 950 000 étrangers en 2 ans. Rien à ajouter.

Je rencontre Sylvain un retraité français qui marche depuis le 18 avril de Strasbourg, son domicile, à Assise. Lui aussi trace et me largue dans le sentier qui monte à travers bois après Berceto.

En fait, le chemin me mène au Monte Valoria (1229m). Un sentier long, dur, raide avec peu de pauses. Je fais mon chemin de croix, y passe des heures, reprend des forces en pique niquant. La récompense est au bout de l’effort. Une variante selon le guide mais je n'ai pas vu d'autre chemin sur place.

Au sommet, vue panoramique sur les Apennins avec, en bas, l’autoroute Parme La Spezia. Me rejoignent au sommet les deux Allemands rencontrés hier soir au gîte, Stefan & Sebastian. Ils sont partis à 8h. Ils pique-niquent et font la sieste au sommet. Photos communes.

Je descends par un chemin que m’a recommandé un Ancien, Italien, monté au sommet en VTT. Groupe de cyclistes dont le doyen a 79 ans. Respect. Au début du chemin une statue de la Vierge à l’enfant. C’est bon signe. Il doit rejoindre la route nationale en bas. Je rejoins très vite le chemin actuel de la Via Francigena, la balise blanche et rouge étant déjà visible sur l’autre chemin.

Cette descente est un chemin du Club Alpino Italiano. Très difficile prévient le guide. Impegnativo. Ca descend raide et net jusqu’au Passo della Cissa (1041m), col frontière entre l’Emilie Romagne et la Toscane. Je le passerai demain pour entrer en Toscane.

Bar, boutique de souvenirs. Tout est fermé. La fontaine d’eau potable fonctionne comme celle 200m plus haut sur le sentier. Plaisir de l’eau fraîche après le vent et le soleil.

Je n’ai plus qu’à descendre sur la SS62 côté Emilie Romagne. Peu de voitures, quelques motards qui ne font pas les kakous. Je finis par trouver l’Ostello della Cisa et Sylvain qui attend dehors depuis 13h. Tout est rangé mais tout est fermé à clef. Aucune indication d’horaire. Le téléphone portable ne passe pas. C’est la montagne. Nous attendons dehors à l’ombre avec des tables, des bancs, des pelouses, une vue sur les Apennins et un point d’eau potable. Il y a pire.

A 16h, Stefan & Sebastian arrivent. Inès est allée plus loin sur son chemin de Parme à la Spezia. Sebastian arrive à appeler et tombe sur un répondeur où je laisse un message en italien.

A force d’attendre, à 16h45, une voiture entre et s’arrête. Une Dame en descend et nous explique que Fedora, la patronne du gîte, est hospitalisée. Elle remplace comme elle peut.

Elle nous ouvre le lieu, une ancienne maison de cantonniers de la route nationale. J'en ai vu plusieurs en ruines le long de la route mais celle-ci a été renovée pour loger les pèlerins de la Via Francigena. Elle a retrouvé une utilité. Manifestement, c'est laïc. Il n'y a donc pas que l'Ostello del teatro à Piacenza à offrir un accueil laïc aux pèlerins.

 C’est immense avec douches, sanitaires, dortoirs, salon, bar. Tout est en place. Le prix du dîner est réduit de 20 à 10€ car notre hôtesse improvise avec ce dont elle dispose. Coucher, dîner, petit déjeuner même le pique-nique pour demain midi. Tout est fourni. Tout s’arrange. Lessive à la main. Séchage dehors au soleil et au vent. Nous sommes 4 et il y a de la place pour 24.

Etape fatigante mais avec la récompense de la vue au sommet & d’un accueil inespéré à la fin.

Pâtes à la sauce tomate et au parmesan. Tranches de fromage et de jambon. De quoi nourrir un régiment de hussards de la Garde Impériale. 3 plats de pâtes et nous ne venons pas au bout du deuxième, à 4 convives. Pas de dessert mais nous sommes lestés pour la nuit.

Nuit tranquille, fenêtre ouverte. Pas de moustiques. A 4 dans le même dortoir, nous ne nous gênons pas.

Pont médiéval sur le chemin pour Pontremoli

Pont médiéval sur le chemin pour Pontremoli

Jeudi 12 juin : Ostello della Cisa – Pontremoli

21.7km. 5h30 de trajet prévu.

Départ 7h20

Arrivée 18h30

L'étape la plus dure de toute la Via Francigena.

Passage de l'Emilie Romagne à la Toscane.

Gîte pour pélerins au Castello Ostello Museo de Pontremoli

Dîner alla trattoria Norina de Pontremoli.

 

Etape interminable, épuisante, avec des montées et des descentes sur des sentiers muletiers aux pavés usés par les ans, glissants, instables même par temps sec. Un enfer pour les genoux et les chevilles.

Sylvain, le Français ascétique, part seul à 5h20 en sandales après avoir bu un verre de lait.

La dame est de retour à 6h30 et nous prépare le petit déjeuner. Pour moi et les deux amis Allemands. Je pars à 7h20. Eux plus tard.

Au col de la Cisa, le choix est simple : soit suivre les cyclistes sur la route départementale au soleil mais sans difficulté soit suivre le sentier rude, raide et beau à l'ombre des bois. J’ai pris le sentier. Pour ma santé et ma sécurité, j’aurais dû prendre la route.

Chemin en forêt donc avec de l’ombre. Passant par les villages donc avec des points d’eau réguliers. Mais il s’agit d’un sentier muletier avec des pavés plus ou moins stables, plus ou moins polis par les ans et glissants. Par temps de pluie, ça doit être terrifiant.  Par temps sec, c’est usant.

Les Italiens sont conscients de la dangerosité de l'étape puisqu'à intervalles réguliers, sur un arbre, j'ai vu une plaque indiquant le numéro d'appel d'urgence européen (112), la mention VF suivi d'un numéro de 001 à je ne sais plus combien et la mention qu'en appelant à ce numéro et en indiquant le numéro de la plaque une équipe spécialisée du secours alpin et spéléologique de Toscane viendra vous chercher au point indiqué. C'est rassurant ou inquiétant selon le point de vue. Je n'en ai pas eu besoin, heureusement. C'est la seule portion de la Via Francigena où j'ai vu un tel dispositif depuis que je l'ai commencée à Lausanne, en Suisse, en juillet 2023.

Comme j’ai eu une entorse du genou gauche en janvier 2024 (les bons soins d’un kiné breton de Paris m’ont permis d’aller à pied d’Aoste à Pavie au printemps 2024), je fais très attention et passe plus de 11h pour faire une étape qui doit prendre 5h30 selon le guide qui prévient que l'étape est très difficile.

Je n’ai pu faire usage de mes bâtons de marche car ils étaient desserrés de nouveau et je n’avais pas de tournevis cruciforme (cacciavite a stella) disponible. Mes genoux et mes chevilles fonctionnaient encore à l'arrivée. C'est l'essentiel.

Les deux S m’ont rejoint à Groppoli où nous avons pique-niqué à l’ombre d’un arbre, assis sur un muret avec une fontaine d’eau potable.

Je les ai retrouvé à un sommet sur un Big Bench (Banc Géant avec vue sur les Apennins). Deux fois, la fatigue m’a fait me tromper de chemin et revenir sur mes pas.

Arrivé à Azenglio à 17h30, je vois écrit Castello et crois être arrivé. Mais non. Encore 45mn de sentier raide à descendre sur des pavés glissants pour Pontremoli.

Arrivé à Pontremoli, la fatigue me fait manquer l’ascenseur pour le château. Montée par le sdrucciolo. Un truc entre l’escalier et le chemin. Raide & pavé évidemment. Le check in se fait jusqu’à 17h30 et le château musée gîte ferme à 18h30. Ca tombe bien. J’arrive à 18h30. J’ignorais que le check in se faisait jusqu’à 17h30.

La réceptionniste est Française, a de la famille à Janzé , Ille et Vilaine, Bretagne, près de mon berceau familial, Rennes. Elle m’explique qu’il s’agit de l’étape la plus dure de toute La Via Francigena (bien plus dure que le passage des Alpes au Grand Saint Bernard. Je confirme) et que, par temps de pluie, les pèlerins arrivent déchirés (sic).

J’effectue les formalités d’entrée et l’hôtesse m’emmène à ma chambre, tout en haut du château où je retrouve Marcus, un Suisse allemand qui m’a doublé en chemin. J’ai aussi retrouvé les deux S arrivés avant moi et qui étaient prêts à payer ma chambre (16€) vu que j’étais en retard. Des gars en or.

Je prends le temps de me laver et de laver mon linge à la main. Séchoir à linge abrité, installé devant chaque chambre. Je descends en ville à 19h30 et dîne délicieusement à la trattoria Norina. Torta fritta en antipasto. Testarelle en primo piatto. En dessert, une crostata alle noci e arancie (tarte croustillante aux noix et oranges) parfaite pour un marcheur. Tout est fait maison. Je vois la cuisinière en action.

Au final, cette étape est très belle et très dure. Par temps de pluie ou si vous avez le moindre doute sur vos genoux ou vos chevilles, suivez les vélos ou prenez les transports en commun.

Je décide en mon âme et conscience d’effectuer l’étape du lendemain de Pontremoli à Aulla en train et de m’octroyer une journée de repos. Qui veut voyager loin ménage sa monture. En l’espèce, la monture c’est moi et je ne me suis pas ménagé aujourd’hui.

Marcus, le Suisse allemand avec qui je partage un dortoir pour 4, fait de même. Il prend le train demain pour Sarzana, mon étape du surlendemain.

Dormir en haut d’un château byzantin en Italie avec vue sur les Apennins, c’est quand même pas mal.

Statues stèles au château musée hôtel de Pontremoli

Statues stèles au château musée hôtel de Pontremoli

Vendredi 13 juin : Pontremoli – Aulla

Journée de repos. Voyage en train.

32.5km. 8h15 de trajet prévu.

Petit déjeuner au Caffè dei Svizzeri à Pontremoli

Déjeuner à l'Osteria da Busse à Pontremoli

Gite paroissial pour pèlerins à l’abbaye de San Caprasio à Aulla

Dîner dans une pizzeria d’Aulla

La journée précédente m’a épuisé. Aujourd’hui, tourisme et repos.

Descente en ville pour un délicieux petit déjeuner au Café des Suisses (caffè dei Svizzeri). Je le conseillerai ensuite à Marcus, mon voisin de chambre suisse qui s’y installe fièrement (son bob porte l’edelweiss et le mot SWITZERLAND).

Ensuite, première séance de cartes postales achetées, écrites, timbrées et postées à Pontremoli.

Je remonte au château, par l’ascenseur cette fois, pour aller visiter le musée des statues stèles, une spécialité ligure de la Préhistoire, très présente dans la Lunigiana (Nord de la Toscane). Œuvres imposantes bien expliquées avec des films pédagogiques en italien sans sous-titre. C’est dit lentement et, avec les images, un Français peut comprendre. Pour un Anglais, un Allemand, un Néerlandais qui ignore le latin et les langues qui en descendent, ce sera plus compliqué à suivre.

Je redescends au village à l'Osteria da Busse fondée en 1930. Produits authentiques de la région servis par un Asiatique et une jeune fille voilée qui parlent un italien parfait. Le changement démographique est visible en Italie, y compris dans les villages. Le vote actuel, c’est le temps que cette population acquière la nationalité italienne, le droit de vote et l’exerce. A moins qu’à son tour, elle ne refuse les nouveaux arrivants.

Carpaccio de truite fumée, tortelli  à l’épaule de cochon, spongata dessert médiéval typique modernisé avec du chocolat (le cacao est arrivé d’Amérique en Espagne à la Renaissance). Excellent déjeuner toscan.

Marche digestive tranquille jusqu’à la gare de Pontremoli, qu’un jeune homme croisé en chemin m’a indiqué précisément, pour prendre le train Parma – La Spezia qui s’arrête à Aulla Lunigiana. Comme en Lombardie, en Toscane, les trains régionaux sont plus modernes et plus propres qu’en France. En Lombardie, c’est le summum.

La gare est en dehors de la ville d’Aulla. Longue marche d’approche pour arriver au centre-ville d’Aulla. Je longe le fleuve et aperçoit une église jouxtant un couvent. Logiquement, c’est mon gite du soir. C’est bien l’abbaye de San Caprasio. J’y retrouve Philippe et Sacha, les deux Français qui m’avaient doublé hier. Eux ont fait l’étape à pied.  Des Solides. Lessive à la main. Séchage au soleil et au vent en terrasse.

Vers 18h arrivent mes deux sympathiques Allemands, S & S. Cela me permet de récupérer les photos de nous 3 qu’ils ont prises hier et de dîner avec eux ce soir. Dans une pizzeria. Stefan prend une pizza entière. Sebastian et moi une moitié chacun. Avec la bouteille d’eau, 10€/personne. Pas de dessert mais le glacier est à deux pas. J’offre sa glace à Stefan pour l’amitié franco-allemande, les photos et la bouteille d’eau. Nuit en dortoir avec 2 Allemands, 2 Anglais, 2 Français et une Tchèque. Nous y arrivons.

Laurier rose et olivier le long de la Via Francigena

Laurier rose et olivier le long de la Via Francigena

Samedi 14 juin : Aulla – Sarzana

Passage de la Toscane à la Ligurie.

18km. 4h30 de trajet prévu.

Départ à 6h20.

Arrivée vers 13h.

Gîte à l’agriturismo Il Monticello à Sarzana.

Déjeuner au restaurant Il Cardinale à Sarzana.

Dîner à la pizzeria Casina Rossa à Sarzana.

Retour à la marche. Le sentier se rapproche de la Mer Tyrrhénienne.

 

Je suis réveillé à 5h du matin par mon cauchemar. Le bruit que je fais me réveille et réveille les autres. Risque du dortoir.

Pas de petit déjeuner. Je pars seul à 6h20.

Sentier raide en sous-bois avec des montées et des descentes qui cassent bien les chevilles et les genoux.  Une spécialité des Apennins. C’est moins dur et moins long que l’étape pour Pontremoli et c’est mieux que de marcher sur la route nationale, au soleil, face aux voitures.

Sur les conseils de Geert, le Belge expert en randonnée (Ypres – Compostelle avec son fils en 2011 d’une traite), rencontré au début de cette marche, je me décide enfin à installer l’appli Via Francigena sur mon telefonino et à m’en servir. Alors que je cherche la balise de la Via Francigena, l’appli me ramène sur le bon chemin comme le bon pasteur pour une brebis égarée.

Je retrouve au fur et à mesure mes compagnons de chambrée soit parce que je les dépasse (couple de Néerlandais âgés) soit parce qu’ils me dépassent (tous les autres).

Petit détour pour admirer la vue depuis le château de Bibola. Bien mais pas de vue panoramique à 360° comme indiqué en bas. Le village médiéval perché de Bibola vaut le détour.

Fontaines d’eau aux villages de Bibola et de Vecchietto pour s’abreuver et remplir les gourdes. Après une longue et dure descente, arrivée à Provozzano Superiore, ex Provozzano Magra.

Comme à Fornovo di Taro il y a quelques jours, bar associatif de l’ACLI dans le village mais cette fois tenu par des jeunes gens et ouvert jusqu’à 13h. J’en profite pour laver à l’eau et au savon des plaies aux mains que j’ai dû désinfecter après avoir empoigné des ronces par inattention.

Je retrouve à la fontaine James, jeune gentleman anglais, au délicieux français, qui dormait à Aulla hier soir et doit retrouver sur le chemin un cousin australien. James marche depuis 3 jours avec chapeau, chemisette, pantalon et baskets solides. A true gentleman.

Longue descente jusqu’à Sarzana en Ligurie où je retrouve deux Français qui m’avaient doublé avant Pontremoli, Philippe, seul en terrasse au bar et Sacha seul au restaurant Il Cardinale. A Sarzana, déviation du sentier. Il passe normalement par un pont qui est en travaux pour une durée indéterminée. Les citoyens et contribuables de Sarzana, excédés à juste titre, ont mis des affiches pour demander compte à leurs élus de la bonne gestion des deniers publics.

Sacha m’assure qu’il a très bien mangé au Cardinale. Je valide. J’ai mangé comme un Pape.

Hier à Aulla, j’ai entendu les mouettes. Aujourd’hui, à Sarzana, je mange du poisson. Le chemin approche de la Mer.

Primo piatto, spaghetti AOP au thon frais et au citron des 5 Terres (parc national situé en Ligurie). En secondo piatto, seiche avec une sauce au chou noir, aux blettes et aux champignons. Un mélange Mer & Montagne typiquement ligure. Exquis. En dessert, une spécialité toscane qu’adorait mon père Michel Lagrée, des cantuccini à tremper dans le vino santo.

Il me faut ensuite arriver à mon agriturismo, Il Monticello. Un peu plus de 2 km et j’arrive enfin à faire fonctionner mon GPS qui me guide précisément.

Vignes et oliviers. Immense demeure. Les propriétaires sont absents et la clef m’attend sur la porte de l’appartement. Une bouteille de vin blanc de la propriété m'est offerte mais je ne la boirai pas seul ce soir et elle est trop lourde pour mon sac à dos, déjà trop lourd par ma faute. Le prochain hôte la dégustera.

Lit en mezzanine avec un escalier de meunier pour y accéder. Si je l’avais repéré sur Internet, je ne l’aurais pas pris. Pas de code wifi indiqué. Je finis par comprendre la climatisation. Lessive lavée à la main dans le lavabo. Une poubelle propre me sert de bassine. J’ai repéré le fil à linge dans le jardin avec des pinces à linge (molette). Je contacte S & S qui ont envie de dîner entre Allemands ce soir. Dîner seul à la pizzeria Casina Rossa. Correct. Moins raffiné et moins cher que ce midi.

Au bout du chemin la Mer

Au bout du chemin la Mer

Dimanche 15 juin : Sarzana – Marina di Massa

Passage de la Ligurie à la Toscane.

17km. 4h15 de trajet prévu.

Gîte au camping Dolce Sole à Marina di Massa

Déjeuner au camping Dolce Sole à Marina di Massa

Dîner alla trattoria del pesce Massimo à Marina di Massa

Départ à 8h15

Arrivée 13h30

Nuit où il me fallut choisir entre la fraîcheur et le bruit de la climatisation et la chaleur avec la climatisation éteinte, les sons de la Nature et la fenêtre ouverte. J’ai choisi la Nature.

Rien à manger. Je vois le propriétaire et paie ma chambre. 87.50€ tout de même. Par rapport aux 100€ du gîte de Medesano, c’est franchement moins mérité. Le lieu est beau mais guère commode et confortable. Je ne recommande pas Il Monticello à Sarzana.

J’emprunte au propriétaire un tournevis cruciforme pour enfin resserrer mes bâtons.

Je descends à pied à Sarzana, très jolie ville ligure et trouve plusieurs cafés fermés. C’est dimanche. Je finis par trouver une pâtisserie ouverte, ancienne et élégante. Thé chaud avec rondelle de citron, orange pressée, crostata aux fruits des bois (pas comme je l’espérais mais bonne) et foccacia au jambon cuit.

Aujourd’hui je quitte la Via Francigena pour rejoindre la Mer Tyrrhénienne. Du temps de l’évêque Sigeric, avant l’an Mil, la Mer signifait fièvre des marais et pirates sur les côtes. C’est pourquoi il l‘a soigneusement évité sauf pour passer la Manche entre Calais et Douvres évidemment.

Etape facile et ennuyeuse. Il suffit de sortir de la ville de Sarzana, de suivre le panneau Mare et la longue file de voitures.

Le long de la route, il y a parfois une piste cyclable, accessible aux piétons mais pas toujours. Quand il y en a une, elle peut être envahie par les plantes des champs voisins.

Certains passages sont périlleux pour le marcheur. Je ne voyais pas les voitures arriver. Elles ne me voyaient qu’en sortie de virage. Heureusement, le trafic intense un dimanche ensoleillé de juin oblige à rouler doucement.

Je finis par marcher le long de plages très urbanisées et à revenir de Ligurie en Toscane à Massa di Carrara, la plage de Carrare, la ville des carrières de marbre où venaient se fournir Michel Ange et le Bernin. Les carrières sont toujours en activité.

Longue route d’approche pour le camping Il Dolce Sole, en sortie de ville, direction Apennins. Le GPS m’est bien utile.

Le camping est parfaitement adapté pour un marcheur. Petites maisons en bois sous les arbres (pas besoin de climatisation). Douches et sanitaires collectifs propres et bien conçus. Robinets extérieurs pour laver le sable des pieds. Lessive à la main dans des bacs adéquats. Fil pour sécher le linge au soleil.

Bar où la patronne Silvia, très sympathique, me prépare un toast chaud au jambon cru et au pecorino et un délicieux bol de yaourt nature avec fruits frais coupés dessus. Comme la pasta, du carburant pour randonneur. Le soda noir américain est servi avec des citrons doux du jardin que je peux croquer en entier avec la peau comme ceux de Menton en France.

Terrasse ombragée devant ma petite maison avec table, chaises et de l’air. Les bruits de la ville sont loin, tout est calme, tout respire. Un vrai régal.

Etape de transition pas passionnante à faire mais l’accueil au camping Dolce Sole vaut l’effort.

Après la sieste, bain de mer vers 17h. La plage est hideuse. Béton, rochers qui ont l’air en béton, sable noir fin couvert de chaises longues, immeubles hideux, bar de plage fatigué, ni galet, ni coquillage. Heureusement, pas de musique toxique. Mer chaude dans laquelle je m’ébroue pendant 45mn. Tres bénéfique pour les muscles et les articulations après 2 semaines de marche.

Après la douche, Silvia m’a recommandé le restaurant de poissons de Luisa mais je m'arrête avant, à celui de Massimo. 20 mn à pied depuis le camping et il vaut le voyage.

Primo piatto : spaghetti alle vongole (palourdes)

Secondo piatto : brochette da gamberini (gambas en espagnol) avec petits légumes, salade et citron. Diététique.

Dolce : tarte aux fruits des bois, crémeuse à souhait.

1l d’acqua minerale frizzante pour faire passer et promenade digestive jusqu’au camping où le bar est ouvert jusqu’à minuit.  

Camping nature, calme où je dors bien.

Rue de Pietrasanta

Rue de Pietrasanta

Lundi 16 juin : Marina di Massa – Pietrasanta

19.5km. 5h de trajet prévu.

Départ 8h15

Arrivée 12h30

Gîte à la maison diocésaine La Rocca de Pietrasanta.

Déjeuner et dîner à la trattoria Gatto Nero à Pietrasanta.

Ce matin le bar du camping ouvre à 8h. Je règle ma facture. Je ne prends pas de petit déjeuner. Journée de repos. Je marche jusqu’à la gare de Massa où je trouverai le train pour Pietrasanta.

Le camping était déjà payé. Je règle 16.50€ pour le déjeuner hier, me fait offrir un thé chaud et expliquer le chemin le plus commode pour Massa (suivre le front de mer jusqu’à une place avec une fontaine à Marina di Massa, tourner à gauche puis tout droit jusqu’au village).

Je recommande chaleureusement le camping Dolce Sole au pèlerin de la Via Francigena qui veut se faire une pause plage et farniente après des journées d'effort sur les sentiers des Apennins.

Les indications sont claires. Pas besoin de GPS pour trouver ma route. A l’entrée de Massa, je trouve le bus qui va à la gare comme terminus. Je demande à deux charmantes demoiselles qui attendent elles aussi le bus si je peux prendre un billet à bord. Il semble que non. Le chauffeur me demande une carte que je n’ai pas évidemment et me laisse entrer à l’œil. Impossible d’acheter le billet à bord. Cela ne ruinera pas la compagnie de bus.

Le bus me dépose devant la gare de Massa. J’achète au bar de la gare à boire, à manger et un billet pour Pietrasanta (2,90€). C’est un bus pour Pisa Centrale qui s’arrête à Pietrasanta. Dans le bus, je vois monter mes deux Allemands Stefan & Sebastian. Ils ne me voient pas et je descends avant eux à Pietrasanta.

La ville est magnifique. Entrée fortifiée, piazza del Duomo et, derrière, la maison diocésaine où je dois dormir ce soir.

Délicieux déjeuner à la trattoria Gatto Nero. Ce midi je choisis le menu viande avec pâtes au ragoût local, tripes à la florentine et gâteau aux carottes en dessert. Bouteille d’eau minérale gazeuse. Excellent.

Je vais sonner à la maison diocésaine et m’annoncer comme pèlerin. Une bonne sœur indonésienne m’accueille, m’ouvre & me donne la clef. Je n’ai plus qu’à laver l’homme et les vêtements et me reposer. Un réfrigérateur est disponible pour mettre mon fromage au frais.

A 14h30 arrive Lucca, un trentenaire milanais qui fait Milan Rome à vélo par la Via Francigena. Comme moi, il a souffert sur les pentes des Apennins. Aujourd’hui, il a longé la mer avant de remonter mais n’a pas pu se baigner à cause de la bicyclette et du matériel.

Ce soir, retour au Gatto Nero avec Lucca. Lucca veut manger de la viande car il a mangé du poisson ce midi à Forte dei Marmi sur la côte. Ayant mangé de la viande ce midi, je choisis le menu poisson ce soir. Ca tombe bien. Le Gatto Nero propose les deux. Affiche du Chat Noir de Montmartre dans le restaurant évidemment.

Lucca prend une énorme côtelette et des pommes de terre au four. Je prends des pâtes au ragoût de poisson (aucune arête) et une tranche de thon grillé avec salade et citron. Sorbet citron pour digérer. Exquis.

Lucca me prévient qu’il dort très peu et très tard. Je peux certifier qu’il dormait profondément à 22h30. 3 enfants. Il vient de divorcer et a perdu son travail le lendemain du divorce. Il se nettoie la tête en roulant de Milan à Rome. De retour, il réfléchira à la suite.

 

Ruches le long de la Via Francigena

Ruches le long de la Via Francigena

Mardi 17 juin : Pietrasanta – Valpromaro

18.7km. 4h40 de trajet prévu.

Départ 6h

Arrivée 13h

Gite et couvert à la Maison du Pèlerin de Valpromaro. La Maison du Bonheur.

Réveil à 5h pour moi, à 5h30 pour Lucca. Je pars à 6h. Nous nous saluons et je lui laisse ma carte de visite. Je verrai bien s’il m’écrit ou pas

J’avais repéré le départ depuis la Piazza del Duomo hier. En sortant de la ville, avant de bifurquer pour le sentier de montagne, je trouve une pasticceria ouverte dès 6h. Colazione de 6h20 à 6h30. Thé chaud avec citron, deux croissants frais, un jus de myrtille en bouteille fraîche.

Ensuite chouette sentier de montagne en sous-bois, pas casse-pattes comme l’étape de Pontremoli. De beaux points de vue, des points d’eau à intervalle régulier. Le sentier débouche sur une route et un parking à Montemagno. Sur le parking, une statue d'un guitariste. L'auteur, compositeur et interprète italien Giorgio Gaber (1939 - 2003) mort dans ce village de montagne où il résidait. J'ai depuis découvert cet artiste influencé par la chanson française rive gauche (Brel surtout). Un Grand.

A la fin, un choix est proposé au marcheur. Soit 2600m direct sur la route provinciale 1 avec 59m de dénivelé en descente soit 4200m de sentier panoramique avec 150m de montée et 200m de descente. J’en ai marre de torturer mes genoux et mes chevilles sur les sentiers des Apennins. J’opte donc pour la route.

J’arrive au village et trouve aisément la Casa del Pellegrino dans la grande rue. Comme je l’avais pressenti, c’est un Paradis laïc. La maison appartient à la paroisse et, chaque semaine, d’avril à octobre, deux bénévoles se relaient pour accueillir et nourrir les pèlerins. D’octobre à avril, c’est ouvert à la demande, en autogestion.

Aujourd’hui, Domenico et Francesco nous accueillent. Prix libre, repas en commun, eau chaude dans les douches. Bien meilleur accueil que dans les communautés religieuses comme hier.

Une fois lavé l’homme et les vêtements, je n’ai plus bougé de la maison. Entre les canapés et les livres du salon au frais pour lire et la table du jardin à l’ombre pour écrire, j’étais trop bien. Mieux eût été indécent.

Pique-nique au jardin. Douche, lessive à la main qui sèche sur le fil dehors au soleil et au vent. Des nuages mais il ne tombe que quelques gouttes sporadiques.

Francesco garde la maison pendant que Domenico part à vélo chercher des pâtes pour le dîner de ce soir. Mission vitale.

Arrivée vers 15h de Michel, retraité Français de l’Aveyron, qui en a marre des foules vers Compostelle, tente la Francigena et s’en réjouit. Lui aussi apprécie le lieu et l’accueil. Salon bibliothèque avec des étagères remplies de livres sur la marche en Italie, des canapés et un poêle à bois (seul chauffage l’hiver). Four à pizza, réserve de bois et ruisseau dehors. Que je me sens bien ici !

Diner à 7 hommes : nos deux hôtes, deux marcheurs Français dont moi et deux marcheurs italiens. Le 7e homme est un invité spécial, Stefano Pucci, guide des Alpes apuanes (l’autre nom des Monts Apennins) depuis 1992. Il nous raconte plein d’histoires sur Lucques et les Apennins. Il parle lentement et clairement et tout le monde le comprend, y compris Michel et moi

Gratin de pasta alla siciliana avec fromage, poisson, œufs et aubergines. Du carburant pour randonneur. Salade mixte avec carottes, concombres, tomates et salade. Dolce, pomme et une citronnade alcoolisée à 2° fabriquée par le guide.

Une vraie soirée fraternelle. Un seul regret. Une guitare acoustique est accrochée au mur et aucun Giorgio Gaber parmi nous pour en jouer. Je signale le lieu à mes amis guitaristes comme Jean de Aguiar.

Je partage le dortoir avec les deux Italiens. Michel s’est réservé son dortoir à l’étage, pour ronfler tranquille.

Promenade des remparts à Lucques

Promenade des remparts à Lucques

Mercredi 18 juin : Valpromaro – Lucca

15km. 3h45 de trajet prévu.

Départ 6h50

Arrivée 11h

Gite pour pèlerins  San Davino à Lucques.

Déjeuner alla trattoria Da Francesco à Lucques.

Dîner à l’antica trattoria de Vasco à Lucques.

Réveil à 5h. Je range doucement mes affaires pour ne pas réveiller Nicola et Andrea. Je prends mon petit déjeuner seul et pars quand tout le monde se lève. Colazione à 7h.

Je laisse un mot sur le livre d’or et mon dernier billet, pas le plus petit, en don. Parce qu’ils le méritent et pour compenser les pauvres et les pingres. J’ai pris un magnet de la Maison et l’ai collé sur mon réfrigérateur dès mon retour à Paris. La maison du bonheur se trouve à Valpromaro, Toscane, Italie.

Le chemin pour Lucques est facile et bien balisé. D’abord, ça y monte puis ça y descend comme disent les Savoyards. Aucun piège. Route tranquille. Belles vues.

Arrivée à la promenade des remparts de Lucques (via delle mura urbane) à 11h. Je vais directement à l’hôtel des pèlerins au numéro 10 de la Via San Leonardo. Pas de numéro 10 sur cette voie mais l’hôtel pour pèlerins existe bien au numéro 12. J'avais mal noté. L'adresse du gîte est bien au 12 de la Via San Leonardo à Lucques. Ouverture à 14h.

Je commence à explorer la ville natale de Giacomo Puccini. Elle est magnifique. Cf extrait audio au dessus de cette chronique.

Déjeuner au restaurant Da Francesco, spécialités de Lucques depuis 1980. Excellent. Pasta locale puis salade de tripes. Et un dolce bien sûr.

Je reviens au gîte pour 13h50. C’est ouvert. Un casier pour le sac à dos, des étagères pour les chaussures. Une clef pour la porte, une clef pour le casier. Autonomie totale. Je me lave et lave mon linge à la main finissant le savon à linge Marius Fabre offert par mon ami Nicolas avant cette marche. Séchage au soleil et au vent au jardin.

Visite de la cathédrale Saint Martin de Tours à Lucques. Roman à la toscane. Grandiose. L’entrée de la cathédrale est payante sauf si vous habitez Lucca et sa province et pouvez le prouver par un document officiel. Je ne suis pas choqué de contribuer à l’entretien de ce chef d’œuvre. Solution évoquée en France pour Notre Dame de Paris mais pas adoptée jusqu'ici.

Les dieux veillent sur moi. Au moins Cérès, déesse des moissons. Je tombe sur une affiche qui annonce un marché biologique de producteurs de Toscane Nord à Lucca, piazza San Francesco, le mercredi après-midi (mercoledi pomeriggio). Cela tombe bien. Je suis à Lucques et nous sommes le mercredi après-midi.

Comme je ne suis plus pèlerin mais touriste, j’y fais une razzia. J’ai déjà acheté du miel et du savon au miel à des productrices dans la rue. J’achète des fromages, des savons au miel, des cantucci, des pâtes, des marmelades de citron et d’orange et des olives. Il ne manquait que le saucisson et le jambon pour que mon bonheur soit parfait. Ce marché est un bonheur du gourmet. Prévoir d’être à Lucques le mercredi après-midi avec de l’argent liquide. Fromage mis sous vide afin de pouvoir le ramener à Paris.

Je me suis fait plumer comme un pigeon de touriste en prenant des billets dans un distributeur de billets chez un commerçant à l’entrée de la ville. 4.95€ de commission pour 150 € alors que des banques se trouvent en ville. Stupide.

Diner à deux pas du gîte pour pèlerins, à l’antica trattoria de Vasco. Mangé local. Pasta d’abord. Escalope au citron. Servie sans accompagnement. Il faut le demander et le payer en supplément. En me présentant comme pèlerin, le facture passe de 39 à 35€.

Marche jusqu’à la poste pour la troisième tournée de cartes postales de Toscane après Pontremoli et Pietrasanta.

Vue du campanile de San Frediano. Lucques.

Vue du campanile de San Frediano. Lucques.

Jeudi 19 juin :

Lucques  - Pise – Florence – Milan

Gîte à l’hôtel Albert, Milan

Déjeuner à l’Antica Osteria, Lucques

Dîner à l'Osteria Semi Vuota, Milan

Je suis passé en gare de Lucca mercredi après-midi car mon billet Lucca – Milano via Firenze indiquait que le trajet Lucca – Firenze n’était pas un titre de transport valable.

J’ai bien fait. D’abord, j’y ai retrouvé Nicola et Andrea, les deux marcheurs italiens avec qui j’ai dîné et dormi mardi soir à Valpromaro. Ils rentrent à Livourne. Ils ont mes coordonnées. Je verrai bien s’ils m’invitent ou non à Livourne.

Ensuite la charmante demoiselle au guichet de TrenItalia m’apprend que le train direct Lucca – Firenze que j’ai réservé il y a plus de 2 mois est supprimé pour travaux. A la place, elle m’offre un billet Lucca – Firenze avec changement à Pisa Centrale sans supplément. Je dois partir à 14h40 et non plus à 15h30 de Lucca. C’est tout.

J’ai retrouvé au gîte de Lucca une Tchèque avec qui j’ai marché il y a quelques jours. Elle a lâché son ami Anglais qui n’en peut plus et rentre à Newcastle. Je rencontre Jean-Marc un Français de Caudry (59). Il est en retraite depuis avril 2025. Depuis avril, il est parti à pied de Cantorbery en Angleterre. Pour Rome. Avec la tente dans le sac à dos. Ce soir il dort en ville.

Tchèque et Français se réveillent à 5h du matin et sont partis avant 6h car la journée sera chaude. Vu la chaleur, Jean-Marie a renoncé à poursuivre au Sud de Rome, jusqu’aux Pouilles. Il s’arrêtera au Vatican.

Dernier petit déjeuner italien face à l’église San Michele. Thé au citron, orange pressée, gâteau au riz, gâteau à la ricotta.

Salut à Giacomo Puccini qui a son musée dans sa maison natale et sa statue sur une place voisine. Statue avec la cigarette à la main. Aucune ligue de vertu hygiéniste ne lui a encore enlevé. Je n’ai jamais fumé de ma vie.

Derniers achats : des funghi porcini secs et un sachet de café noir moulu italien à la demande de ma mère et ma sœur préférées.

Visite des églises. San Michele in Foro et San Frediano où je paie pour gravir les 199 marches du campanile et bénéficier au sommet d'une vue splendide sur la ville et les Apennins.

Déjeuner à l’Antica Osteria, fondée en 1650, restaurant sur le tracé de la Via Francigena à Lucques. En terrasse, à l’ombre. Pasta au tartare de crevettes. Glace fior di latte accompagnée de 3 petits pots contenant respectivement de la soupe de fraises, des éclats de chocolat noir de Modica, des cerises amaretto. Verre de limoncello offert pour finir. Délicieux.

Dernier passage à l’hôtel pour pélerins pour boucler le sac, laisser les clefs et un billet de contribution, partir à la gare.

Train régional Toscane Lucca- Pisa centrale puis train régional Toscane Pisa Centrale – Firenze Santa Novella puis Freccia Rossa (Treno Alta Velocita. TAV. Tgv en français) Napoli – Torino avec arrêt à  Milano Porta Garibaldi.

Le GPS me mène à l’Albert Hôtel où j ‘avais dormi à  l’arrivée lundi 2 juin. Moins de 5mn à pied de la gare de Milano Centrale et 3 étoiles. 167,50€ la nuit. Le prix s'oublie. La qualité reste (Michel Audiard).

Douche, change et départ à pied pour retrouver à dîner les amis Milanais. Les mêmes qu’en 2024 à la fin du précédent trajet d’Aoste à Pavie. Je suis invité pour me féliciter d’avoir franchi les Apennins. J’ai mangé les antipasti, du bristch avec polenta (recette lombarde de viande braisée), une crostata aux fruits des bois en dessert. Ambiance amicale pour conclure cette nouvelle marche en Italie. Restaurant de cuisine lombarde traditionnelle. Logique. Je suis à Milan invité par des Milanais. C'était bon et c'était bien.

Il ne me reste plus qu’à rentrer à l’hôtel dormir jusqu’à 5h du matin dans ma chambre climatisée. Départ à 6h20 de Milano Centrale pour Paris gare de Lyon par le Freccia Rossa de TrenItalia.

Fromages d'Italie à Paris

Fromages d'Italie à Paris

Vendredi 20 juin :

Milan - Paris

Départ à 6h20 de Milano Centrale

Arrivée à 13h35 Paris gare de Lyon (13h23 prévus)

 

 

Pour aller directement de Milan à Paris en train, le choix est offert entre la SNCF et TrenItalia (FS)

J’ai choisi le train italien pour les 3 raisons suivantes :

  1. Le train italien part de Milano Centrale. Le train français de Milano Porta Garibaldi. Milano Centrale est plus central comme son nom l’indique
  2. Le train italien met 7h, le train français 7h30 car seul le train italien est adapté à la ligne grande vitesse Milan Turin
  3. Le train italien offre beaucoup plus d’espace et de confort au voyageur et à ses bagages. Je le sais. J’ai utilisé les deux. En première classe. Vraiment beaucoup plus. Dans mon train de retour, j’ai vu entrer une famille avec deux parents, deux petites filles, 4 valises énormes, des sacs divers et variés. Tout a trouvé sa place sans problème. Impossible dans le train français

Les prix sont proches. Les deux trains arrivent à Paris gare de Lyon et s’arrêtent à Torino Porta Nova, Oulx Sestrières, Modane (contrôle frontières pour l’entrée en France), Saint Jean de Maurienne, Chambéry  et Lyon Part Dieu.

Le wagon bar est moins bien dans le train italien. C’est le seul argument en faveur du train français. Insuffisant.

La concurrence italienne sur les axes les plus fréquentés de France, Paris – Lyon et Paris-Marseille sera rude. La SNCF va devoir s’adapter. Sinon elle perdra ces marchés.

 

Enseignements de cette marche:

1. Mon sac est toujours trop lourd. A moi de l'alléger ou de payer le port des bagages.

2. Je suis toujours trop lourd. A moi de m'alléger.

3. Les Apennins sont plus durs à franchir que les Alpes. Ce n'est pas une question d'altitude mais de chemin.

4. Les Apennins sont le verrou qui ferme la porte de Rome. Les Allemands y établirent leur Ligne Gothique de 1943 à 1945. Les traces en sont visibles. En chemin, nombreux monuments commémoratifs aux Partisans morts dans la lutte contre le fascisme et le nazisme. Comme ceux aux Résistants sur les chemins de Bourgogne et du Jura. La Via Emilia fut construite comme voie militaire pour que les légions romaines contrôlent les Apennins. Aujourd'hui, c'est une route nationale.

5. L'accueil laïc est vraiment meilleur que l'accueil religieux qu'il soit associatif (casa del pellegrino a Valpromaro,) ou commercial (Ostello del teatro a Piacenza, B&B Ostria Vento a Medesano, B&B Biutiful a Cavazzola , camping Dolce Sole a Marina di Massa, Ostello della Cisa a Berceto). Seule légère déception: l'agriturismo Il Monticello a Sarzana. Ces expériences ont confirmé mon agnosticisme personnel.

6. Le chemin commande. Tout ne peut pas être prévu. C'est pourquoi j'ai changé de gîte deux soirs de suite et ai mis plus de 11h pour arriver à Pontremoli dans une étape prévue en 5h30. Entre le respect des horaires et celui de mes articulations, le choix était vite fait.

7. Le TAV italien est vraiment beaucoup mieux conçu que le TGV français pour accueillir les voyageurs et leurs bagages. Puissent les ingénieurs de la SNCF s'en inspirer. Même observation pour les trains régionaux.

8. J'ai pris le TAV Milano Paris en juillet 2023 de Torino Porta Nova à Chambéry. En août 2023 des éboulements en Savoie ont coupé la ligne jusqu'à mars 2025. J'ai pris le TAV Milano Paris en entier le 20 juin 2025 . Le 30 juin 2025, la ligne était coupée suite à des inondations à Modane en Savoie. J'espère ne pas être le chat noir de cette ligne ferroviaire Milan - Paris.

9. La cuisine italienne est exquise et ne se résume pas à la pasta et à la pizza. Pour le mélange mer & montagne dans l'assiette comme dans le paysage, rien ne vaut la Ligurie. Une étape en Ligurie et le repas le plus cher et le plus raffiné du séjour (avec le dîner de la Bonne Hôtesse à Medesano) au restaurant Il Cardinale à Sarzana.

10. L'Italie est en déclin démographique. 1.2 enfant/femme. L'économie d'Italie du Nord tourne bien mais elle ne tournerait pas sans main d'oeuvre étrangère venue d'Afrique et d'Asie. Quel que soit le discours politique, les faits sont têtus. Je l'ai vu dans les villes et dans les villages de campagne & de montagne que les nouveaux arrivants font revivre. Ils parlent italien et il n'y a pas de mendiant même devant la gare de Milano Centrale.

11. Je suis revenu à Paris sans entorse ni ampoule, avec du bronzage en plus et des kilos en moins, tous les produits italiens intacts, en ayant perdu et remplacé en chemin le savon et la serviette de bain. Un plan sans accroc.

 

Le chemin vers Rome se poursuit avec une IXe partie de Lucques (Toscane) à Viterbe (Latium).

 

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