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A pied de Paris à Rome: introduction au voyage

18 Mai 2023 , Rédigé par Guillaume Lagrée

" Le bonheur est au bout du pré. Il suffit de pousser la barrière. " (Alexandre Vialatte)

" Le soleil n'est jamais si beau qu'un matin où l'on se met en route " (Jean Giono)

Ne tirez pas sauf des photographies.

Ne laissez pas de traces sauf des empreintes. Cf vidéo sous cet article.

Lectrices exploratrices, lecteurs voyageurs, je tiens un blog sur le Jazz dénommé Le jars jase jazz depuis 2009.

C'est une passion d'intérieur à part quelques concerts en plein air.

Ma passion d'extérieur, c'est la marche à pied.

Personne n'a trouvé plus lent comme moyen de voyager. C'est l'avantage principal de cet exercice dans une époque folle de vitesse. 

Les vertus de la marche pour la santé physique et mentale ne sont plus à démontrer. Socrate, Platon, Aristote, Jésus de Nazareth enseignaient en marchant. Jean Jacques Rousseau et Victor Hugo marchaient avant d'écrire. 

La marche à pied est un des rares sports avec le cyclisme, la natation et le taï chi, cher à une amie fidèle lectrice de ce blog, à se pratiquer sans choc aux articulations. Ce qui le recommande pour tout âge, sexe et poids. Evidemment, en montée, le surpoids se paie par un effort cardiaque et respiratoire supplémentaire et en descente par une pression supérieure sur les jambes. Je l'ai ressenti personnellement.

De plus, c'est économique, si vous évitez les palaces en route pour vous loger et écologique, si vous ne jetez pas vos déchets non biodégradables dans la Nature et prenez les transports collectifs pour arriver au point de départ et revenir du point d'arrivée à votre domicile adoré.

En outre, la marche constitue un excellent filtre à khon (danse traditionnelle de Thaïlande). L'effort physique va de pair avec un effort mental. Je n'ai jamais rencontré de khon parmi les marcheurs. J'ai pu passer pour un khon aux yeux de certains mais, comme je ne m'en suis pas aperçu, en bon khon, je n'en ai pas souffert.

Enfin, je n'ai jamais reçu un si bon accueil comme touriste qu'en arrivant à pied. Prendre le temps d'arriver quelque part, de découvrir les paysages et les gens en chemin est récompensé. 

Le seul ennemi du marcheur, c'est le chien. J'ai croisé en chemin des vaches, des moutons, des chats, des cygnes, des canards, des cochons, des chevaux, des lamas (dans le Mercantour) et des chiens. Le seul animal capable de vous hurler dessus, de vous montrer les crocs et de vous chasser d'une route, c'est le chien. S'éloigner doucement reste la meilleure solution.

Chemin faisant comme disait Jacques Lacarrière, j'ai pris des notes et des photographies. 

Sur des chemins parcourus seul. J'en ai fait d'autres accompagnés.

Etant solidement agnostique, je n'ai pas une âme de pèlerin. Pourtant, je me suis dit un jour que je devais faire un long voyage avec un objectif mirifique, en partant de ma ville d'adoption, Paris.

Le chemin de Compostelle ne m'intéressant pas, m'est venu à l'idée d'aller de Paris à Rome. C'est à Rome que la France doit sa langue, son droit, son armée, son calendrier, sa religion principale et ses routes. Ainsi que la fourchette.

De plus, je parle italien. J'en ai même traduit. Notamment, deux article dans le Traité international de droit constitutionnel des professeurs Michel Troper & Dominique Chagnollaud (Paris, Dalloz, 2012). Et mon père, Michel Lagrée (1946-2001), qui m'a donné le goût de la marche à pied, était historien spécialiste de l'Eglise catholique, apostolique et romaine. Il était même Chevalier de l'ordre de Saint Grégoire le Grand, la plus haute distinction que le Pape, Souverain Pontife (le même titre que l'Empereur romain) puisse remettre à un laïc.

Par étapes, car je n'ai ni le temps ni l'argent pour le faire d'une traite. En prenant il cavallo di San Francesco comme disent les Italiens car Saint François d'Assise était un grand marcheur.

Je suis donc allé dans la boutique de cartes du Vieux campeur à Paris et j'ai regardé la carte de France des GR (sentiers de grande randonnée).

Pour aller à pied vers le Sud Est depuis Paris, il existe un chemin, le GR2, sentier de la Seine, qui va de Dijon au Havre en passant par Paris et Rouen. Je l'ai pris dans le sens Nord-Sud donc à contre-courant du fleuve. 

La suite je l'ai trouvé plus tard.

En résumé, de Paris à Dijon par le GR2. De Dijon à Dole par la N5 (pas le choix. Aucun chemin commode entre ces 2 villes). De Dole (F) à Nyon (CH) par l'Echappée jurassienne. De Nyon (CH) à Lausanne (CH) par la piste cyclable le long du lac Léman. De Lausanne (CH) à Rome (I) par la Via Francigena

Commençons par le commencement: l'Ile de France en remontant la Seine de Paris (75) à Montereau fault sur Yonne (77).

Il existe plus d'un chemin pour parcourir une vie. C'est pourquoi ce blog traite aussi d'autres chemins accessoires par rapport au principal, de Paris à Rome.

 

 

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Paris Rome IXe partie. En Italie de Lucques à Viterbe

18 Mai 2026 , Rédigé par Guillaume Lagrée

Lac de Bolsena vu de la Rocca dei Papi, Montefiascone, Latium, Italie

Lac de Bolsena vu de la Rocca dei Papi, Montefiascone, Latium, Italie

Paris - Rome IXe partie

Omnes viae  Romam perducunt

En Italie de Lucques à Viterbe

De la Toscane au Latium

 

Jeudi 30 avril - vendredi 15 mai 2026

12 jours de marche

Guide officiel & guide officieux (pour le trajet)

Guida Verde Via Francigena del Touring Club italiano

(pour le tourisme et la gastronomie en chemin)

BD Bona Via de Valerio Barchi (in italiano).

Pour comparer mes souvenirs de la Via Francigena

avec ceux de l'auteur.

Café Corso Garibaldi, Milan, Lombardie, Italie

Café Corso Garibaldi, Milan, Lombardie, Italie

Après la VIIIe partie du parcours de Paris à Rome, en Italie de Pavie (Lombardie) à Lucques (Toscane), mon chemin se poursuit en Italie de Lucques (Toscane) à Viterbe (Latium).

 

Jeudi 30 avril 2026:

Paris - Milan

TGV SNCF

Paris gare de Lyon: 6h45

Milano Porta Garibaldi: 13h53

Hôtel San Guido, Milan

Déjeuner à la Trattoria la Stampa, Milan

Dîner au restaurant chinois Mitsui, Milan. Via Carlo Farini 4. Fermé selon Internet. Ouvert le jeudi 30 avril 2026 en tout cas.

 

Arrivée à l'heure à Milan malgré un arrêt imprévu à Saint André le Gaz (38) en banlieue de Lyon. Hôtel avec une petite chambre. Climatisation pas en marche. Fenêtre et volet clos. C'est ce que je préfère.

En chemin de la gare à l'hôtel, heureux hasard du déjeuner à la Trattoria della Stampa. 3 adresses en Italie: Rome, Milan & San Remo. Propriété du Romain Roberto Scarnecchia (1958), ex milieu de terrain de l'AS Roma & du Milan AC, reconverti en cuisinier & écrivain, diplômé en économie & science politique. Belle reconversion loin du showbiz du Calcio.

Délicieux déjeuner. Ravioli au guanciale & à la sauge, saltimbocca alla romana & pommes de terre au four. En dessert de saison, panacotta aux fraises. Fraises d'ornement fraîches et parfumées.

Le principe du comique de répétition, c'est justement qu'il se répète. Comme un ostinato en musique. En 2025, allant en Italie de Pavie à Lucques, prenant le train à Genève pour Milan, je m'étais aperçu que les bouchons en caoutchouc de mes bâtons de marche, ceux qui permettent d'utiliser les bâtons sur une surface dure, avaient disparu. J'en avais acheté de nouveaux dans une boutique de sport près de la gare CFF de Genève Cornavin.

Idem à Milan en 2026. Les bouchons de mes bâtons ont disparu à ma sortie du train. Je repère sur Internet une boutique spécialisée randonnée accessible à pied depuis mon hôtel. Corso Garibaldi, grande rue commerçante piétonne de Milan. J'y vais. Ils ont tout sauf les bouchons pour bâtons de marche. Sortir à Milan et revenir sans avoir dépensé un euro, c'est mon premier exploit sportif de cette randonnée. 

Dans la rue de mon hôtel, j'ai repéré une trattoria fondée en 1950 dont le menu semble alléchant. C'est complet. Je vais donc dans un restaurant chinois de la rue  et mange des crevettes aux poivrons façon Sichuan. Bon dîner.

Istituto Musicale Luigi Boccherini, Lucques, Toscane, Italie

Istituto Musicale Luigi Boccherini, Lucques, Toscane, Italie

Vendredi 1er mai 2026 :

Milan - Lucques

TAV Trenitalia

Milano Porta Garibaldi: 14h48

Firenze Santa Novella: 16h50

Treno regione Toscana

Firenze Santa Novella: 17h09

Lucca: 18h29

Ostello San Frediano, Lucques. Gîte pour pélerins.

Dîner au ristorante K2, Lucques

 

Enorme petit déjeuner, sucré et salé, à l'hôtel San Guido à Milan. Je mange pour la journée. Ballade au parc devant la stazione Porta Garibaldi. Beaucoup de jeux pour enfants. Les vendeurs africains que je présume Sénégalais et Mourides vendent aux parents italiens des livres pour enfants. Habile.

Je prends le TAV (Treno Alta Velocità) pour Roma Termini. Arrêt à Firenze Santa Novella. En seconde, j'ai plus d'espace et de confort qu'en première dans un TGV français. Place isolée. Je peux poser mon sac à dos à côté de mon siège sans gêner personne. 

A Florence, correspondance pour Lucques sans problème. Le train régional roule au pied des collines de Toscane. C'est magnifique. Arrivée avec 5mn de retard. Hôtel auberge de jeunesse dans un ancien palais de l'église près de la basilique San Frediano. Dortoir à 4 lits. 3 Français et 1 Italien.

Cette année je marche avec Colin (un ancien collègue, classe 2001, moi, classe 1971. Ses parents ont mon âge) et Hermès son chien (un mélange de chihuaha & jack russell). Ils ont pris l'avion de Paris à Pise puis doivent prendre le train de Pise à Lucques. Ils galèrent pour trouver la gare et le train. Ils arrivent à 21h17. Nous dînons et dormons chacun de notre côté. 

Nous avons convenu tous les 3 que les étapes indiquées comme difficile ou très difficile par le guide seraient effectuées en train, bus ou voiture.

D'abord parce que comme me l'a dit un chanoine de Saint Jean de Latran qui m'accueilllait dans son gîte à Verrès, dans le Val d'Aoste, en 2024

Le chemin de croix a déjà été effectué par un homme pour tous et pour toujours. Inutile de le refaire.

Ensuite, je tire les leçons de l'expérience du passage de l'Emilie Romagne à la Toscane en 2025, par les monts Apennins, avec une étape prévue pour 5 h30 et qui m'a pris 11h ( la santé de mes chevilles et de mes genoux était à ce prix).  Une étape très difficile m'interdit de profiter de la beauté du paysage. 

Lucca est la ville natale des compositeurs Luigi Boccherini (1743 - 1805) & Giacomo Puccini (1858 - 1924). Cf extrait audio & photo au dessus de cet article.

Altopascio, Toscane, Italie

Altopascio, Toscane, Italie

Samedi 2 mai:

Lucca - Altopascio

18,5km. 5h de marche prévues. 20m en montée. 20m en descente. Etape facile. Faite cum pedibus.

9h - 15h30.

Foresteria la Pistacchia. Altopascio. Gîte pour pèlerins. Don libre.

Osteria La Dispensa. Altopascio

Je retrouve Colin & Hermès, à la sortie de la ville, Porta San Gervasio (porte Saint Gervais). Nous passons ensuite la Porta Elisa et je demande le chemin à un groupe d'Anciens à bicyclette. Leurs indications sont précises. Le chemin est bien balisé, facile à suivre, de village en village, sur le bitume. Facile mais ennuyeux et avec la chaleur (23°C à l'ombre), jambes des hommes & pattes du chien souffrent. Pique nique à l'ombre avant l'abbazia San Pietro. A l'abbaye, gîte pour pèlerins. Encore 3 km pour Altopascio.

En chemin, un memento mori. Après la sortie de la route, à l'entrée du chemin, une plaque avec une photographie d'un Ancien  à lunettes. Un Belge d'Anvers. Un Flamand. Un nom. Un prénom. Deux dates. 1941-2015. Cet homme est mort sur le chemin. Il n'est jamais arrivé à Rome. 

A l'arrivée, pause au Café la Dogana (la Douane). Verre en terrasse à l'ombre. Bol d'eau pour le chien qui ne veut pas boire. Nous lui trempons les pattes dedans pour le rafraîchir.

Hôtel pour Colin & Hermès. Gite pour pèlerins pour moi. Les gîtes pour pèlerins n'acceptent pas les chiens. Gîte avec don libre. Le minimum décent est de 10€. Pas de maximum. Je partage ma chambre avec Jurgen, un Allemand, un Bavarois même, jeune retraité qui marche de Rome vers Cantorbery en espérant que le Grand Saint Bernard (frontière Italie - Suisse à 2473m) sera déneigé à son passage. Il lui reste 600.km et nous sommes début mai. C'est jouable.

Nous parlons d'histoire et de politique en français. Mon grand-père paternel fut prisonnier de guerre, ouvrier dans une ferme en Bavière de 1940 à 1945 et bien traité. Son grand-père paternel fut prisonnier de guerre, ouvrier dans une ferme de l'Isère de 1945 à 1950 et bien traité. Il m'a expliqué pourquoi un Bavarois ne pourra jamais être chancelier d'Allemagne. Trop différent (langue, religion, situation géographique) des Allemands du Nord et de l'Est. Vu que Jurgen va de Rome vers Cantorbery, il prend l'adresse de ce blog pour repérer les gîtes sur son chemin.

Colin doit se trouver un autre sac à dos. Le sien lui scie le dos et les épaules. Hermès marche bien sans se disperser alors que c'est un chien de chasse. Sans non plus répondre aux provocations des chiens de garde jaloux de sa liberté. Colin a trouvé son sac en marchant jusqu'à la zone industrielle d'Altopascio. 

En chemin, quelques belles églises mais l'étape est peu intéressante. Lucca - Altopascio c'est 15mn de train régional Toscane. Nous la fîmes pour la mise en jambe. 

Demain l'étape d'Altopascio à San Miniato est annoncée longue et difficile par le guide.  Nous la ferons en train. 

Aujourd'hui, mon père, Michel Lagrée, aurait eu 80 ans. C'est lui qui m'a donné le goût de la randonnée pédestre et du Jazz, sujets de mes 2 blogs. C'est en sa mémoire que je marche de Paris à Rome depuis mars 2019. 

Dîner somptueux. Soupe de saison. Papardelle au sanglier. Tarte à la ricotta & à la crème de citron. Colin s'est régalé d'un tartare de boeuf et de pâtes aux truffes (la truffe noire de Toscane). 

Nuit difficile pour Colin dans un hôtel glauque avec des filles mineures, des clients majeurs, une hygiène douteuse, une discothèque. Le seul hôtel qui accepte les chiens à San Miniato. A fuir.

Pour ma part, nuit au calme avec Jurgen. J'ai juste poussé une gueulante sur les occupants de la chambre de l'autre côté du palier qui festoyaient à 1h30 du matin. Je leur ai rappelé que c'était un gite pour pèlerins, pas un hôtel pour mariage. Je ne les ai plus entendus de la nuit.

San Miniato, Toscane, Italie

San Miniato, Toscane, Italie

Dimanche 3 mai:

Altopascio - San Miniato. 29km. 250m de montée. 115m de descente. 8h de marche prévues. Etape difficile. Faite en train.

Ostello San Miniato. Gîte pour pèlerins.

Dîner à la Piccola Osteria del Tartufo, San Miniato.

Il fait si beau aujourd'hui que j'ai envie de partir à pied seul et de laisser Colin & Hermès prendre le train sans moi. Je me repens, me reprends et les attend au café de la veille, la Dogana à Altopascio. Bon petit déjeuner (prima colazione in italiano). Colin va à la messe et je garde Hermès. Le chien tremble de peur de perdre son maître mais il se calme en se posant sur mes cuisses alors que je suis assis sur un banc. 

Une fois réunis, il nous faut comprendre comment acheter un billet de train régional en Toscane. C'est aussi accueillant que dans les petites gares de province en France. Aucun personnel et les distributeurs de billets ne fonctionnent pas.

Comme en Suisse sur la Via Francigena et comme en France sur le sentier des Ardennes, je voyage sans billet faute de pouvoir en acheter. Colin & Hermès aussi. Heureusement, en gare d'Altopascio, un voyageur italien nous a expliqué quel train prendre avec quelle correspondance, Internet n'étant pas clair sur le sujet. Parler italien m'est fort utile en Italie. 

En gare de Firenze Rifffredi, notre correspondance, il y a du personnel de Trenitalia et des distributeurs qui fonctionnent. Le train régional de 12h59 pour La Spezia s'arrête à 13h33 à San Miniato Finocchio. De là, 45mn de marche pour le village médiéval de San Miniato. 

De la gare, nous suivons la Via Francigena pour le village sauf à la fin où un chemin mène directement au village bien visible sur les hauteurs. Fin avec une série de marches interminable. Sur la pente d'abord, dans un parking abandonné ensuite. Ni ascenseur, ni voiture mais l'escalier reste accessible et les portes ouvertes. 

Arrivés en haut au village de San Miniato, les gîtes sont vite trouvés. Pour pèlerins pour moi, pour touristes pour Colin & Hermès car les chiens ne sont toujours pas acceptés dans les gîtes pour pèlerins.

Je peux enfin laver mon linge et celui de Colin à la main et le faire sécher dehors. Dortoir pour 4. Je suis le 1er arrivé. Je retrouve un jeune Français, de Rennes, ma ville natale, vu hier à Altopascio qui marche avec sa guitare sur le dos. Il n'a pas réservé. Le gîte est plein. Il devra dormir ailleurs. Je ne l'ai jamais revu.

Visite de la ville. Vue splendide sur la campagne toscane au belvédère tout en haut. Là haut, tour Frédéric II, roi allemand en Italie au XIIIe siècle. Détruite par les Allemands dans leur retraite en 1944. Ironie de l'Histoire. Reconstruite par les Italiens en 1958 comme le pont couvert de Pavie en Lombardie.

Dîner somptueux à la piccola Osteria del Tartufo (petite auberge de la truffe). Nous sommes en Italie dans une ville de la truffe. La noire de Toscane. Tartare à la truffe noire, hamburger à la truffe noire pour Colin. Pasta carbonara al tartufo nero, carpaccio de boeuf à la truffe noire, ricotta à la marmelade de figues pour moi.

Nuit calme au dortoir avec 3 Italiens rencontrés hier soir au gîte d'Altopascio. Il nous a fallu nous metttre à 4 pour comprendre les instructions d'ouverture électronique de la porte du gîte. Même les Italiens n'avaient pas capté qu'il fallait appuyer sur la cloche (campanella in italiano) après avoir fait le code.

En chemin vers Gambassi Terme, Toscane, Italie. Hommage au berger et à son chien.

En chemin vers Gambassi Terme, Toscane, Italie. Hommage au berger et à son chien.

Lundi 4 mai:

San Miniato - Gambassi Terme. 24km. 6h de marche prévues. 400m en montée. 200m en descente. Etape moyenne. Faite cum pedibus.

Départ à 9h20. Arrivée à 18h.

Ostello Sigerico, Gambassi Terme. Gîte pour pèlerins.

Dîner au Pontormo Caffè à Gambassi Terme

Délicieux petit déjeuner en terrasse d'un café à San Miniato. Colin & Hermès me rejoignent. Colin prend son capuccino puis nous allons aux Poste Italiane poster pour la France le premier sac à dos puisqu'il en a acheté un autre en Italie. Beaucoup de temps, de formalités, de paperasse pour accomplir cette mission. La dématérialisation n'a pas encore frappé en Italie. Je fais l'interprète entre Colin et la dame des Postes italiennes tout en gardant Hermès en laisse.

Nous partons pour une longue étape dans la campagne toscane, celle des films, pleine de saliscendi (montées et descentes). 

Pique nique en haut d'un escalier devant une église. Un point d'eau est indiqué sur une pancarte mais il est caché derrière l'église. Pour le trouver, avec deux soeurs allemandes marcheuses, nous demandons à d'autres pèlerins. Il faut suivre la route, prendre à droite un sentier qui remonte vers l'arrière de l'église. Aucune indication pour trouver une magnifique aire de pique nique, à l'ombre, avec tables, bancs, poubelle et point d'eau potable. Les soeurs allemandes sont deux magnifiques athlètes, d'1m80 chacune, environ 30 ans. Assoiffées comme nous. Nous les croiserons tout le long du chemin jusqu'à Viterbe. Elles sont certainement arrivées à Rome. 

Nous finissons par arriver à 18h à l'Ostello Sigerico, gîte pour pèlerins installé dans un presbytère roman du Duecento (XIIIe siècle).  Trop tard pour profiter du tarif pèlerins, sur présentation de la crédence, aux thermes en activité depuis l'Antiquité. Plus tôt sur ce chemin, en 2022, dans le Jura français, j'avais profité des soins des thermes de Salins les Bains. Très appréciable après plusieurs jours de marche.

Colin ne lit pas l'italien et n'a pas compris l'échange par courriel avec l'Ostello Sigerico. Il a reçu un message lui donnant les options à choisir et n'a rien choisi croyant que l'affaire était conclue. Il n'a donc rien réservé et le gîte est plein ce soir. 

Avec Booking, il trouve une chambre en ville 2 km plus loin et repart après avoir bu un verre de vin blanc toscan au jardin. Après l'effort, le réconfort.

Je le rejoins au village pour dîner au Caffè Pontormo: simple, pas cher et bon. Pour ma part, magnifique calzone (farcito in italiano) avec des artichauts confits dedans en plus de la sauce tomate maison et du jambon de pays. Pas d'oeuf, barbarie française. Glace noisette et sabayon en dessert. Marche digestive jusqu'au gîte.

Je dors dans un lit superposé, celui du haut. Dernier arrivé, dernier servi. Avec 4 quinquagénaires scandinaves dont 3 Dames. Très calme. Je ne suis pas tombé du lit. Ma voisine du dessous m'a gentiment aidé à fixer mon échelle. La lessive a fini de sécher au jardin.

 

San Gimignano, Toscane, Italie

San Gimignano, Toscane, Italie

Mardi 5 mai:

Gambassi Terme - San Gimignano. 14km. 4h de marche prévues. 350m en montée. 350m en descente. Etape facile. Faite cum pedibus.

Départ 8h45. Arrivée 13h.

Monastero San Girolamo, San Gimignano. Gîte pour pèlerins. Monastère de soeurs bénédictines de Vallombrosa.

Dîner à lo Spuntino à San Gimignano.

Pluie la nuit. J'avais rangé le linge qui séchait dehors.

Petit déjeuner au gîte en libre service. Pas de thé car je n'ai pas su mettre en marche la bouilloire. Trop subtil pour moi.

Je retrouve Colin qui a fait des courses pour les hommes et le chien. 

Nous partons dans la brume et l'humidité. Quelques gouttes de pluie. Les vents tournent, assèchent l'air et le soleil brille sur San Gimignano à notre arrivée. 

Picnic en ville. Sur un banc près des toilettes publiques et d'une poubelle. Pas glamour mais pratique et propre.

Colin fait une pause car il loge dans un camping à 3km de la ville et l'accueil se fait à partir de 15h30. Les campings acceptent les chiens, pas les gîtes pour pèlerins.

Promenade en ville au milieu des pièges à touristes. J'ai cédé à un glacier. Noisette IGP du Piémont. Pistache de Sicile. Exquis. Je me ballade dans le village pour finir à la Foresteria (accueil des étrangers) du monastero San Girolamo. Des soeurs en place depuis le XIVe siècle qui accueillent les pèlerins. 

La soeur hôtesse doit avoir 80 ans, marche avec une béquille et ne parle qu'italien. Ne pas la brusquer. Elle est pleine de bonne volonté et je fais l'interprète avec les deux Ladies britanniques qui me précèdent. 

En payant 40€ plus 1,50€ de taxe de séjour je dispose pour moi seul d'une chambre pour 4. Je peux m'étaler et me tenir nu dans la chambre. C'est appréciable. 

Demain l'étape est longue, difficile et la météo incertaine. Nous la ferons en bus.

Dîner au Spuntino. Menu du jour.  Primo piatto: tagliatelle ai funghi porcini (cèpes). Secondo piatto: insalata mista. J'ai pris un dessert car ils affichent réaliser le meilleur tiramisu de la ville. Je n'ai pas fait le test comparatif à San Gimignano mais il était exquis. En Italie, aucune difficulté pour déjeuner avec un chien au restaurant. Un Italien sur 2 possède un chien. 

Le dernier bus pour le camping part à 20h30. Colin espère avoir un taxi. Ni taxi ni Uber. Partir marcher seul de nuit sur une route pour le camping en Italie avec son chien ne le tente guère. 

A la porta San Giovanni, aux arrêts de bus, il discute avec un jeune Italien, mécanicien, via Google translate. Après avoir cherché plusieurs chauffeurs, l'homme lui dit: " Je t'accompagne "

Ils marchent ensemble, obscurs dans la nuit solitaire, jusqu'au camping. Colin lui propose de l'argent pour le remercier. L'homme refuse, le serre dans ses bras et repart seul sur la route jusqu'à San Gimignano. Un bon Samaritain digne de la Bible.

Monteriggioni, Toscane, Italie

Monteriggioni, Toscane, Italie

Mercredi 6 mai:

San Gimignano - Monteriggioni. 31km. 8h de marche prévues. 550m de montée. 610m de descente. Etape très difficile. Faite en bus.

Casa per ferie Santa Maria Assunta, Monterrigioni. Gîte pour pèlerins. Dîner au gîte. Y compris pour le chien.

Le guide annonce une étape très difficile. Nous la faisons en bus. Grasse matinée. Retrouvailles à 10h30 au Forno Boboli: boulangerie et café. 

Auparavant, j'ai acheté 10 cartes postales aux soeurs pour un prix libre vu que plus personne n'envoie de cartes postales. 4€ pour 10 cartes postales. Tel fut mon prix. Achat de timbres pour la France aux Poste Italiane. Bureau bien caché en haut de la Piazza del Duomo. Cartes postales écrites, timbrées et postées à San Gimignano. Elles sont arrivées en France 15 jours plus tard. Les destinataires m'ont remercié. 

Nous prenons 3 tickets de bus, Colin réglant celui d'Hermès le chien évidemment . 15€ soit 5€ par personne. 

Avant de prendre le bus, promenade en ville. Les soeurs ne veulent pas garder nos sacs à dos. C'est leur droit. 

Retour au Spuntino pour déjeuner ce midi après avoir dîné la veille. Une photographie de chien devant la caisse. Celui de la cheffe Anna. Mort du coeur il y a 2 mois. Il avait 12 ans. Hermès est très bien accueilli. Pâtes aux truffes délicieuses.

Le bus arrive avec 10mn de retard. Tranquillo. Colin, plus attentif que moi, repère l'arrêt. Moins d'un kilomètre de montée pour arriver à Monteriggioni. Je loge au gîte, lui dans un B&B de luxe qui accepte les chiens. J'en profite pour faire une lessive à la main et la mettre à sécher au soleil et au vent dans le jardin au milieu des oliviers.

Le gîte est géré par l'association paroissiale d'accueil des migrants. Un jeune homme Noir m'accueille en italien avec un accent africain. Un tambour est posé à l'étage. C'est l'Italie de 2026.

Dîner au gîte avec Colin & Hermès. J'ai demandé à Helena, notre hôtesse, un repas pour Hermès. Il a eu droit à une boite de pâtée pour labrador et il a tout mangé. Il est vrai qu'il marche avec nous et se dépense beaucoup. 

Pour les humains, gnocchi aux tomates, rôti de porc, salade verte, tomates, oeufs, olives. Crostata frutti del bosco pour finir. J'ai bien dormi en compagnie d'un Allemand et d'un Hollandais.

 

Sienne, Toscane, Italie. Anneau pour longe de cheval.

Sienne, Toscane, Italie. Anneau pour longe de cheval.

Jeudi 7 mai:

Monterrigioni - Sienne. 19km. 5h de marche prévues. 300m de montée. 250m de descente. Etape moyenne. Faite cum pedibus.

Hôtel Tre Donzelle, Sienne.

Déjeuner à l'agriturismo Casalino 18

Dîner à l'Osteria Le Logge, Sienne.

Retour à la marche sur la terre de Sienne, cette couleur connue de tous les peintres.

Départ vers 9h15 après le petit déjeuner en terrasse.

Arrivée vers 16h.

Sur le chemin, obélisque dédiée à Léopold II de Lorraine, duc de Toscane, qui fit assainir les marais pour les transformer en champs. Un marcheur allemand impressionné par Hermès, le chien pèlerin, le photographie devant le monument après avoir demandé poliment l'autorisation.

Déjeuner en chemin vers 13h à l'agriturismo Casalino 18. Foccacia (fougasse en français) jambon légumes, gâteau citron amandes, verre de jus de pomme local. Délicieux. Ferme magnifiquement rénovée. Architecte et paysagiste ont bien travaillé.

Fin tranquille avec l'arrivée par la zone urbaine de SIenne avant l'entrée dans la vieille ville par la Porta Comollia jusqu'à la Piazza del Campo toujours aussi magnifique & touristique. 

Chacun s'installe dans son hôtel. Deux dames Italiennes m'ont dit hier soir à Monteriggioni qu'elles devaient marcher en trio mais qu'une amie a lâché l'affaire. Malgré cet abandon, elles aussi logent à l'hôtel des tre donzelle (trois donzelles en français) parce qu'elles sont trois donzelles même s'il en manque une. A l'arrivée, le gardien m'apprend que mon hôtel est occupé par un groupe d'étudiants bruyants et me transfère d'office à l'hôtel voisin pour que je puisse dormir.

Chambre petite avec lavabo. Douche et WC sur le palier, dans une autre pièce, avec une autre clef. Peu commode. Dans ma chambre 6, la zappette est identifiée pour la chambre 5. Cela ne fonctionne pas. Comme je n'ai plus de TV depuis 1993, cela ne me prive pas.

Repos jusqu'à 18h. Je sors chercher des bouchons pour bâtons de marche. Le magasin repéré sur Internet est à 20mn de marche et ferme à 19h. En fait, il était fermé à mon arrivée. Echec mission.

Le guide Via Francigena du Touring Club Italiano date de 2016 et recommandait déjà pour dîner l'Osteria Le Logge. En 2026, l'adresse est toujours recommandable. Aubergines grillées en entrée, lapin farci en plat, biscuit chocolat framboise et glace framboise en dessert. Décor d'une ancienne boutique avec des armoires immenses et remplies d'objets divers. Musique pourrie, malédiction fréquente en Italie. Aucun restaurant ou café ne diffuse de grande musique italienne. Dans le pays qui a inventé la partition, le chant grégorien et l'opéra, c'est triste.  

Etape longue et dure demain. Il faut dormir. Pas envie de visiter Sienne en touriste. Je l'ai déjà fait et j'y reviendrai.

 

En chemin vers Ponte d'Arbia. Vue sur les collines de Toscane à la pause picnic.

En chemin vers Ponte d'Arbia. Vue sur les collines de Toscane à la pause picnic.

Vendredi 8 mai:

Sienne - Ponte d'Arbia. 26km. 7h de marche prévues. 130m de montée. 300m de descente. Etape moyenne. Faite cum pedibus.

Départ: 9h20

Arrivée: 16h45

Centro Cresti, Ponte d'Arbia. Gîte pour pèlerins.

Dîner à Ponte in Festa, la fête du village.

Bonne nuit malgré la viande saoule dans la rue qui m'a réveillé à 4h40 du matin. Sont-ce les étudiants bruyants de l'hôtel où j'aurais dû dormir? 

Petit déjeuner de touristes en terrasse sur la Piazza del Campo à Sienne avec Colin & Hermès. Délicieux.

Sortie de la vieille ville par la Via Roma & la Porta Romana en toute logique. C'est le cardo maximus (axe Nord-Sud) des Romains antiques. 

Long parcours en campagne avec des saliscendi (montées et descentes) mais rien de méchant. C'est beaucoup plus facile que les Apennins en Emilie Romagne & en Toscane lors de la VIIIe partie de ma marche vers Rome en 2025.

Seul problème: l'eau. Un point d'eau est indiqué vers le 15e km. Nous ne l'avons jamais trouvé. 

Nous quittons donc le chemin pour trouver de l'eau au village de Monterione d'Arbia. Arrêt au bar pour boire un café (Colin) et un jus de poire (moi). Nous remplissons les 3 gourdes: la mienne, celle de Colin et celle d'Hermès. La gourde du chien est équipée d'un bec verseur pour qu'il puisse boire aisément. 

Le GPS nous fait suivre la route nationale puis la route provinciale pour retrouver la Via Francigena jusqu'à Ponte d'Arbia, notre terminus du jour. En chemin, nous avons retrouvé les deux belles soeurs allemandes. Elles nous ont bien repéré avec le chien, surtout le chien beaucoup plus séduisant que nous deux, évidemment. Je retrouve aussi un trentenaire Allemand avec qui j'ai dormi en dortoir à Monteriggioni il y a 2 jours.

Colin & Hermès sont acceptés au gîte mais dans une grande chambre en travaux donnant sur le jardin

6 lits dont 3 posés au sol sur des sommiers. Comme nous ne sommes que 3, avec Timothée un étudiant belge francophone fort sympathique, nous occupons les 3 vrais lits. 

Machine à laver et sèche linge au gîte. Nous en profitons pour faire une grande lessive commune.

Pas de repas mais ce soir c'est la fête au village avec banquet civique.  Colin, Hermès , Timothée et moi y allons de concert. Pas facile de nous caser car nous n'avons pas réservé contrairement aux locaux. 

Nous sommes changés deux fois de table, dînons entre nous, entourés d'Italiens et savourons antipasti (charcuterie toscane), primo piatto (pasta al ragu), secondo piatto (grigliata di carne e verdura). Pas de dolce (dessert). Il y en a mais personne ne nous l'a proposé lorsque nous avons réservé. Cela doit être réservé aux locaux et interdit aux touristes.

Nous partons vers 22h quand le groupe de rock local commence à jouer. 

Nous sommes 3 hommes et un chien dans une chambre pour 6 lits qui pourrait en contenir plus. Aucune gêne. 

 

San Quirico d'Orcia, Toscane, Italie

San Quirico d'Orcia, Toscane, Italie

Samedi 9 mai:

Ponte d'Arbia - San Quirico d'Orcia. 26 km. 7 h de marche prévues. 560m de montée. 300m de descente. Etape difficile. Faite cum pedibus & en bus.

Palazzo del Pellegrino, San Quirico d'Orcia. Gîte pour pèlerins. 

Déjeuner au Ristorante Roma à Buonconvento

Dîner alla Trattoria Toscana " Al vecchio forno "  a San Quirico d'Orcia

Petit déjeuner au bar du village de Ponte d'Arbia après le pont. 

Marche tranquille de 3,5km dans un beau paysage de collines jusqu'à Buonconvento. C'est là que passe le bus qui rendra facile une étape jugée difficile par le guide. 

Ravitaillement au marché du village. Dépôt des bagages à un hôtel restaurant. Colin s'offre des mocassins bateaux français (TBS) beaucoup moins chers qu'en France. Déjeuner dans le restaurant qui a gardé nos bagages. C'est la moindre des politesses. Comme me l'a fait justement remarquer Colin, si nous ne déjeunons pas ici, cela ne les incitera pas à garder les bagages gratuitement pour les prochains voyageurs. Donc nous mangeons, fort bien d'ailleurs. 

A Buonconvento, discussion avec Eileen, une Américaine de la Côte Est (Boston), petite soixantaine affutée et élégante, manifestement SDF (Sans Difficulté Financière/ Sans Domicile Fiscal). Elle voyage léger, fait porter ses bagages et loge en hôtel ****

A ce propos, nous sommes sur la portion la plus fréquentée de la Via Francigena. Depuis Lucques, je vois dans chaque village des affiches de réclame pour le port de bagages alors que je n'en ai vu aucune depuis Lausanne, en Suisse, où j'ai commencé la Via Francigena.

Eileen a offert plusieurs dîners à Timothée, l'étudiant belge, juste parce qu'il est beau garçon et poli avec les Dames. Lui même a voulu lui payer quelque chose en échange. Elle a toujours refusé. Eileen est admirative de l'élégance de Colin. Elle trouve qu'il est habillé pour le night club pas pour la marche. Il est vrai que Colin est soucieux de sa prestance en toute circonstance. De plus, il porte ses mocassins bateau français qu'il vient de s'offrir. 

Descente du bus et montée au village de San Quirico d'Orcia qui est aussi beau que dans mes souvenirs de touriste en 2013. 

L'étape de demain est très difficile. Il y a un bus mais il ne circule pas le dimanche. 

Le gîte pour pèlerins est au dessus de l'office de tourisme. Je descends à l'office de tourisme. L'hôtesse me donne les numéros de téléphone des taxis. Orange m'a envoyé un message de bienvenue en Italie au passage de la frontière. Mais, concrètement, je ne peux appeler personne en Italie. Numéro inexistant me répond la machine.

L'hôtesse appelle pour moi et me réserve un taxi. En échange de ses bons services, je fais l'interprète pour Alain, un marcheur retraité qui ne parle que français alors que l'hôtesse parle italien & anglais. Il est épuisé, n'a pas de gîte ce soir. Son épouse, depuis la France, lui en trouve un à Acquapendente, dans le Latium où nous serons dans 2 jours.  L'hôtesse lui trouve un taxi et Alain me paie un verre dans un bar. Pour cela, il s'est fait comprendre. Je l'ai quitté embarquant dans une Mercedes Benz coupé avec chauffeur. Je pense qu'il est arrivé à bon port.

En visitant le village je m'assois sur un banc, appelle l'assistance d'Orange en France et finit par obtenir le déblocage des appels en Italie, service qui m'est dû puisqu'il est déjà payé dans mon abonnement. 

Dîner somptueux au Vecchio Forno. Vaut son prix (55€/personne). La même classe qu'à Sienne mais dans un jardin entouré de murs en pierre de taille. Parfait pour un dîner en amoureux mais entre randonneurs, c'est très appréciable aussi. J'ai enfin goûté la Ribollita, la soupe des paysans toscans. Le restaurant appartient à la famille Genovese qui semble posséder la moitié du village. J'ignore s'ils sont apparentés à Don Vito Genovese

Nuit très tranquille au gîte. 10 personnes dans le dortoir et pas un ronfleur. Mon linge a séché dans la nuit.

 

Place du Bienheureux Guillaume, Radicofani, Toscane, Italie

Place du Bienheureux Guillaume, Radicofani, Toscane, Italie

Dimanche 10 mai:

San Quirico d'Orcia - Radicofani. 32,3km. 8h de marche prévues. 950m de montée. 550m de descente. Etape très difficile. Faite en voiture avec chauffeur.

Rifugio comunale Gestri, Radicofani. Gîte pour pélerins.

Déjeuner & dîner à la Bottega del Chiu à Radicofani.

Comme prévu, nous prenons un taxi devant la pharmacie. Alain est parti de là hier soir. Viola, notre pilote, est là avant 9h avec une Audi A4 break. Elle a prévu une couverture pour les sièges arrière afin qu'Hermès puisse y poser ses pattes de chien sans salir. Conduite souple en douceur, jusqu'au village perché de Radicofani. 8km de montée pour finir.

Non seulement l'étape est très difficile mais, en plus, il pleut. Viola nous dit en souriant que, les jours de pluie, de nombreux pèlerins ont besoin d'une voiture. 

Nous buvons un verre au café devant l'église. Comme le dimanche précédent, Colin va à la messe pendant que je garde le chien. Je promène Hermès sous la pluie. Il n'aime pas cela du tout mais il n'a pas le choix. J'ai vu la villa et la fontaine Médicis. Ce n'est pas Florence mais cela reste les Médicis. L'accès à la forteresse au sommet du village est bloqué pour travaux depuis 2024. Travaux qui devaient durer 180 jours selon le panneau de chantier. Nous sommes en mai 2026. Rien à ajouter. 

Après la messe, Colin ramène Hermès à l'hôtel pour le sécher dans une serviette idoine. Avec la chaleur et l'effort, il a perdu beaucoup de poils et risque de prendre froid. 

Le prêtre qui dessert l'église de Radicofani est un Congolais (Congo Brazzaville). Celui d'Altopascio, le dimanche précédent, vient lui aussi d'Afrique noire. Pour faire face au déclin démographique de l'Italie (1,2 enfant par femme), l'Eglise catholique, apostolique et romaine fait elle aussi appel à la main d'oeuvre étrangère comme beaucoup d'employeurs en Italie.

Le père Jean de Dieu Elondabare, curé de Radicofani, a écrit un livre sur la Via Francigena publié en italien, anglais et espagnol mais pas en français alors qu'il est francophone " Sulla via del Uomo e di Dio ".

Déjeuner avec une côtelette d'agneau à la braise et ses pommes de terre. Exquis. Je mange la viande et Hermès croque l'os de ma côtelette avec grand appétit. Il ne reste plus rien que l'assiette. Maintenant, nous sommes vraiment amis, Hermès et moi. Tiramisu fabuleux en dessert. 

Repos au bar pour attendre 15h l'ouverture de l'office de tourisme et du gîte communal pour pèlerins. Colin & Hermès logent eux à l' Albergo della Torre, qui les a accueilli dès 10h du matin. Le patron est un Ancien adorable et chaleureux qui m'a permis de poser mon sac à l'abri en attendant l'ouverture du gîte. Achat du stylo souvenir de la Via Francigena à l'office du tourisme. Nous sommes en mai et les porte clefs ont déjà tous été achetés.

Ma lessive de la veille, faite à la main, finit de sécher au gîte. Dîner dans le même restaurant que le midi, la Bottega del Chiu (boutique du hibou petit duc). Le soir, pizza au feu de bois. Excellente bien sûre. Un gâteau pour changer du tiramisu en dessert. Serveur français, récemment installé dans le coin. Toujours du bon Jazz en fond sonore.

Nuit paisible au dortoir.

En  chemin vers Acquapendente, Latium, Italie

En chemin vers Acquapendente, Latium, Italie

Lundi 11 mai:

Radicofani - Acquapendente. Passage de la Toscane (Toscana) au Latium (Lazio). 24km. 6h de marche prévues. 220m de montée. 400m de descente. Etape moyenne. Faite cum pedibus.

Agriturismo il Sentiero, Acquapendente. Dîner sur place.

Réveil à 6h30 avec le collectif de pèlerins. Je sors du gîte à 8h par un temps frais, brumeux, humide. J'achète du pain et du pecorino à une épicerie du village, déjà ouverte. Petit déjeuner dans un bar près du gîte. J'y retrouve les deux belles soeurs allemandes. L'une me demande: Where is Hermès? Je lui indique qu'il est à l'hôtel avec son maître Colin et que les 2 sont en bonne santé. Elle est rassurée. Hermès est notre atout charme avec les Dames sur ce trajet. Il les fait toutes craquer. Le chien pèlerin avec une croix à son collier. Son charme opère aussi sur les Messieurs, jeunes & vieux.

Départ vers 9h20.

Le guide indique 3 manières de faire cette étape:

1. par le sentier exclusivement, en montagne, avec force détours

2. en faisant les 12 derniers kilomètres le long de la route nationale 2 (SS2: Strada statale 2), la Cassia, ex Via Cassia de Rome à Sienne construite pour permettre aux légions romaines de contrôler le pays étrusque

3. en prenant le bus sur la route nationale pour éviter de marcher 12km le long d'une route nationale face aux camions et aux automobiles, les motocyclettes prenant moins de place sur la chaussée.

Colin, Hermès & moi sommes d'accord sur l'option bus pour finir. Chemin grandiose parmi les collines avec la brume qui s'en va, le soleil qui apparaît. Cf photo au dessus de cette journée. Au bout de 10km, arrivée à Ponte a Rigo sur la Cassia. 

Nous trouvons l'arrêt de bus, dans le bon sens. Fermata a richiesta. Arrêt à la demande. Nous appelons donc le numéro de téléphone indiqué sur l'arrêt de bus. Nous en essayons plusieurs. Un seul fonctionne. Répondeur. Sur Internet, les horaires indiquent un passage à 12h14. Le bus arrive à 12h20. Retard raisonnable. Nous faisons de grands gestes. Le bus s'arrête. L'arrêt à la demande, cela signifie juste faire signe au chauffeur. Inutile de se compliquer la vie en appelant un numéro de téléphone qui ne répond pas.

Le chauffeur nous indique qu'il finit son service et que nous n'avons pas besoin de payer. Voyage offert. Evviva Italia! Je suis si pressé de monter dans le bus que j'oublie mes bâtons de marche à l'arrêt. Bâtons de nouveau munis de bouchons. Colin en a trouvé à San Gimignano. Je l'ai remboursé. 

En route, nous dépassons les deux soeurs allemandes, toujours aussi  grandes, magnifiques et vaillantes. Elles ont renoncé au sentier de montagne et affrontent la route au soleil. 15mn plus tard nous sommes au centre ville d'Acquapendente dans le Latium, la région de Rome, la dernière région de ce chemin de Paris à Rome après l'Ile de France & la Bourgogne Franche Comté en France, les cantons de Vaud & du Valais en Suisse, le Val d'Aoste, le Piémont, la Lombardie, l'Emilie Romagne, la Ligurie et la Toscane en Italie.

Arrivée à Acquapendente après 15mn de route. En descendant du bus, comme nous parlons français, une jeune femme Française vient nous parler en français. Elle travaille comme bénévole dans une ferme de la région qui accueille des migrants. Manifestement, elle est persuadée de contribuer au bonheur de l'Humanité. Ni Colin, ni moi, ni Hermès ne l'avons mise en doute. Elle était charmante et sympathique. J'ai oublié son prénom. 

Picnic tranquille sur un banc à l'ombre puis café en terrasse. 3 km de marche tranquille jusqu'à l'Agriturismo Il Sentiero où nous dînons & dormons tous les 3, hommes & chien réunis. Arrivée à 14h au gîte.

Le côté turismo est beaucoup plus palpable que le côté agri dans cet agriturismo (tourisme à la ferme). Ma réservation a été oubliée. Je la prouve en sortant mon échange de courrier électronique en janvier 2026 où nous étions tombés d'accord sur la chose et le prix, ce qui constitue la conclusion d'un contrat en droit civil. Les arrhes de Colin sont oubliées. Il est persuadé d'avoir payé mais n'en retrouve pas la preuve dans ses comptes. 20€ de plus et hop!

Je demande si le linge peut être lavé. Moyennant 10€ notre linge nous sera rendu propre, sec, plié l'après-midi même. 

Je demande si je peux être amené à l'arrêt de bus de Ponte a Rigo sur la Cassia pour y reprendre mes bâtons. 20€ en liquide. C'est le prix de ma distraction. Nous y arrivons et ils y sont. Restés sagement à m'attendre. Le comique de répétition se répète. Un bâton a perdu son bouchon. En revenant en voiture, je croise de nouveau les Allemandes qui marchent toujours au soleil le long de la route. 

Gite de luxe avec piscine extérieure. L'eau est froide, 17°C dehors mais je suis habitué à me baigner dans la Manche en Bretagne et en Normandie. 30mn de nage, de gymnastique aquatique, de massage au jet d'eau me font un bien fou.

Dîner sur place. Soupe, pâtes, viande, légumes, dessert. La totale. Bon Blues après le bon Jazz d'hier soir. La sono du restaurant diffuse Sam Lightnin' Hopkins, Big Mama Thornton, Jimi Hendrix, Eric Clapton...

Colin qui s'est promené en ville cet après-midi me signale que la moitié des maisons est à vendre. Comme à Tonnerre dans l'Yonne. Mauvais signe pour la santé de l'économie locale. 

Ni Colin ni moi n'avons rien compris à nos factures finales mais nous avons payé avec le sourire en bons touristes. Avec la ferme impression de nous être fait avoir (truffare in italiano). Bref, nous ne recommandons pas l'endroit malgré la magnifique piscine entourée d'arbres.

 

Lac de Bolsena, Latium, Italie

Lac de Bolsena, Latium, Italie

Mardi 12 mai:

Acquapendente - Bolsena. 24km. 6h de marche prévues. 220m de montée. 290m de descente. Etape moyenne. Faite cum pedibus.

Pensione Italia, Bolsena.

Dîner à la Trattoria del Moro, Bolsena.

Départ à 9h20. Arrivée à 15h45.

Petit déjeuner moyen. Pour faire valider notre crédentielle de pèlerin, il faut aller à l'office de tourisme qui se trouve au bout du chemin dans la tour à côté de la route. Décidément, ce gîte est plus turismo qu'agri.

L'office de tourisme est fermé pour travaux. Les employés de l'agriturismo l'ignorent-ils ou se sont ils moqués de nous? Le mystère demeure. 

En suivant la route qui sort d'Acquapendente, nous trouvons un bar à la terrasse duquel sont assises deux Lettones qui se baignaient dans la piscine hier. Elles avaient marché 37 km, nous 12. Des stakhanovistes de la marche. Le patron du bar tamponne notre crédentielle sans rien nous demander en échange. Merci à lui.

Chemin de campagne moins beau que celui de la veille mais avec des vergers, des oliviers et des champs de blé. L'évêque anglais Sigeric, père fondateur de la Via Francigena au X° siècle, suivait forcément la Via Cassia. Le sentier s'allonge en faisant de grands détours pour éviter la route et les camions. 

En chemin, discussion avec deux Britanniques, trentenaires, grands et bien bâtis. Un Anglais et un Irlandais. Je leur réponds que je ne les crois pas. Un Anglais & un Irlandais ne peuvent pas marcher ensemble. L'Irlandais me répond que je connais bien l'histoire et qu'effectivement il est Nord Irlandais donc Britannique. Nous les perdons de vue car ils marchent plus vite que nous et les retrouvons  car ils se sont perdus. L'Anglais me dit qu'il a honte de s'être perdu devant un Français. Je lui réponds que seuls ceux qui ne font rien ne se trompent jamais. Cela lui plaît et je pense qu'il fera usage de cet adage que m'a appris mon père. 

Arrêt au village de San Lorenzo di Nuovo pour le picnic, la glace italienne et la recharge en eau des gourdes. Superbe église baroque du XVIII° siècle au blason de Pie VI. Nous sommes dans les Etats du Pape et cela se voit. L'activité économique tourne autour des pèlerins de la Via Francigena. 3 bars restaurants les accueillent visiblement. La moitié des maisons est à vendre. De nombreuses fermes sont à vendre sur le chemin. Certaines doivent l'être à 1€ avec engagement de résidence et de faire des travaux.

En chemin, Hermès nous fait une frayeur. Il boite et lèche les coussinets de  sa patte avant droite. Après un examen attentif, Colin détecte une épine plantée dans un coussinet. Il tient Hermès dans ses bras. J'enlève l'épine avec 2 doigts et soulage Hermès qui repart en marchant vaillamment. 

Toujours en chemin, à un passage sur la route, avec une vue panoramique sur le lac, allongé sur un banc en pleine sieste, nous retrouvons Timothée, l'étudiant belge avec qui nous avons partagé gîte et couvert à Ponte d'Arbia en Toscane. Ces retrouvailles fortuites font partie du charme de la marche sur la Via Francigena.

Au final, la Via Francigena fait tant de détours que Colin repère avec le GPS un autre chemin qui nous emmène directement au village de Bolsena et à son lac, le plus grand lac volcanique d'Europe.

Je loge à la Pensione Italia, fondée en 1940. A part le wifi, rien n'a bougé depuis 1940. Pour le décor de la chambre. La salle de bains est dans une autre pièce, sur le palier avec un équipement des années 1980 mais tout fonctionne. 

Le meilleur restaurant de la ville est complet. Après plusieurs tentatives (fermé ou complet), nous finissons au restaurant sur le lac, la Trattoria del Moro. Correct mais nous payons la vue bien entendu. Avant le dîner j'ai trempé mes pieds dans le lac. Elle est bonne. Je ne me suis pas baigné. Trop fatigué par la marche de la journée. Sable noir et fin, volcanique. 

Colin voulait traverser le lac en bateau pour rejoindre Montefiascone et son fameux vin (Est!Est!Est!) depuis l'autre rive. Après enquête (Internet et serveur du restaurant), c'est impossible. Le service de transports lacustre ne fait que des ballades panoramiques et touristiques. Pas de traversée comme avec la CGN sur le Lac Léman entre Suisse & France.

En attendant que Colin fonde la compagnie qui fera traverser le lac aux pèlerins et à leurs bagages moyennant phynances, il faudra faire le tour du lac à pied demain pour mériter notre dégustation de vin à l'arrivée. 

 

En  chemin vers Montefiascone, Latium, Italie

En chemin vers Montefiascone, Latium, Italie

Mercredi 13 mai:

Bolsena - Montefiascone. 18km de marche. 4h30 de marche prévues. 580m de montée. 290m de descente. Etape moyenne. Faite cum pedibus.

Convento dei Capuccini, Montefiascone. Gîte pour pèlerins.

Dîner au Borgo Antico, Montefiascone.

Départ à 9h20

Arrivée à 14h30

Etape en campagne avec de belles vues sur le lac de Bolsena. Saliscendi (montées et descentes) continus. Nous croisons les mêmes pèlerins. La Québecoise qui fait l'interprète pour un couple d'Australiens. Un trio d'Américains. Tous admirent les qualités de marcheur d'Hermès, le chien pèlerin. 

A la fin, comme la veille, le GPS de Colin nous permet de suivre un chemin plus court et plus efficace que la Via Francigena et ses nombreux détours. 

A l'arrivée à Montefiascone se trouve la borne des 100km pour Rome. C'est de là qu'il faut partir, a minima, pour obtenir à l'arrivée à Rome, au Vatican, le Testimonium peregrinis ad limina Pietri , certificat officiel de pèlerin de la Via Francigena. J'ai commencé la Via en Suisse à Lausanne en 2023, Colin à Lucques en Toscane en 2026. Nous serons en règle à l'arrivée à Rome.

Les marcheurs se retrouvent tous au Caffè centrale au centre du village. Tous logent au couvent des bénédictines sauf moi & Colin qui a trouvé un gîte laïc acceptant un chien à l'entrée du village. Je me trouve dans un couvent de capucins alors que c'est moi l'impie et lui le pieux pèlerin. 

Le couvent est à 1500m du centre. C'est immense et je suis le seul pèlerin accueilli. Pas par les frères mais par une Dame gardienne du lieu, très sympathique. 

Les capucins ne parlent qu'à leur famille et à leur ordre. Ils me laissent donc plantés à l'entrée jusqu'à ce que j'appelle la gardienne au numéro de téléphone indiqué à l'entrée. Si je ne l'avais pas fait, je serai resté dehors. Sous le porche d'entrée. A l'abri de la pluie qui commence à tomber à mon arrivée. Une chambre et une salle d'eaux sont ouvertes pour moi. Rien à manger mais je dispose de la clef de la porte d'entrée. 

Dîner en ville avec Colin & Hermès dans un restaurant qui propose un menu à 20€ pour les pélerins. C'est le soir de la finale de la Coppa Italia di calcio entre la Lazio et l'Inter Milan. La télévision diffuse le match. Nous sommes partis avant la fin mais l'Inter a gagné au grand désespoir des locaux, attachés à Rome et à la Lazio puisque nous sommes dans le Latium. Hermès a croqué avec grand délice l'os de la côtelette de Colin.

Retour à pied au gîte et sommeil dans le calme absolu de mon couloir vide.

 

Palais des Papes, Viterbe, Latium, Italie

Palais des Papes, Viterbe, Latium, Italie

Jeudi 14 mai:

Montefiascone - Viterbe - Rome

18km de Montefiascone à Viterbe. 4h30 de marche prévues. 150m de montée. 460m de descente. Etape facile. Faite en bus en raison de contraintes horaires.

Déjeuner au Red Rose Café à Viterbe.

Achat de miel, fromage, biscuits, saucisson de la Tuscia à La Pagnotella, Viterbe.

Gîte & couvert chez des amis à Rome.

Ce soir, séparation d'avec Colin & Hermès, excellents compagnons de marche. Accompagné d'un scout et d'un chien de chasse, je ne pouvais pas me perdre en chemin. Nous ne nous sommes jamais perdus.

 Ils dorment à l'hôtel et moi chez des amis de ma mère, Jacqueline Lagrée. Ils m'ont demandé d'arriver avant 16h à Rome. Seule solution: prendre le bus de Montefiascone à Viterbe puis le treno regione Lazio de Viterbe à Rome.

J'ai bien profité du jardin du couvent des frères capucins avec sa vue sublime sur le lac de Bolsena, le plus grand lac volcanique d'Europe, et les montagnes. 

Petit déjeuner avec Colin & Hermès au Caffè centrale de Montefiascone.  Nous saluons une dernière fois les deux soeurs allemandes, l'étudiant belge Timothée, la Québecoise jeune divorcée après 23 ans de mariage et 3 enfants (elle se nettoie la tête sur le chemin), les 3 mamies américaines. Nous ne les reverrons plus. Hermès va leur manquer. Nous non.

1er bus pour Viterbe. Le chauffeur nous dit qu'il ne va pas à Viterbe. En fait, si car nous retrouvâmes à Viterbe les 3 jeunes Italiens montés devant nous dans ce bus.

2e bus pour Viterbe. Impossible de payer le voyage avec une carte bleue dans le bus. C'était possible en Toscane. Pas dans le Latium. La différence entre le Grand Duché de Toscane et les Etats du Pape se voit toujours en 2026. Deuxième bus à Viterbe. Même problème. Nous voyageons encore à l'oeil mais pas longtemps. Nous descendons à une porte de la vieille ville et allons l'explorer.

Je fais mes dernières courses. 5 cartes postales du Palais des Papes à Viterbe, saucisson, miel, fromages, biscuits de la Tuscia, la campagne étrusque au Nord de Rome, à la Pagnotella, via del cardinale La Fontaine. J'ignore s'il s'agit d'un parent du fabuleux fabuliste, Jean de la Fontaine. En tout cas, c'était un cardinal français.

Je recommande vivement cette épicerie de Viterbe aux touristes et pèlerins désireux d'acquérir de vrais produits locaux de qualité à un excellent rapport qualité prix. Même pas le temps de visiter le Palais des Papes. En bon Français que je suis, il m'impressionne moins que celui d'Avignon

Foccacia dans un cafè près de la Porta Romana. La gare pour Rome est proche en toute logique. Viterbo stazione Porta Romana. Les billets pour Roma Ostiense s'achètent au bar de la gare. Cette fois nous sommes en règle. Hermès voyage dans son bagage dédié. Il peut respirer mais guère bouger. 

2h pour 85km. Le train régional Latium s'arrête vraiment partout. Un vrai service public de transport en commun. A la gare, métro B pour l'arrêt Bologna. Salut à Colin. J'ai oublié de saluer Hermès, le chien pèlerin. Honte sur moi! Dans le métro de Rome, ne pas s'embêter à acheter un ticket au distributeur. Il suffit de passer sa carte bleue sur le portique et il s'ouvre. 

Je prends rendez-vous avec Luigi Panella, journaliste sportif au quotidien romain La Repubblica. Luigi Panella est l'auteur d'un magnifique livre sur le dernier vainqueur français du Tour de France, Bernard Hinault. " La strategia del Tasso. I giorni di Bernard Hinault ".

Bernard Hinault est une légende en Italie. Il a couru 2 fois le Giro d'Italia. Il a gagné les 2 fois: 1982 & 1985. Luigi Panella raconte sa carrière de coureur cycliste comme une chanson de geste avec pour dernier chapitre une riche intervista (interview en français) du rival italien de Bernard Hinault, Francesco Moser. J'ai traduit ce livre, avec l'accord de l'auteur, n'ai jamais trouvé d'éditeur pour le publier en France mais nous sommes restés en relation par courrier électronique.

Je vais d'abord chez les amis de ma mère. L'époux m'accueille, m'explique l'appartement, me laisse la clef et des instructions. Ils doivent partir en Toscane résoudre un problème urgent dans leur maison de campagne. 

Je retrouve Luigi. Il me fait découvrir la fraîcheur et le goût de l'eau des fontaines de Rome. Bien meilleure que celle des fontaines Wallace à Paris. Nous parlons sport en buvant un jus de fruits en terrasse dans les jardins à l'anglaise de la Villa Torlonia, résidence officielle de Benito Mussolini à Rome de 1920 à 1943. Cf photographie au dessus de cette journée. Adolescent au début des années 80, Luigi put entrer dans la villa alors à l'abandon. Il aurait pu voler un gros téléphone en bakélite en souvenir mais il ne l'a pas fait.

Luigi a un dîner de collègues ce soir. Je rentre donc à pied à mon appartement romain, dîne avec ce que je trouve au réfrigérateur. Nuit calme.

 

Villa Torlonia, Rome, Latium, Italie

Villa Torlonia, Rome, Latium, Italie

Vendredi 15 mai:

Rome - Milan - Paris

 

Trenitalia Frecciarossa

Roma Termini: 8h20

Milano Centrale: 11h35

 

Trenitalia Frecciarossa

Milano Centrale: 15h48

Paris gare de Lyon: 22h36

 

Réveil naturel à 6h. Je traîne un peu, prend une douche, plie bagage, laisse la clef sur une table à l'entrée, claque la porte et je suis parti. Direction le métro de la piazza Bologna. 3 stations pour arriver à la gare centrale Roma Termini. Petit déjeuner à la gare Termini, Rome, chez Eataly Délicieux.

Je suis bien attentif aux panneaux de départ pour ne pas me faire avoir comme en gare de Milano Centrale en 2024 où j'ai manqué le Milan Lausanne parti en avance par rapport à l'horaire indiqué sur mon billet. 

Le Frecciarossa Trenitalia Roma Termini - Milano Centrale relie la capitale politique à la capitale économique de l'Italie. Je circule en semaine à 8h20 en classe Business Silenzio. Que des costumes cravate dans le wagon. En commençant par le Monsieur à cheveux blancs devant moi avec gilet, cravate, chemise à bouchons de manchette et ordinateur portable. Impeccable. Je détonne avec mes chaussures, mes vêtements, mon sac à dos de randonneur, ma barbe de 2 semaines mais j'ai, payé ma place et me tiens sage. Un voisin parle au téléphone. Je l'interromps immédiatement en lui rappelant où il se trouve. Il cesse aussitôt et discute par écrit. Plus discret. Mon voisin d'en face me remercie d'un signe de tête et replonge dans son travail.

Finalement, ce n'est pas un chef d'entreprise ou un cadre supérieur. En gare de Milan, je l'ai entendu discuter avec une amie d'un congrès de chirurgie cardio vasculaire. Je présume donc qu'il est chirurgien à moins qu'il ne soit cadre supérieur d'une entreprise pharmaceutique.

Sortie de la gare pour retrouver à déjeuner, à l'Osteria Cornalia, les amis Milanais rencontrés sur la Via Francigena en descendant du Grand Saint Bernard à Aoste en 2023, comme en 2024 & 2025. Cuisine lombarde. Nourrissant et bon. Dans une bonne ambiance. Nous nous donnons rendez-vous en 2027 au prochain retour de Rome, à la fin de cette marche, après le trajet de Viterbe à Rome dans le Latium.

Plus de 6h de train de Milano Centrale à Paris gare de Lyon. Il me faut de la lecture. Il existe une librairie Feltrinelli en gare de Milano Centrale ouverte 7/7. Je m'offre un classique de la science italienne: " Il Bel Paese " d'Antonio Stoppani, prêtre et géologue italien du XIX° siècle, inventeur du concept d'anthropocène. Un portrait de l'Italie par sa géographie physique sous forme de conversation avec ses neveux et leurs parents. Un régal mais dépourvu de cartes et dessins malheureusement. 

Dans le train, je finis les victuailles du sac: saucisson, pecorino, pomme et ma gourde est remplie de bonne eau de Rome. Après le passage des Alpes, arrivée en France par la Savoie. Il fait 5°C à Modane et les sommets sont couverts de neige fraîche. Train Milan Paris beaucoup moins confortable que le Rome Milan. Pas de prise électrique à ma place pour charger le téléphone portable. Pas d'eau aux toilettes pour me laver les mains. Sur 6h48 de voyage, un tel manque de confort et d'hygiène est désagréable.

Arrivée à Paris gare de Lyon à 22h36 comme prévu. Personne ne m'attend, j'ai ma dose de train pour la journée et je ne vis pas loin. 40mn de marche et me voici de retour chez moi pour vider mon sac, ranger les victuailles, mettre tous les vêtements dans le panier de linge sale, me doucher, me coucher et rêver à la suite du parcours jusqu'à Rome, cum pedibus. 

Au fait, j'ai retrouvé le bouchon manquant du bâton de marche. Caché dans une poche extérieure de mon sac à dos. Etonnant, non?

 

Bilan chiffré de cette marche effectué par Colin, mon analyste de données ambulant:

- sur 304km de chemin prévus, Colin en a fait 251,4 à pied en 80h de marche. Le reste s'est fait en train, bus ou voiture.

- Hermès pesait 6kg au départ, 5.4kg au retour. Il a perdu 600g en marche soit 10% de son poids. Colin ne l'a jamais connu aussi affûté physiquement. Hermès a perdu du gras et lui sont apparus des muscles invisibles auparavant.

Il Tricolore. San Miniato, Toscana, Italia.

Il Tricolore. San Miniato, Toscana, Italia.

Les photographies de cette chronique sont l'oeuvre de Guillaume Lagrée. Toute utilisation de ces oeuvres sans autorisation de leur auteur constitue une violation du Code de la propriété intellectuelle passible de sanctions civiles et pénales.

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De Paris à la Belgique. A la recherche du Sentier des Ardennes. IIIe partie. Le sentier retrouvé. Vitry le François - Sedan.

16 Novembre 2025 , Rédigé par Guillaume Lagrée

De Paris à la Belgique. A la recherche du Sentier des Ardennes. IIIe partie. Le sentier retrouvé. Vitry le François - Sedan.

De Paris à la Belgique

A la recherche du Sentier des Ardennes

IIIe partie

Le sentier retrouvé

De la Marne aux Ardennes en passant par la Meuse

Vitry-le-François - Sedan

A travers le Grand Est

9 jours de marche

Samedi 18 - dimanche 26 octobre 2025

 

Liens utiles:

GR145 Via Francigena pour la 1ére étape au départ de Vitry-le-François.

GR14 Sentier des Ardennes pour les étapes suivantes.

Meuse Attractivité: encore merci à Aurore Fournet pour l'aide précieuse à trouver un gîte au départ de Bar le Duc vers le Nord et la forêt d'Argonne.

Comité départemental de randonnée pédestre de la Meuse: merci encore au président Christian Garand pour son assistance inlassable avant & pendant la randonnée.

Office de tourisme du Pays d'Argonne: merci encore à Audrey d'être venue me chercher en voiture alors que je m'étais perdu en chemin.

Topoguide Itinérance et randonnées à travers la Meuse

Météo France

Institut Géographique National

TER Fluo (région Grand Est)

 

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Que les Dieux et les Muses le protègent!

Halte pique-nique samedi 18 octobre 2025

Halte pique-nique samedi 18 octobre 2025

Après avoir suivi la Marne de Paris à Vitry le François par le GR15, je poursuis mon chemin vers la Belgique, jusqu’à Sedan, dans les Ardennes. J’ai enfin trouvé le GR14, sentier des Ardennes.

Samedi 18 octobre 2025 : Paris-Vitry le François – Saint Rémy en Bouuzemont Saint Genest et Isson

TER Fluo (région Grand Est) Paris-Strasbourg

Paris Est : 8h36

Vitry le François : 10h32

13km et 3h30 en théorie par le GR145, Via Francigena en France

Gîte communal à Saint Rémy en Bouzemont Saint Genest et Isson. Epicerie Proxi au village.

Arrivée du TER Fluo à Vitry le François à 10h40.

Arrivée au gîte à 15h45.

13km théoriques.

Première journée galère par mon fait.

Le TER Grand Est est d’une hygiène douteuse. Pas d’eau dans les toilettes. Ce n’est pas un TGV mais c’est un Paris-Strasbourg tout de même, reliant la capitale de la France à une capitale de l’Europe (Conseil de l’Europe et Union Européenne).

Arrivé à Vitry le François, je repars bêtement à l’instinct vers le centre-ville pour retrouver les panneaux du GR que j’ai quittés l’an dernier. Je demande mon chemin à un Ancien qui m’explique que je suis totalement dans le mauvais sens.

Retour vers la gare puis direction Brienne le Château (où Napoléon Bonaparte apprit à devenir artilleur) et le lac du Der Chantecoq ce qui est logique vu mon objectif du jour, le gîte communal de Saint Rémy en Bouzemont et Saint Genest et Isson sur la Via Francigena et la Voie de Compostelle.

L’Ancien m’a indiqué de suivre Vrignicourt puis le canal de la Marne que j’avais suivi en 2024 pour arriver à Vitry le François. J’ai trouvé Vrignicourt, pas le canal de la Marne.

Je suis la D13 et arrive à une pharmacie. Je demande mon chemin à une vendeuse et à une cliente avec la carte IGN. Elles ignorent tout de la Via Francigena et notamment qu’elle passe à Saint Rémy en Bouzemont Saint Genest et Isson. Je ne leur explique pas mon chemin de Paris à Rome qui suit la Via Francigena depuis Lausanne (CH). Avec la carte et les Dames, je repère Blaise sous Arzillière en suivant la D396, village où je dois retrouver le GR145.

Je mets le gilet jaune et les bandes fluo sur les bras et les jambes afin d’être visible le long de la départementale. C’est moins dangereux que la Nationale 5 Paris-Genève que j’ai suivi entre Dijon et Dole dans ma traversée de la Bourgogne à l’été 2021.

Le plan fonctionne. J’arrive au village et trouve le GR devant l’église. Dois-je monter à droite ou descendre à gauche ? Aucune indication.

Je monte à droite et trouve une table de piquenique à l’ombre. Je m’installe, sors mes victuailles et manque de m’étouffer avec de trop grosses portions de pain et de fromage de chèvre. Ce serait une mort matérialiste comme celle du Malouin La Mettrie. Vraiment stupide. Je recrache, reviens à la vie et retiens la leçon. Sévère mais juste punition de ma gloutonnerie.

Je reprends mes esprits et appelle le gîte Une dame m’explique que je dois prendre le chemin qui descend pas celui qui monte. Logique vu que je vais vers le lac du Der.

Je descends et trouve les panneaux de directions des GR145 (Via Francigena) et 654 (Voie de Compostelle). Je suis dans la bonne direction. Sentier, large, facile, plat, à travers champs.

A une pause, je réussis à me couper l’annulaire droit en prenant une boite de conserve vide pour la jeter. Je pisse le sang. L’alcool et les pansements de ma trousse à pharmacie me sont utiles.

Ensuite, chemin simple et facile en descente jusqu’à Saint Rémy en Bouzemont Saint Genest et Isson. La commune de France au nom le plus long se trouve dans la Marne.

Une fois arrivé et posé sur un banc public face à la mairie, après avoir lavé ma plaie à l’eau froide de la fontaine, j’appelle Marie-Ange qui vient me chercher et me conduit au gîte communal.

Gîte simple, propre, adapté au randonneur. Lave linge et sèche linge. J’en profite pour faire ma première lessive dès le premier soir. Don libre. J’ai laissé les 20€ conseillés. Il y a de quoi cuisiner, du sel et des pâtes. J’achète boites de concentré de tomate et de thon à l’épicerie Proxi à 200m du gîte. Douche puissante et chaude. Lit superposé et canapé lit. Livres sur place et à disposition dans une belle boite à livres entre mairie et épicerie. J’y prends une enquête sur l’évasion fiscale des époux sociologues Pinçon-Charlot. Pas de TV. Ca envoie de mauvaises ondes aux pèlerins et randonneurs. Le wifi fonctionne. Thé, café, sucre disponibles

Je n’ai pas de crédence à tamponner car je ne fais ni la Via Francigena ni la Voie de Compostelle. J'ai juste pris le G145 aujourd’hui avant de bifurquer demain vers le lac du Der et Saint Dizier. Mon objectif reste de trouver le GR14 sentier des Ardennes que je cherche depuis mon départ de Paris porte de Vincennes en 2023.

Pas d’ombre sur cette étape. Mieux vaut ne pas la faire l’été.

Lac du Der

Lac du Der

Dimanche 19 octobre 2025 :

Saint Rémy en Bouzemont Saint Genest et Isson : 7h45

Saint Dizier : 18h

26km théoriques

Passage de la Marne (51) à la Haute-Marne (52)

Déjeuner au camping de la Cornée du Der.

Chambre à l’hôtel Picardy à Saint Dizier

Dîner Au Bureau à Saint Dizier

Passage par le lac du Der Chantecoq.

 

Longue étape que j’ai allongé. D’abord en passant par le lac du Der Chantecoq que je voulais voir. Il vaut le détour. Puis en me perdant 2 fois en chemin.

J’improvise un petit déjeuner avec le thé et le sucre sur place, le molleux aux noisettes de Rocamadour que j’ai emmené dans le sac et les compotes de fruits achetées hier à l’épicerie du village.

Départ à 7h45. Je vais bien vers le lac mais vers la rive Sud alors que Saint Dizier se trouve au Nord du lac du Der. A Isson, je comprends mon erreur en consultant la carte. 45mn de perdues pour revenir au gîte. La route pour Assigny est à 50m et l épicerie est devant. Faute d’inattention de ma part. Je suis la départementale quand je vois une marque jaune de PR (petite randonnée) qui part en forêt. Logiquement, le chemin débouche sur le lac du Der.

Je le prends et arrive en 5mn sur la véloroute qui fait le tour du Lac du Der. Je la prends dans le bon sens. Dimanche d’automne avec une lumière voilée et le ballet des grues cendrées dans le ciel. C’est juste magique. Je suis les rives du lac. C’est tout plat, bien indiqué, sans aucune difficulté. L’été, c’est bondé. Aujourd’hui, c’est tranquille mais pas vide de visiteurs.

En chemin, je vois et j'entends les grues du Lac du Der. Trop rapides pour que je les photographie. Plus bruyants et invisibles, tant ils passent haut et vite, les Rafale de la base aérienne 113 de Saint Dizier.

Au lieu-dit la Cornée du Der, pique-nique au camping. Le snack bar est ouvert. Je commande un soda noir américain. J’obtiens de la barmaid un ouvre boites pour ouvrir une boite de salade de poisson récalcitrante. 2,50€ la boisson. Je suis loin de Paris. Poubelle pour jeter mes déchets. Très bon accueil pour un marcheur qui n’est pas client du camping.

Je poursuis jusqu’à la presqu’île de Nemours où je me perds et arrive au lieu-dit la Brèche. Jolie vue mais je suis trop au Sud.

Je dois revenir 3 km au Nord pour retrouver le chemin vers Eclaron puis Saint Dizier. Je trouve le canal qui mène tout droit vers Saint Dizier. 13km de marche égrénés par un panneau tous les 100m de 13km à 0km.

2 options :

  • Rester rive gauche du canal sur le bitume de la véloroute avec les panneaux de direction et le décompte kilométrique de 13km à 0km (en fait, une barrière m’a arrêté net à 0,300m)
  • Passer rive droite sur le chemin en terre sans aucune barrière ni indication mais qui va lui aussi tout droit jusqu’à Saint Dizier.

J’ai choisi la piste vélos mais pour les randonneurs, je conseille la rive droite et son chemin de terre. C’est meilleur pour les articulations du marcheur.

Arrivé en ville, je suis le  GPS qui me mène à l’hôtel Picardy. Chambre avec 2 lits. Grande salle de bains. Chauffage en marche sans exagération. Je suis le premier à me doucher ce soir. La patronne m’a prévenu d’attendre. Je masse mes pieds à l’eau froide et l’eau chaude finit par arriver.

Monique, ma grand tante de Bar le Duc chez qui je logerai demain, vient à Saint Dizier m’apporter des cartes de randonnée. Nous dinons ensemble au Bureau à Saint Dizier. Restaurant d’une chaîne où j’ai déjà mangé à Chaville (92), première étape de ma marche sur le GR2 sentier de la Seine, de Paris à Vernon.

Plus de 10h de trajet à pied aujourd’hui, c’est long. Certainement plus de 30km en pratique mais je n’ai pas de montre connectée pour me le dire précisément.

Le soleil c’était hier. Les nuages sont arrivés aujourd’hui. D’où une lumière subtile sur le lac du Der. Pluie fine pour la dernière heure de marche. Rien de grave. Etape sous la pluie demain.

Etang devant les écuries de Lombroie

Etang devant les écuries de Lombroie

Lundi 20 octobre 2025 :

Saint-Dizier – Bar le Duc

Passage de la Haute-Marne (51) (ex région Champagne Ardennes) à la Meuse (55) en Lorraine.

24km théoriques

Gîte et couvert familial à Bar le Duc

Saint Dizier : 9h

Robert Espagne : 15h40

Fin d’étape en voiture familiale.

Petit déjeuner à 8h avec pain frais et confiture d’abricot maison.

Il a plu toute la nuit. A 8h, il pleut encore. Quand je sors à 9h, il ne pleut plus. Pas une goutte de pluie de la journée. Les ancêtres, côté maternel, veillent sur moi à mon arrivée en Meuse. Ma mère Jacqueline Lagrée est née à Bar le Duc comme son père André, son grand-père Georges….

Le démarrage paraît simple. Suivre la route départementale pour Bar le Duc jusqu’à trouver sur la gauche une route forestière en sortie de ville.

Je trouve la route forestière mais aucune balise de GR. J’y vais et ne trouve rien. Je discute avec un promeneur qui ne connaît que les environs immédiats. Il  me signale des panneaux de PR dont un qui indique Chancenay. Chancenay cela m’avance sur la route de Bar le Duc.

J’arrive au village par un chemin boueux en forêt, bien balisé mais avec des troncs d’arbre à franchir.

A Chancenay, je trouve aisément le GR14B qui m’amène à Trois fontaines l’abbaye où je dois retrouver le GR14 pour Bar le Duc. Je croise un homme avec son chien qui m’explique les conflits de voisinage avec les chasseurs. Il a dû montrer les balises du GR au président de la société locale de chasse et lui expliquer qu’il ne peut chasser sur un GR. Il ne le savait pas. Inquiétant.

Le chemin arrive à une magnifique ferme écurie devant un étang, les écuries de Lombroie. Je croise le patron qui remarque que j’avance très lentement. Je lui explique que j’admire le cadre et il reconnaît apprécier de voir son travail reconnu. Un vrai jardinier du paysage.

Je trouve enfin un panneau du GR14 indiquant la direction de Saint Dizier mais pas celle de Bar le Duc.

Arrivé au village de 3 fontaines l’abbaye, je pique nique sur une table avec poubelle avant l’entrée du village. A l’entrée, fontaine d’eau potable pour remplir ma gourde. Je vois 2 panneaux du GR14 qui indiquent l’un Saint Dizier, l’autre Cheminon qui est sur la route de Saint Dizier.

Je prends donc la départementale pour Robert Espagne et Bar le Duc & trouve immédiatement la croix de Saint André du GR14. Ce n’est pas par là mais où est-ce donc? Rien ne l’indique.

Je suis la route départementale qui coupe la forêt de 3 fontaines. Une voiture par demi-heure pour me rappeler que je suis sur une route bitumée.

A 2,3 km de Robert Espagne, je tombe sur deux panneaux du GR14, l’un indiquant Robert Espagne par la route à 2,3km, l’autre Trois Fontaines à 7,7km par un sentier forestier dont je n’ai pas vu le départ au village de Trois Fontaines. Je signale le problème au président du comité départemental de randonnée pédestre de la Meuse (CDRP55). Il ira vérifier sur place car il a payé des baliseurs qui lui ont assuré avoir signalé le nouveau tracé du GR14.

J’arrive à 15h40 à Robert Espagne. Il me reste 12km soit 3h de marche. Trop long.

J’appelle ma grand tante de Bar le Duc, Monique, qui vient me chercher en voiture devant l’église de Robert Espagne  afin de me ramener chez elle me laver, me restaurer et laver mon linge.

Belle étape à travers champs et collines. J’ai enfin trouvé le GR14 que je cherche depuis mon départ en 2023 de Paris porte de Vincennes.

Le balisage reste surprenant comme cette direction pour Saint Dizier uniquement, Bar le Duc n’étant pas indiqué dans l’autre sens.

Dîner avec Monique dans un restaurant chinois de Bar le Duc. Buffet à volonté. Parfait pour un randonneur affamé.

Vue en arrivant à Beaulieu en Argonne, Meuse en Lorraine

Vue en arrivant à Beaulieu en Argonne, Meuse en Lorraine

Mardi 21 octobre :

Bar le Duc – Beaulieu en Argonne

Départ à 9h de l’Isle en Barrois

Arrivée à 16h à Beaulieu en Argonne

Gîte et couvert au Gîte de l’Abbaye à Beaulieu en Argonne.

Nuit au calme et au chaud. Au réveil, mon linge est propre et sec. Après le petit déjeuner, Monique m’emmène en voiture à l’Isle en Barrois pour raccourcir ma longue étape du jour (35 km théoriques). Photos souvenirs avant le départ. Je trouve immédiatement les balises du GR14 vers le Nord et la forêt d’Argonne.

De temps en temps, je préviens de mon avancée Monique et le président du CDRP55 à qui je sers de vérificateur sur le terrain.

Avant Vaubecourt, au sortir de la forêt, avant de prendre le chemin blanc qui descend au village, je signale une absence de balisage. Au village de Vaubecourt, achat d’un pain aux raisins et d’un carnet de timbres à la bpulangerie point postal.

Chemin en forêt et à travers champs. Dans la boue, car il a beaucoup plu cette nuit. Quelques gouttes aujourd’hui.  A une ferme, je salue le patron, un Néerlandais qui parle bien français et fait du maïs pour le gaz. De la nourriture brûlée pour produire de l'énergie alors que des êtres humains ne mangent pas à leur faim, même en France. C'est du développement durable, paraît-il. Belle ferme.

Après son chemin, la route et je manque le chemin pour Evres.

En effet, un collègue dont je n’ai plus de nouvelles depuis des années m’a appelé après qu’il ait trouvé mon courrier sur une adresse électronique qu’il n’utilise plus.  En parlant et en marchant, j’arrive à la D122 qui va à Evres en 3km. Je la suis donc.

A Evres, déjeuner sur le seul banc disponible, celui devant l’église, au milieu du cimetière. Cela déplaît aux Dieux qui me chassent à coups de pluie et de vent. Une fois ma route reprise, la météo se calme. Je poursuis sur la route pour Foucaucourt-Thabas pour éviter la boue.

Au village de Foucaucourt-Thabas, le Pressoir de l’Argonne fait du jus de pomme en direct devant les consommateurs. Le patron, un grand quadragénaire mince et barbu, aime marcher en forêt. Il me tutoie, m’offre un verre de jus de pomme sorti du pressoir (exquis)  et m’explique la route. Il m'offre aussi un coup de gnôle mais je refuse en lui expliquant que je ne bois pas d'alcool avant d'arriver. Argument bien reçu.

Je retrouve les balises du GR14 avec le chemin d’Evres par lequel j'aurais dû arriver. Le GR14 évite le village et donc le pressoir. C’est dommage. Je conseille vivement aux marcheurs de faire un léger détour par le Pressoir de l’Argonne. Ils y seront bien accueillis.

Après avoir suivi la route de Waly, le GR14 bifurque à travers champs, plus direct que la route mais plus boueux forcément.  C’est raide, boueux mais quelles vues !

Arrivé à Beaulieu en Argonne, je galère un peu pour trouver le gîte. Fatigue.

A 16h, la patronne fait encore le ménage après des clients indélicats (odeur de cigarette électronique, vaisselle à refaire…). Je patiente devant le poêle à bois belge, me réchauffe et sèche.

Douche vers 18h. Changement d’habits et là le confort commence.

Caroline installe une liseuse pour que je puisse lire et écrire près du poêle. J’attends mon dîner patiemment car elle a d’autres charges personnelles impératives.

Sur la table, du jus de pomme du Pressoir de l’Argonne et un pétillant aux pommes des Ardennes.

Cela vaut l’attente. Soupe aux légumes du jardin. Terrine de poulet au cidre d’un producteur d’Argonne (ferme des Argonautes). Lasagnes maison avec assiette de salade verte, tomates et haricots verts. Pas de fromage. Tarte maison aux pommes et aux quetsches.

Digestion en lisant au coin du feu. Sommeil excellent évidemment

Un chemin blanc en forêt d'Argonne

Un chemin blanc en forêt d'Argonne

Mercredi 22 octobre 2025 :

Beaulieu en Argonne – Auzéville en Argonne.

Gîte et couvert Chez Agnès à Auzéville en Argonne

15km en théorie. Etape facile en théorie que j’ai compliqué et prolongé en pratique.

Départ à 11h.

Arrivée à 16h.

Nuit paisible. Caroline, la patronne, m’a prévenu qu’elle n’est pas matinale en raison de ses obligations personnelles. A 8h45, je l’appelle, la réveille et un délicieux petit déjeuner arrive. Brioche, tarte au sucre, pain de campagne, confiture maison de quetsches, miel de fleurs sauvages d’Argonne, fruits, petits suisses.

Je suis parti à 11h. Jamais de ma vie je n’étais parti aussi tard d’un gîte. Après avoir visité le pressoir de l’abbaye et reçu 3 cartes postales en cadeau souvenir.

Etape courte et facile sur la carte. Sur le terrain, c’est autre chose. Le GR14 se trouve facilement à 100m du gîte de l’Abbaye. Bien balisé sur un chemin blanc large et facile en forêt.

Trop simple. Les balises disparaissent en chemin. Aucune indication. Je vais plein Nord et arrive sur la D22 au lieu-dit Bellefontaine, commune de Futeau. Il y a effectivement une belle fontaine à laquelle je remplis ma gourde mais je suis à 12km soit 3h de marche de l’objectif et il est déjà 15h.

J’appelle les 2 compagnies de taxi de Clermont en Argonne. Les 2 sont indisponibles.

J’appelle alors l’Office de tourisme de Clermont en Argonne et Audrey vient me chercher en voiture. Christian Garand, président de la FFRP Meuse, m’avait chanté ses louanges. Je les chante aussi.

Elle me retrouve aisément sur la route et me ramène à l’office de tourisme de Clermont en Argonne. J’achète 3 cartes postales en modeste remercierment.

Il me reste 2km de marche tranquille le long de la D988, sur la piste cyclable jusqu’à Auzéville en Argonne et l’hôtel restaurant chez Agnès.

Je le trouve facilement mais j’arrive à 15h50 alors que c’est fermé de 15h à 19h. 2 numéros de téléphone  sont indiqués. J’appelle le téléphone fixe, un homme me répond et m’explique comment entrer. Chambre propre, claire, moderne, confortable. Grande salle de bains avec douche à l’italienne. Un bonheur pour le randonneur.

Dîner sur place. Serveuse ukrainienne avec un accent chantant qui ajoute à son charme. Saucisson brioché avec trop de vinaigre balsamique sur la salade. Risotto au parmesans et aux cailles. Délicieux. Crumble pommes & clémentines en dessert. Tisane hibiscus baies pour digérer. Petit déjeuner à 7h.

Si la météo dit vrai, la tempête Benjamin rendra l’étape de demain difficile. 85-90 km/h de vent annoncés.

 

Pennsylvania Monument, Varennes en Argonne, Meuse en Lorraine

Pennsylvania Monument, Varennes en Argonne, Meuse en Lorraine

Jeudi 23 octobre :

Auzéville en Argonne – Varennes en Argonne.

Départ : 8h45

Arrivée : 12h30

Gite et couvert à l’hôtel du Grand Monarque à Varennes en Argonne.

17km.

Etape rapide le long de la route départementale pour échapper à la tempête Benjamin et au risque de chutes de branches en forêt. J’ai donc raté une étape historique, celle de la Haute Chevauchée, haut lieu de la Première Guerre mondiale et de la bataille d'Argonne.

Je commence par une pause au bout de 2km à l’office de tourisme de Clermont en Argonne pour remercier de nouveau Audrey, qui est venue à mon secours hier et lui acheter des souvenirs meusiens qui ne pèsent pas lourd dans le sac (2 savons à la rose en l’espèce). Elle me prévient que la départementale va tout droit sur 15km jusqu’à Varennes en Argonne, que je ne peux pas me perdre mais que la route est dangereuse et même mortelle. J’ai mis le gilet jaune et les bandes fluorescentes jaunes pour être bien visible face aux voitures en marchant sur le côté gauche de la route.

A chaque vente, l’hôtesse de l’office de tourisme doit émettre un bon d’achat papier rempli à la main à remettre au Trésor Public. En 2025. La e administration à la française.

Je vois bien la balise du GR14 partir en forêt à la sortie de Clermont en Argonne mais je reste le long de la route pour éviter les chutes de branches.

Je trace la route côté gauche. Voitures et camions s’écartent pour me laisser la place. Les bas-côtés herbeux sont suffisamment larges.

J’arrive à 12h30 à l’hôtel du Grand Monarque qui existait déjà sous ce nom quand Louix XVI fut arrêté à Varennes en Argonne le 21 juin 1791. Dans ce village marqué par l’Histoire, traces visibles de Louis XVI et de l’armée américaine du général John Pershing dont l’apport fut décisif lors de la bataille de Meuse - Argonne à l’automne 1918.

Alexandre et Madeline gèrent tout. Alexandre cuisine et cause, Madeline sourit et sert. Ils sont adorables et offrent une vraie cuisine maison, pas de l’industriel réchauffé. Pour ce midi, lasagnes et salade puis un entremets nougat fruits rouges. Pour le soir, tarte au cheddar et piquillos suivi de ravioles fondantes avec un accompagnement croquant (un vrai régal) suivi d’un entremets chocolat praliné. Les desserts viennent d’un copain pâtissier qui travaille bien lui aussi. Cuisinier et pâtissier ce n'est pas le même métier. 

Après-midi à buller au chaud dans le lit , pendant qu’il pleut dehors, après une douche chaude et puissante. Mon linge est lavé, séché, plié ce soir grâce aux bons soins d’Alexandre et Madeline. Très appréciable pour un randonneur car ma dernière lessive remontait à lundi soir à Bar le Duc.

Je finis par sortir sous la pluie en allant chercher un journal au Carrefour express au bout du village. Ils n’ont pas le Canard enchaîné mais je trouve le Monde Diplomatique de septembre 2025. Ca fait l’affaire par un jeudi 23 octobre de pluie à Varennes en Argonne.

Discussion avec Alexandre qui me propose de m’emmener au départ du GR14 demain avec ses chiens qu’il emmène en promenade. Deux énormes Beaucerons sympathiques.

Un jeudi soir, je suis le seul client de l’hôtel restaurant. Le week end en automne, les chasseurs remplissent le lieu. Ce sont des bons clients mais trop souvent irrespectueux. Cela ne parle pas que chasse à table. L’union des droites se fait aussi dans cet hôtel restaurant loin de la presse parisienne. LREM a été créé pour attirer les élus de LR vers EM. Le LRN se crée discrètement dans le Grand Est.  Après la chasse au gibier en forêt, la chasse aux places se règle à table au Grand Monarque à Varennes en Argonne. Le patron ne garde comme clients que 4 sociétés de chasse sur 10. Les autres sont composées de grossiers personnages qui ne sont plus les bienvenus.

Je devrais voir le long du GR les tas de maïs qui attirent les sangliers et leur permettent de faire 3 portées dans l’hiver. Ce n’est plus de la chasse mais du ball trap.

Bref, je suis traité comme un Grand Monarque à l’hôtel restaurant du Grand Monarque à Varennes en Argonne.

Un balcon en forêt d'Argonne

Un balcon en forêt d'Argonne

Vendredi 24 octobre :

 

Varennes en Argonne – Harricourt

Passage de la Meuse en Lorraine aux Ardennes (ex région Champagne-Ardennes).

Départ : 9h

Arrivée : 18h

30km théoriques.

Gîte des Castors à Harricourt. Rien à manger.

Taxi d’Autremont à Grandpré.

Délicieux petit déjeuner à 8h. Servi par Madeline. Alexandre son époux m’emmène au début du GR14 pour promener ses chiens. Deux énormes Beaucerons qui ne font pas un bruit. Un mâle et une femelle. Depuis mon siège passager, j’ai droit au coup de langue affectueux de la femelle à l’arrière. Après quelques pas, nous nous saluons et Alexandre fait demi-tour avec ses chiens. Je suis le GR14 tranquille.

La forêt est magnifique aux couleurs d’automne. Une symphonie de couleurs. Je comprends pourquoi le GR14 est appelé sentier des Ardennes. Depuis Paris, mon départ, c’est le but et le clou du voyage.

Je perds le GR14, descend tout droit, passe un ruisseau, remonte sur un chemin blanc. Pas de balise. Ca ne va pas.

Je redescends, repasse le ruisseau, remonte et retrouve les balises du GR14. Comme par magie. Dans le bon sens, vers le Nord. Ma boussole est formelle.

Cette étape est un émerveillement permanent. Je suis seul à profiter des couleurs et lumières d’automne en forêt des Ardennes. Sol boueux mais quel cadre, quelle lumière ! Le soleil est revenu avec quelques nuages et encore du vent.

Je sors de la forêt de Marcq vers 14h et trouve une aire de pique-nique avec table et bancs en bois sous un toit. Juste ce dont j’ai besoin.

Je poursuis et arrive au village de Grandpré à 15h30. Je vois une publicité pour un taxi. J’appelle. Pas de disponibilité avant 17h30. Le bar est fermé. Je vais remplir ma gourde à la pharmacie et la pharmacienne m’explique qu’il me reste 15km pour Harricourt. 4h de marche. C’est trop.

Je suis le GR14 vers Binquenay (panneau de direction très clair) pour me rapprocher mais la pluie et le vent me font faire demi-tour.

Je rappelle le taxi et nous convenons d’un rendez-vous devant l’église de Grandpré à 17h20. 38€ la course c’est raisonnable. Il ne prend pas la carte bleue mais j’ai de l’argent liquide sur moi. Comme le bar est fermé, je m’assieds au sec dans l’église Saint Médard.

Chauffeur très sympathique qui m’explique qu’il emmène ses petits-enfants à Paris ce week end.. A l’arrivée, le gîte  des Castors est fermé et aucun nom ne figure dessus. J’appelle, obtiens les instructions, trouve la clef et ouvre. C’est grand, propre, moderne, bien équipé avec un poêle à granulés qui chauffe mais il n’y a rien à manger. Pas d'épicerie accessible à pied depuis Harricourt. Pas de restaurant non plus.

La friterie du coin ne livre pas. Les restaurants non plus. C’est le chauffeur de taxi qui m’a donné leurs coordonnées.

Je rappelle le patron du gîte. D’abord, il me répond qu’il ne m’entend pas puis il ne me répond plus du tout. Ni au message sur le répondeur, ni au SMS. Bref, il ne faut rien lui demander d’utile. J’aurais dû anticiper et demander un repas mais tout de même.

Je survis avec ce qui me reste dans le sac dont un authentique panforte senese qui est un concentré énergétique. Une bière est au réfrigérateur pour moi et je ne bois pas de bière. Rien pour le petit déjeuner non plus.

Un gîte où je n'ai rien à manger ni le soir pour l'arrivée, ni le matin avant de partir, c'est une première en plus de 20 ans de marche en France, Suisse et Italie. Sauf les gîtes en ville mais en ville il y a des épiceries et des restaurants ouverts et accessibles à pied.

De plus, la couette était trop légère pour une nuit d'octobre. J'en ai pris une deuxième sur un autre lit vu que j'étais le seul client du gîte cette nuit là.

Bref, au gîte des Castors, à Harricourt, il faut venir avec son ravitaillement ou le prévoir à l’avance. A l’improviste, vous n’aurez rien à manger.

Sur le plateau avant la pluie

Sur le plateau avant la pluie

Samedi 25 octobre :

Harricourt : 8h30

Chemery sur Bar : 13h30

Gîte et couvert au gîte Chez Tante Aurore à Chemery sur Bar

Rien à manger le soir. Rien à manger le matin. Il me reste une clémentine et du panforte senese. Même pas de thé au gîte des castors à Harricourt. Dommage, il y a une bouilloire.

J’attends le jour et pars à 8h30. La balise du GR14 est facile à trouver à la sortie du village, au carrefour des routes départementales.

Très vite, le GR part à gauche, à travers champs, sur un plateau. Je vais plein Nord et me prends de face la pluie et le vent du Nord justement. Avant la pluie, je prends de belles photos. Ensuite, j’essaie juste de suivre le chemin secoué par le vent et la pluie. Le chemin va tout droit mais je perds tout de même le GR.

Je débouche au village de Sy à 12h30. Je vois une maison avec un porche sous lequel se trouve un banc abrité de la pluie et du vent. Les fenêtres sont ouvertes et une voiture est garée devant. La maison est donc habitée. Je sonne à la porte et une Dame vient m’ouvrir. Mon ange gardien m’a mené ici.

La Dame de Sy prend pitié de moi, déplace le banc, m’amène une couverture, un carton et du thé chaud avec du sucre. Elle s’excuse de ne pouvoir me recevoir chez elle mais je suis trop sale et trempé pour entrer. Une fois mon pique-nique terminé, elle me dit qu’elle va à Chemery sur Bar faire du repassage chez un particulier et qu’elle peut m’emmener en voiture. Son mari est parti en Bretagne voir leur fils Guillaume. Je m’appelle Guillaume et suis originaire de Bretagne.

Cela tombe bien. Mon gîte se trouve à Chemery sur Bar ce soir. J’accepte la proposition, mets mon sac à dos dans le coffre et moi sur le siège passager. La Dame de Sy aime son coin et me le fait visiter. Elle m’emmène admirer la Chartreuse de Mont Dieu (incendie le 2 novembre 2025. Je suis passé à temps) et la ferme fortifiée de Bar qui en dépendait. Elle m’emmène à Chemery sur Bar et me dépose devant le gîte Chez Tante Aurore à 13h30. Merci à Patricia, la Dame de Sy.

Devant le gite, j’appelle Monique, l’hôtesse qui m’ouvre sa porte. Superbe accueil. Je mets à sécher vêtements et chaussures. Elle finit d’installer ma chambre. Je me lave, me sèche, me change pendant que Monique part à une brocante.

Je garde la maison et en profite pour recevoir Laurent, un ami de Châlons en Champagne, de passage dans les Ardennes, sa terre natale. J’avais prévenu Monique. Nous prenons le thé à la cuisine pour ne pas salir et Laurent découvre avec délice le panforte senese.

Monique revient, nous discutons tous les 3 et Laurent repart voir ses cousins du coin.

Je me repose dans la chambre en regardant des photos des Ardennes dans des livres. Après cette marche, je comprends mieux pourquoi tant d’écrivains (William Shakespeare, Victor Hugo, Paul Verlaine, Arthur Rimbaud, Julien Gracq, André Dhotel), souvent enfants du pays, ont été fascinés par les Ardennes. La forêt des Ardennes aux couleurs d’automne, c’est magique.

Dîner au salon avec l’hôtesse. Le feu de bois ronronne dans la cheminée. Soupe de légumes du jardin, feuilles de vigne farcies maison, fromages, compote aux pommes du verger. Crème au chocolat avec le lait de la ferme d’en face. Cette soirée me rattrape largement de l’absence de dîner hier soir. En apéritif, un ratafia aux raisins de sa vigne fait par le vigneron du coin.

L’hôtesse est aussi marcheuse. Elle est allée seule à pied de Sens (Yonne, Bourgogne Franche Comté) où je suis passé sur mon chemin de Paris à Rome, au Grau du Roi dans le Gard, en Occitanie, où j’avais fini une randonnée en couple (la Voie Régordane) prolongée au-delà de Saint Gilles du Gard jusqu’à la Mer Méditerranée pour le bain final.

Bref, je suis chez une Dame de qualité. Une vraie hôtesse pour une vraie chambre d’hôtes.

La Meuse à Sedan

La Meuse à Sedan

Dimanche 26 octobre :

Chemery sur Bar : 8h45

Sedan : 14h30

L’Authentique charcutier à Wadelincourt (jambon et saucisson des Ardennes)

Dîner au restaurant Saveurs de l’Inde à Sedan

Château de Sedan, le plus grand château fort d'Europe.

TGV Inouï

Sedan : 20h53

Paris Est : 23h01

Exquis petit déjeuner au salon avec feu de cheminée. Tout est fait maison ou produit localement : confitures, yaourt, œufs sur le plat, jambon des Ardennes, miel de Meuse, pain du boulanger.

Comme cadeau de départ, j’ai droit à une reine claude séchée au four comme source de sucre rapide.

Je ne saurais trop recommander le gîte chez Tante Aurore à Chemery sur Bar (08) aux randonneurs du GR14, sentier des Ardennes.

Belle étape avec du soleil et du vent en forêt ou à travers champs. Très bien balisée sauf un poteau tombé à terre sur le plateau au dessus de Chemery sur Bar. Je l’ai remis en place dans le bon sens.

Halte pique-nique grâce à la table et aux bancs devant l’église de Bulson.  Passage devant le château de Rocan qui logea l’état major allemand en 1870, 1914 & 1940.

Au lieu dit la Marfée, au dessus de Sedan, cimetière militaire allemand avec drapeau français. Là, un panneau m’indique que je suis en zone de chasse un jour de chasse, le dimanche 26 octobre 2025. Passage interdit mais Sedan est visible à 2km, tout droit en bas. Je passe quand même sans voir ni entendre de chasseur.

J’arrive à la voie verte d’accès à Sedan. Juste devant le GR14, à Wadelincourt, se trouve l’authentique charcutier Ponsart. Fermeture à 12h30 le dimanche selon le panneau. Il est 14h et c’est ouvert. La patronne m’a repéré et m’invite à entrer. Je fais le plein de jambon et de saucisson des Ardennes pour le ramener à Paris. Je me fais chauffer un pâté croûte que j’emmène et mange devant la Meuse qui mène à Sedan. La canne d’Arthur est un saucisson à l’absinthe qui rend hommage à Arthur Rimbaud, fils des Ardennes.

Arrivée en ville par le pont sur la Meuse. A gauche, la gare où je prendrai le train pour Paris Est ce soir. A droite, la ville .

Je vais à droite pour visiter le château de Sedan, le plus grand château fort d’Europe.

Billet à 14€ au lieu de 12€ car il faut payer les décorations d’Halloween en prime. Le château est devenu un gigantesque parc d’attractions. Histoire et géographie ont disparu au profit du divertissement. Les enfants s’amusent mais ne découvrent, n’apprennent rien. J’abrège la visite tant ce business made in USA m’agace. C’est bon pour le tiroir caisse et mauvais pour la culture générale.

En ville, je trouve un marchand de fruits et légumes qui fait des smoothies délicieux. Je recommande Erciyes Primeurs à Sedan. J’ai commandé, payé et savouré.

Je tourne en ville pour trouver un restaurant ouvert à Sedan le dimanche soir. Tous les restaurants français et ardennais sont fermés. Dans une rue, le restaurant africain et le restaurant indien sont ouverts, eux. Je vais dîner chez l’Indien. Réconfort après l’effort. Biriani agneau, lassi rose, naan fromage et glace kulfi. Thé indien offert. Par contre, il n’y a plus de graines servies en fin de repas pour digérer et soigner l’haleine.

25mn de marche jusqu’à la gare pour digérer. Attente du TGV qui est à l’heure et ne va guère à grande vitesse (arrêts à Charleville-Mezières, Rethel & Reims). Arrivée à Paris Est à l’heure prévue, 23h01.

J’ai oublié ma casquette dans le train à Paris Est, ai perdu en chemin un cache cou et une bande fluorescente de sécurité routière. Rien de grave.

Excellent accueil tout du long sauf au gîte des Castors à Harricourt où il n’y a pas d’accueil du tout.

Des jours entiers de marche sans croiser un être humain de la journée sur le sentier, c'est le privilège du Grand Est en automne. Marcher sur un tapis de feuilles mortes, c'est magnifique et confortable mais cela ralentit, surtout avec de la boue. Il faut en tenir compte dans le temps de marche. Je l'ai appris sur place.

J'étais bien équipé. Grosses chaussures de marche, allemandes, lourdes, solides, qui ont gardé mes pieds au chaud et au sec. Pantalon de pluie et blouson imperméable coupe vent. Equipement indispensable pour marcher l'automne en forêt dans le Grand Est.

J’ai compris pourquoi la forêt des Ardennes a inspiré tant d’écrivains. A l’automne, c’est une symphonie de couleurs entre vert, rouge, brun et jaune. Même sous la pluie et le vent, c’est magique.

La magie se poursuit jusqu’en Allemagne avec le GR14 en Belgique à travers l’Ardenne (Ardennes en France, Ardenne en Belgique) puis en Allemagne avec le parc national de l’Eifel.

 

En extrait audio, au dessus de cet article, " A forest " (The Cure) joué en trio acoustique par Pierrick Pédron (saxophone alto) sur son album Kubic's Cure (2014).

La vidéo  sous cet article rend hommage à James Reese Europe (1880-1919), compositeur et chef d'orchestre des Harlem Hell Fighters, surnom du 369e régiment d'infanterie de l'US Army, issu de la Garde Nationale de New York, le seul régiment noir de l'armée du général John Pershing en 1918. Sous commandement français au combat puisque l'armée américaine était alors uniquement blanche.

Le premier concert de Jazz en France eut lieu à Nantes, au théâtre Graslin, le 12 février 1918, suite au débarquement des troupes américaines. Avec cet orchestre. Le 369e R.I est le régiment américain le plus décoré de la Première Guerre mondiale, tant par les Américains que par les Français. Le régiment a reçu la Croix de Guerre, plus haute distinction militaire de la République française. Cf l'étape du jeudi 23 octobre à Varennes en Argonne avec le Pennsylvania Monument.

Château de Sedan

Château de Sedan

De Paris à la Belgique. A la recherche du Sentier des Ardennes. IIIe partie. Le sentier retrouvé. Vitry le François - Sedan.

Les photographies de cette chronique furent prises en chemin par l'Excellent Guillaume Lagrée. Toute utilisation de ces oeuvres sans autorisation de leur auteur constituent une violation du Code de la propriété intellectuelle passible de sanctions civiles et pénales.

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Paris Rome VIIIe Partie. En Italie de Pavie à Lucques. Le passage des Apennins.

21 Juin 2025 , Rédigé par Guillaume Lagrée

Quittez les grandes routes. Prenez les sentiers. Friedrich Nietzsche

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Paris - Rome VIIIe partie

Omnes viae  Romam perducunt

En Italie de Pavie à Lucques

De la Lombardie à la Toscane

Le passage des Apennins

 

Mardi 3 - mercredi 18 juin 2025

15 jours de marche

Guide officiel & guide officieux (pour le trajet)

Guida Verde Via Francigena del Touring Club italiano

(pour le tourisme et la gastronomie en chemin)

BD Bona Via de Valerio Barchi (in italiano).

Pour comparer mes souvenirs de la Via Francigena avec ceux de l'auteur.

 

 

 

Chartreuse de Pavie

Chartreuse de Pavie

Mardi 3 juin : Milan – Pavie – Santa  Cristina a Bissone

28km. 7h de trajet prévu.

Logement à la paroisse de Santa Cristina a Bissone. Don libre.

Dîner à la pizzeria A Vucciria de Santa Cristina a Bissone.

En mai 2024, j'avais fini le trajet à Pavie et vu la Chartreuse de Pavie depuis le train régional Lombardie Pavie - Milan.

En juin 2025, je commence le chemin par une journée de tourisme avec la visite de la Chartreuse de Pavie où François Ier, Roi de France qui unit la Bretagne à la France en 1532, fut fait prisonnier des armées de Charles Quint suite au Désastre de Pavie (24 février 1525).

Départ en train de la gare de Milano Centrale. J’ai démoli mon chargeur de portable dans la nuit à l’hôtel à Milan. Achat en gare dès l’ouverture. Ensuite, achat du billet Trenord (train régional Lombardie) pour la destination Certosa di Pavia. Pas de problème pour acheter le billet au distributeur dédié mais rien n’est indiqué dessus. Je ne comprends rien en lisant les écrans de départ (partenze). A force de demander à des agents de service, j’en trouve deux de Trenord qui fument en gare et m’indiquent de prendre le train pour Milano Roverego puis de changer pour Pavia et de descendre à l’arrêt Certosa di Pavia.

Pas de problème pour changer de train. Les trains régionaux de Lombardie sont d’une modernité et d’une propreté qui fait envie au voyageur français habitué aux TER et RER (Ile de France). De la gare à la Chartreuse, il n’y a qu’à suivre la piste cyclable. J’arrive à la Chartreuse à 11h35 alors qu’elle est fermée de 11h30 à 14h30. Pause méridienne. Pique-nique sur un banc avec poubelle puis sieste à l’ombre d’un chêne qui me protège alternativement du soleil et d’une bruine fine.

J’émerge à 14h30 et rejoint un groupe de visiteurs français et italiens. Entrée libre avec ticket pour les statistiques de fréquentation. Ensuite, il faut attendre l’arrivée du moine guide. Cest un moine vedette de la télévision italienne Don Domenico de Stradis (émission de cuisine sur Canale 28). Il ne parle qu’en italien et vite, d’abord de cuisine, puis de la chartreuse de Pavie.

Comme tous les étrangers et tous ceux qui voulaient échapper à l’emprise de ce moine (personnage antipathique à mes yeux), j’ai vite cessé de le suivre pour visiter moi-même cette merveille gothique et Renaissance (fin XVe – fin XVIe siècle). Je note une plaque indiquant que le gisant de 1497 – 1499 a été réalisé par un sculpteur né en 1483 & mort en 1525. Un enfant de 14 ans auquel on confie le tombeau d’un duc & d’une duchesse, je n’y crois pas. Je n’ai vu aucune mention de François Ier dans l’édifice.

Ensuite, je reprends le train pour Pavie car je ne peux acheter un billet pour Santa Caterina a Bissone. Attention aux quais en gare de Certosa di Pavia. Rester sur le quai 1 plus large même si votre train est annoncé sur le quai 2. N’accéder au quai 2 qu’après l’annonce vous y invitant.

A Pavie, un seul distributeur automatique Trenord fonctionne et je ne réussis pas à acheter mon billet. Le guichet est fermé pour cause de panne d’électricité. Heureusement, la marchande de journaux vend aussi des billets de train régionaux. J’ai donc un billet en règle ce qui m’a permis de passer le contrôle dans le train. Un agent m’indique le quai bien caché. Un voyageur me précise que c’est le bon train car rien n’est indiqué ni sur le quai ni sur le train. Par contre, dans le train, écrans ultra modernes et annonces très claires des arrêts tant au son qu’à l’image.

Je descends à l’arrêt en pleine campagne (28km de marche en plaine sans ombre, aucun regret d’avoir pris le train), me dirige vers l’église visible de loin par son clocher et tombe sur l’accueil paroissial guidé par un couple d’Anciens qui a repéré mon sac à dos et mes bâtons de marche.

Je sonne. Un vieux prêtre italien m’ouvre et me guide pour un dortoir que je partage avec Geert, un Belge flamand de 73 ans qui parle français. Il est arrivé à pied de Pavie à 16h, a déjà mangé à 18h30. Je me débrouillerai avec les pizzerias du coin.

Douche commune qui ferme mal mais avec de l’eau chaude. Machine à laver & lessive mais j’arrive trop tard. Je le ferai demain.

J’ai repéré deux restaurants pizzerias. Les deux sont fermés. Un temporairement avec le rideau de fer. Le deuxième définitivement avec un panneau indicateur pour seul reste. Heureusement, la pizzeria A Vucciria est ouverte. Pizza Sfaccione à 7€ + tiramisu au café + bouteille d’eau gazeuse. 14€ le dîner. Venant de Paris, c’est un choc de manger aussi bien pour aussi peu cher.

J’ai trouvé au gîte un livre très intéressant sur la naissance de la République italienne (1946 – 1948). Si intéressant que je l’ai emporté dans mon sac à dos et déposé, une fois fini, dans un autre gîte, quelques jours plus tard.

Cabinet de Maître Antonio Procaccini, château de Chignolo del Po, Lombardie, Italie.

Cabinet de Maître Antonio Procaccini, château de Chignolo del Po, Lombardie, Italie.

Mercredi 4 juin 2025 :

Santa Caterina e Bissone – Orio Litta.

16km. 4h de trajet prévu.

Départ : 6h15

Arrivée : 11h30

Gîte pour pèlerins de la Grange Bénédictine à Orio Litta.

Dîner au Bar Sport d’Orio Litta.

Journée chaude en perspective et rien à manger au gîte paroissial. Geert et moi faisons la même étape aujourd’hui. Nous sommes d’accord pour partir ensemble dès l’aube.

A deux dans un dortoir pour cinq, nous dormons paisiblement. Réveil à 5h30. Geert a ses provisions pour le petit déjeuner. Moi, non. Je pars donc le premier à 6h15. Chemin bien balisé jusqu’à la gare de Santa Cristina e Bissone par laquelle je suis arrivé hier soir. Après le passage à niveau, chemin à droite bien balisé jusqu'à un embranchement. Là, plus rien. J’ai retenu qu’en suivant le long de la voie de chemin de fer (pas dessus !) je dois arriver à Mondarolo qui se trouve sur mon chemin.

C’est bien cela mais le long des champs dans les hautes herbes. Je vois le panneau Mondarolo sur la voie de chemin de fer, arrive au village, retrouve la balise de la Via Francigena (un trait horizontal, un trait horizontal rouge comme le drapeau de la Pologne et la marque des GR en France), me pose sur un banc pour manger des fruits secs et boire de l’eau. Je vois arriver Geert qui a suivi le chemin officiel plus facile mais plus long que le mien.

Nous suivons désormais la Via Francigena de village en village sans café ouvert. A Lambrinia, un café ouvert mais qui ne sert qu’à boire, pas à manger. La patronne m’en indique un à la sortie du bourg qui fait à boire et à manger. A un marchand ambulant, j’achète 4 oranges pour 3€. Des fruits frais qui ne s’écraseront pas dans le sac mais m’offriront jus, sucre et vitamine C. Je retrouve Geert et nous nous séparons au café.

Je me fais servir un citron pressé, un thé chaud avec tranche de citron (usage italien que je recommande) et une fougasse (foccacia) au jambon cru. Il ne me reste que 2km à faire mais il est 10h. J’ai faim et soif. Arrêt efficace. Une petite chienne me regarde d’un air pitoyable pour que je lui offre du jambon. Excellente actrice mais je résiste à son numéro de charme. La patronne du bar m’explique qu’elle appartient à une voisine et fait sa promenade toute seule.

J’arrive à Orio Litta sans difficulté. Un Ancien me hèle de son jardin et m’indique où trouver l’hôtel pour pèlerins et le bar qu’il fréquente (bar des sports à gauche de la place). Je lui demande un tournevis cruciforme (cacciavite a stella) pour resserrer mes bâtons de marche. Il m’amène sa trousse à outils avec 4 tournevis cruciformes et un verre d’eau gazeuse fraîche. Franco est très hospitalier envers les pèlerins. Il me présente un ami de passage. Il a une belle collection de bâtons de marche en bois car il va aux champignons.

La Grange bénédictine est encore fermée. Je vais donc boire un verre au bar des sports comme cela m’a été recommandé. Je dispose de 3 numéros de téléphone pour le gîte. Aucun ne fonctionne. Franco vient prendre son apéritif. Je lui explique ma situation. Il va chercher la patronne du gîte qui vient me rejoindre et m’ouvrir.

Franco était le directeur commercial de la plus grande fabrique de peintures pour voitures en Italie, filiale d’un groupe américain. 93M€ de chiffre d’affaires. 250 employés. En retraite depuis 10 ans après 42 ans de travail. Il a beaucoup voyagé mais pas en France à part Paris et la Tour Eiffel.

La Grange Bénédictine est immense. Je choisis une chambre à deux lits à l’étage. Première lessive avec machine à laver et lessive fournie. Je laisse 4€ de participation. Séchage dehors au soleil et au vent. Pique-nique sur place. Je dînerai au bar des sports ce soir. Geert est arrivé avant moi et est déjà installé.

Le jeune couple de Suisses allemands croisé hier à Santa Caterina e Bissone (au gîte et à la pizzeria) nous rejoint vers 13h. Dîner au bar des sports avec Geert qui me l’a proposé. Tortellini alla ricotta e spinachi + salade mixte (insalata mista) + glace fraise & mangue + bouteille d’eau minérale. 16€/personne. Pour un Parisien, le prix est un choc. Pour un Belge aussi.

Geert a 5 enfants et 10 petits-enfants. Son épouse n’aime ni la marche, ni les voyages. Lui adore les deux. Depuis 1992, il marche seul ou avec ses enfants et petits-enfants (l’aîné des petits-enfants a 22 ans) mais jamais avec son épouse. Elle l’attend à la maison et il finit toujours par revenir.

Un ballon s'élève au dessus du Po

Un ballon s'élève au dessus du Po

Jeudi 5 juin : Orio Litta – Piacenza

22km. 5h30 de trajet prévu.

Pas noté mes heures de départ ( 6h45?) et d'arrivée (13h?)

Passage de la Lombardie à l'Emilie Romagne.

Passage en bateau du Pô. Transitum Padi.

Déjeuner au restaurant Osvaldo à Piacenza.

Dîner au restaurant de la piazza dei cavalli à Piacenza

Logement au gite pour pèlerins Ostello del Teatro à Piacenza.

 

Lever avec le soleil avant 6h. Il y a de quoi prendre un petit déjeuner au gîte mais je suis motivé pour partir. Pas le premier car Geert est parti avant moi. Il ne supporte pas l’instabilité du sol (bateau, ascenseur, avion). Il fait seul le chemin long à pied. Pour ma part, je vais franchir le Po en bateau comme l’évêque anglais Sigeric en son temps. C’est le troisième rite de passage sur la Via Francigena après la Manche entre Douvres & Calais d'Angleterre en France & les Alpes au Grand Saint Bernard (2473m) pour passer de Suisse en Italie.

Je mets du temps à trouver les signes de la Via Francigena en sortant. Pas réveillé. Je suis le chemin jusqu’à l’embarcadère sur le Po. Arrivée à 8h alors que le bateau est prévu pour 9h. Je suis rejoint à 8h30 par Simon et Gina le couple de trentenaires suisses qui me suit depuis Santa Caterina e Bissone. Nous sommes 3 à prendre le bateau.

Je ramasse les déchets qui trainent par terre et les rassemble auprès des sacs poubelle qui débordent. Pour me remercier, Simon & Gina m’offrent des fraises achetées au marché d’Orio Litta ce matin. Désinfection des mains au gel hydro alcoolique, réflexe acquis depuis la crise COVID en 2020. Délicieuses fraises. Heureux hasard, un ballon dirigeable s’envole au-dessus de nous. Les aéronautes nous saluent et nous leur répondons.

Le bateau arrive à 8h55. Départ à 9h. Pile à l’heure. Une barque à moteur sans gilet de sauvetage. Pas proposé en tout cas. Capitaine septuagénaire, bronzé, souriant, accueillant, qui nous fait traverser le fleuve pour passer en Emilie Romagne, nous fait signer un registre de passage, timbre notre crédence de pèlerin, nous offre un verre de San Colombano (Saint irlandais prêcheur et voyageur arrivé en bateau en Bretagne à Saint Coulomb) et un panino al prosciutto crudo. Franco voit le monde venir à lui grâce à la Via Francigena.

Entrée en Emilie Romagne la terre natale de Giuseppe Verdi, le cygne de Busseto (province de Parme). Cf vidéo sous cette chronique.

Il fait chaud. Il faut poursuivre le chemin. A 10h30, adieux émus et nous repartons tous les 3. Le couple suisse s’arrête au premier café alors que je poursuis et m’arrête au deuxième café. A un carrefour. Incrociato. La patronne est la Reine du lieu. Elle parle fort, chante fort et faux mais avec joie. Elle règne en souveraine dans son café et personne ne conteste son empire. Thé chaud avec rondelles de citron (usage italien délicieux) et deux croissants fourrés à la confiture d’abricot.

Je marche le long des routes pour arriver à Piacenza. Autant le passage du Po en bateau était un paradis, autant cette marche sur le bitume en Emilie Romagne est un purgatoire. A la fin, c’est le long de la route nationale (strada statale) mais sur une piste cyclable bien protégée.

Je renonce à trouver la cathédrale de Piacenza pour faire valider ma crédence et m’arrête déjeuner au restaurant Osvaldo. Délicieuses pâtes, délicieux semi freddo all’amaretto e meringa (dessert glacé).

Le patron du restaurant m’indique le chemin pour la cathédrale. J’y arrive pour 14h30 alors que la cathédrale est fermée jusqu’à 15h30.

Bêtement, je vais au théâtre municipal. Aucun ostello del teatro dans les parages. Pas de connexion Internet même en données mobiles donc pas de plan. J’appelle l’ostello. Un homme me répond et m’explique à quel point je me suis fourvoyé. De beaucoup. Il s’agit d’un autre théâtre, privé. J’aurais dû vérifier sur Internet avant. A force d’appels et d’explications, je finis par trouver mon hôtel pour pèlerins. Qui m’ouvre la porte ? Le couple suisse arrivé avant moi.

Dortoir et sanitaires collectifs. Machine à laver mais je lave mon linge à la main cette fois. Le patron doit arriver pour 16h30. Il arrive à l’heure. Il possède un théâtre voisin et cet hôtel , le seul site laïc dédié à l'accueil des pèlerins sur toute la Via Francigena. D'après lui. Je n'ai pas vérifié mais c'est possible. Discussion sur l’art de la scène (théâtre et musique). Il ne va pas au concert car il est très souvent au théâtre. Je ne vais pas au théâtre car je suis très souvent au concert.

Dîner exquis au restaurant de la piazza dei cavalli. Lasagnes au ragoût de la mer. Torta locale aux noisettes. Verre de vin blanc local.

Sur mon conseil, le couple suisse est allé au restaurant Osvaldo. Ils ont apprécié l’agneau.

Dortoir collectif. Deux jeunes Italiens rentrent tard et bavardent dans la cour à 3h du matin. Ca me réveille. Je me lève, sors les engueuler en italien. Ca fonctionne. Ils se taisent direct et vont se coucher sans bruit.

Rue de Fiorenzuola

Rue de Fiorenzuola

Vendredi 6 juin : Piacenza – Fiorenzuola.

32km. 8h de trajet prévu.

Etape en train. Journée de repos.

Dîner au restaurant Il Borgo à Fiorenzuola

Gîte paroissial pour pèlerins à Fiorenzuola.

Réveil à 6h30. Je prépare mes affaires et salue de la main la Suissesse alors que son chéri dort. Ils ont fini de marcher et rentrent à Berne. Je vais vers la gare que je trouve facilement puis vers le centre-ville où je trouve un bar avant la piazza del Duomo. Délicieux petit déjeuner avec thé aux tranches de citron, orange pressée (spremuta d’arancia), panino au speck. Je visite la cathédrale et fais tamponner ma crédence au timbre de l’évêque de Piacenza. Marché sur la place du Duomo. J’achète deux panini, du fromage (cacciota di capra) et un savon au miel chez un apiculteur.

Après la visite, retour vers la gare. Par le jardin public Margherita (1893) dédiée à la Reine Marguerite de Savoie (celle à qui fut dédiée la pizza Margherita aux 3 couleurs du drapeau italien : vert du basilic, blanc de la mozzarella, rouge de la tomate). Très joli jardin mais enlaidi par les déchets, les inscriptions et les mégots.

A la gare, Fiorenzuola est la première étape du train pour Ancône. Je voyage avec une randonneuse allemande de mon âge, Hélène. A Fiorenzuola, elle poursuit à pied pour Fidanza où je serai demain. Arrêt au café où elle m’offre une bouteille d’eau gazeuse. En échange, je lui offre du fromage pour son pique-nique. Nous nous séparons en bons termes.

Je trouve la jolie église gothique lombarde dédiée à Saint Florent de Tours et l’accueil paroissial. Je mange assis sur les marches de l’église car les bancs de la place sont au soleil.

A peine fini, je vois arriver Geert, le Belge perdu de vue depuis Orio Litta. Il a fait l’étape à pied et dort au même endroit que moi. Nous nous installons, sommes bien accueillis et faisons lessive commune.

J’ai oublié ma boite à savons à Piacenza. J’ai bien fait d’y acheter du savon au marché ce matin. J’ai encore du savon de Marseille Marius Fabre, cadeau d’un ami, pour laver le linge.

J'ai cru avoir perdu mon Opinel de Savoie mais il est au réfrigérateur avec le fromage.

Dîner avec Geert au restaurant Il Borgo proche de l’église. -10% pour les pèlerins sur présentation de la crédence. 20€/personne avec tagliatelle alla bolognese (nous sommes en Emilie Romagne), bouteille d’eau minérale San Bernardo et délicieux nougat glacé. J’ai payé le gîte (15€/personne). Geert a payé le repas. Je pense l'avoir remboursé des 5€ de différence.

Frise des pèlerins vers Rome. Cathédrale de Fidenza.

Frise des pèlerins vers Rome. Cathédrale de Fidenza.

Samedi 7 juin : Fiorenzuola – Fidenza

22.3km. 5h30 de trajet prévu.

Départ : 6h50

Arrivée : 11h30

Gîte paroissial de Fidenza

Dîner à l’Hosteria  numero 1000 de Fidenza.

Nous sommes réveillés à l’aube. Geert a de quoi faire un petit déjeuner. Pas moi. Je discute avec deux jeunes sœurs allemandes (des triplées. Je n’ai pas demandé de nouvelles de la 3e). En français. Le diplôme est passé. L’année universitaire reprend en octobre. Comme elles ont le temps, elles ont décidé d’aller à pied de Rome à Hanovre, leur ville. Elles quitteront la Via Francigena à Pavie d’où je suis parti cette année. J’espère qu’Hannah et Linda ont fait bon chemin.

Geert et moi marchons à la fraîche jusqu’à l’abbaye de Chiaravalle della Colomba, d’inspiration bourguignonne (Chiaravalle comme Clairval ou Clairvaux en français). Nous sommes seuls dans l’église. Nous testons l’écho et chantons. Des chants religieux bien sûr. Trop tôt pour visiter le cloître.

Je fais une pause colazione avant l’abbaye : thé chaud avec tranche de citron, orange pressée, croissant fourré à la confiture d’abricot, panino jambon cuit et fromage. Impeccable. Je repars d’attaque marcher en plein soleil, en bord de route avec une ombre rare.

Pause café à 9h30 pour la recharge en sucre et sels minéraux avec le soda noir américain.

A Bastella, le dernier village avant Fidenza, repos à l’ombre du porche d’un centre sportif catholique, avec bancs et table. Je fais le tour du bâtiment. Le bar est ouvert. L’Ancien qui tient le bar m’offre deux bouteilles d’eau minérale plate, pour les pèlerins. Geert et moi les buvons aussitôt puis je les ramène au bar pour le tri sélectif.

Arrivée à Fidenza. Nous trouvons le gîte pour pèlerins et Geert, qui a accès à Internet, lui, peut accéder au QR Code qui ouvre la maison. C’est bien adapté mais la machine à laver est en panne. Nous lavons à la main et devons sécher le linge dans la buanderie car les riverains ne supportent pas le linge qui sèche dehors au soleil et au vent. Tout se perd en Italie !

Geert n’a jamais reçu de réponse à sa demande de logement à l’hôtel de la Cisa, avant le col qui sépare l’Emilie Romagne de la Toscane. J’y ai ma place réservée et c’est le seul logement à des kilomètres. Ni l’hôtel, ni l’office de tourisme de Berceto ne répondent au téléphone. En appelant, je comprends au message en italien que l’office de tourisme sera ouvert lundi matin. Je dis donc à Geert de rappeler lundi.

A force d’aider Geert, de me laver et de laver mon linge, le temps passe. Je sors en ville alors que tout est fermé. A 14h30. La cathédrale est en travaux remplie d’échafaudages. C’est bien pour elle mais, pour le visiteur, à part la crypte, il n’y a rien à voir.

Je finis par trouver une focacceria ouverte. Foccacia au jambon cru et à la stracciatella (le fromage, pas le parfum de glace). Pour le dessert, gelateria (glacier). Cône pistache de Bronte (Sicile) & café. Exquis. Achat de timbres pour la France mais pas encore de cartes postales.

Je rentre faire la sieste et je trouve Geert qui revient d’1h à l’office de tourisme local. L’hôtel de la Cisa est bien ouvert mais, comme la patronne est malade, elle ne répond pas au téléphone. Il devrait y avoir de la place. Peu de pèlerins comme Geert et moi le constatons.

Dîner à l’Hosteria numero 1000 face à la cathédrale. Excellent. Ravioli au taleggio (fromage local) & lambrusco (vin d’Emilie Romagne) avec asperges et pancetta grillée. Salade mixte pour digérer. En dessert, cremoso al caffè.

Sur la façade de la cathédrale de Fidenza, les pèlerins marchent vers Rome. Nous aussi quelques siècles plus tard. D’ailleurs, la Via Francigena passe toujours devant cette cathédrale et ces frises. C'est émouvant de suivre le même chemin, dans la même direction que des hommes d'il y a 800 ans.

Jardin du B&B Ostria Vento à Medesano

Jardin du B&B Ostria Vento à Medesano

Dimanche 8 juin : Fidenza – Medesano

22.5km. 5h30 de trajet prévu.

Départ à 5h20

Arrivée à 13h30

Gîte et couvert au B&B Ostria Vento à Medesano chez la Bonne Hôtesse Maria Bona.

 

L’étape prévue par le guide est de 34km. Je l’ai divisée en 2 : 22.5km aujourd’hui, 11.5km demain. Geert est un puriste. Il fait l’étape prévue et part à 4h50. Nous nous tapons dans les mains et nous souhaitons un Buon cammino. J’ai toute confiance en Geert pour arriver à Rome et revenir ensuite en Belgique au domicile conjugal.

Je pars seul à 5h30. Sans mon Belge, poisson pilote, je me perds. Je perds le chemin dès la sortie de la ville. Aucun Internet mobile depuis mon arrivée en Italie. Merci Orange. Je demande mon chemin à des promeneurs et travailleurs du dimanche matin. Les indications sont confuses et contradictoires.

Je reviens sur mes pas, retourne en ville, demande la via Antonio Gramsci indiquée dans le guide, me la fait indiquer (pas écrit sur les murs. Trop simple). J’ai perdu plus d’une heure mais j’ai retrouvé mon chemin.

Ca sort en campagne par un joli chemin de terre entre les oliviers qui mène à une église avec l’installation pour une fête médiévale autour. Je traverse une route, prend un chemin de terre et trouve enfin une montée, de l’air et de l’espace. Il fait moins chaud qu’en plaine. Le soleil cogne moins fort et je respire mieux.

La campagne romagnole est riche. Superbes fermes et belles voitures en chemin. A l’église, pour la messe d’enterrement, le corbillard est un break Maserati. Mazette !

Sur la Via Francigena, il y a le chemin pour vélo en blanc et bleu et le chemin pour piétons en blanc et rouge. Parfois, ils se confondent. Parfois, ils se séparent. Ici, sur un plateau, le chemin pour vélo continue tout droit sur la route alors que le chemin pour piétons se poursuit à droite par un chemin de terre. Piège.  Arrivé en bas à la route nationale, je ne vois aucune balise du sentier mais ma carte routière Michelin et les panneaux routiers m’indiquent de prendre à gauche pour Medesano.

Je commence à avoir chaud et soif. Je vois un Ancien sortir de sa maison torse nu. Plus de 80 ans, pas de lunettes, pas de canne, pas de ventre, l’esprit clair. Il m’indique de poursuivre le long de la route dans la même direction, de serrer à droite au prochain virage, de prendre à droite au rond-point sur la Via Emilia, voie romaine devenue aujourd’hui route nationale (celle qui a donné son nom à l’Emilie Romagne). Une nouvelle trace de Rome et de son Empire.

Je lui demande de l’eau. Il m’apporte une bouteille d’eau minérale plate (naturale) sortie du réfrigérateur. Je remplis ma gourde et bois goulument le reste de la bouteille. Bevi con calma me dit l’Ancien, à raison. Merci à cet homme. J’espère vieillir aussi bien que lui. Son eau fraîche me fit grand bien et ses indications étaient précises.

J’entre dans Medesano et trouve un bar des sports tenu par un Chinois, comme à Paris. Soda noir américain et foccacia moins bonne quelle celles préparées par des Italiens.

J’appelle la patronne de mon B&B, Ostria Vento, la Signora Maria Bona. Una donna per bene comme disent les Italiens. Belle d’apparence et par essence.

Elle me demande où je suis. Je sors du bar pour lire le nom et elle me répond : Vi vedo ! Effectivement, elle me voit puisque sa voiture est dans la rue. Elle part faire des courses et revient plus tard me chercher au bar. Je ne bouge pas jusqu’à ce qu’elle vienne me chercher et m’emmener dans son Paradis.

Maison immense, jardin immense. Tout est ordonné malgré une profusion d’objets de brocante tous choisis avec soin et goût. Un gros chien noir, Dago, très gentil. Pas vu d’homme ou d’enfant. La Signora Bona règne en maîtresse femme chez elle.

Je lave mon linge à la main pour m’épargner les 10€ de la machine à laver, à la fontaine, dans un bac en béton dehors. Je fais sécher sur le fil du jardin, au soleil et au vent, cette lessive et celle d’hier à Fidanza qui n’a pu finir de sécher dans la buanderie.

Je lui demande ensuite si je peux voir la finale messieurs des Internationaux de France de tennis de Roland Garros entre l’Italien Jannik Sinner et l’Espagnol Carlos Alcaraz. C’est la première finale de tournoi de Grand Chelem entre les actuels n°1 & n°2 mondial.

Comme moi, la Signora Bona n’a pas de télévision chez elle. Elle m’emmène en voiture chercher un bar qui diffuser le match. Chou blanc jusqu’à ce que lui vienne l’idée d’une locanda amie en campagne. La Locanda del Corridore à Felegara. Ils diffusent. Sur grand écran. Avec bar et restaurant.

J’arrive à 15h35 alors que le match a commencé depuis 5 mn. Match historique. La plus longue finale de l’histoire de Roland Garros dans l’ère Open, soit depuis 1968. 5h29. Victoire de l’Espagnol Alcaraz 3 sets à 2 après avoir perdu les deux premiers sets et sauvé 3 balles de match sur son service dans le 4e set.

Ambiance tendue pour les spectateurs italiens qui acceptent la défaite de leur champion avec fair play. J'ai dit au serveur que je soutenais Sinner ce qui était vrai en plus. Je savoure une orange pressée avec du sirop de sucre pour pouvoir doser précisément le sucre que j'ajoute dans mon jus de fruit. C'est la première fois que ce service m'est rendu. Il est très appréciable.

La Signora Bona vient me chercher alors que le couple d’Allemands logé au B&B a mangé. Je ne pouvais pas les faire attendre pour une partie sans fin prévisible.

Dîner somptueux au salon du jardin préparé par l’hôtesse. Je ne sais pas vraiment ce que j’ai mangé mais que c’était bon, nom de Zeus !

Crème d’aubergines ? Variation sur la betterave et mayonnaise maison. Soupe froide aux fèves et à l’huile d’olive. Pilons de poulet marinés et grillés et salade verte. Ni fromage ni dessert mais la Signora Bona est allée me cueillir des mûres au jardin. Gelsi très différentes des mûres de France.

Le petit déjeuner est dressé sur la table du salon. Je peux le prendre à n’importe quelle heure. Pratique pour un randonneur. Sommeil de plomb jusqu’à 5h.

J’ai oublié ma serviette de bains, ultralégère, en microfibres, au gîte de Piacenza. La bonne hôtesse m’en offre une. Je l’ai gardé précieusement. Elle me fut fort utile le reste du chemin. Elle est désormais propre, sèche, pliée et rangée chez moi à Paris.

Quand je partirai de nouveau sac au dos, j’emmènerai avec moi ce souvenir de la bonne hôtesse de Medesano en Italie, la Signora Maria Bona. 100€ pour le dîner, la nuit et le petit déjeuner sans compter le transport en voiture et la serviette de bain offerte, ce n’est pas cher payé étant donné la qualité du lieu, de l’accueil et des mets.

Monts Apennins vus du Taro

Monts Apennins vus du Taro

Lundi 9 juin : Medesano – Fornovo del Taro

11.5km. 3h de trajet prévu.

Départ à 6h50

Arrivée à 11h30

Gîte et couvert à la Locanda Al Ponte à Fornovo di Taro

Etape courte et facile. C’est voulu avant d’attaquer les Monts Apennins, nouvel obstacle à franchir sur le chemin de Paris à Rome, après le Jura et les Alpes.

Je prends mon temps pour savourer le somptueux petit déjeuner et part à 6h50.

La maison est en campagne mais à deux pas de la ville. 500m à droite et je retrouve le rond point par lequel je suis arrivé hier à Medesano.

Le chemin est bien balisé. Je suis la strada statale 357, bâtie sur la Via Emilia, par le trottoir puis la piste cyclable. Simple mais ennuyeux. Enfin, le chemin tourne à droite sur une route de campagne. Il n’y a plus personne et la vue sur les Apennins est magnifique.

Arrivée tranquille à Felegara où j’achète des panini francescani (hommage à Saint François d’Assise, grand marcheur devant l’Eternel. En Italie, partir pour un long voyage à pied se dit Prendere il cavallo di San Francesco. Prendre le cheval de Saint François), chauds sortis du four. J'étais à Felegara hier après-midi pour voire cette finale historique de Roland Garros.

Ensuite, je perds la trace de la Via Francigena et suit la route nationale au risque des voitures et des camions. A Romiola, je retrouve la trace et la piste cyclable qui me permet de passer le pont au -dessus du fleuve Taro (bien bas. Lit très large mais un débit de ruisseau).  Du pont, belle vue sur les Apennins et la ville de Fornovo di Taro.

Je monte à l’église. Personne pour la crédence et l’office de tourisme est fermé le lundi. Renseignements pris à la marchande de journaux, très gentille mais peu encourageante. Cependant, je trouve ouvert le local de l’ACLI (Associazione Cristiana dei Lavoratori Italiani) et fait tamponner ma crédence.

J’achète du saucisson local et la cacciata di mucca (fromage de vache)  à la salumeria (charcuterie). Production maison. Achat d'oranges de Grèce au supermarché pour la réserve de jus, de sucre et de vitamine C. Et de prunes séchées italiennes différentes des pruneaux français. Energétiques et délicieuses.

J’appelle le gîte. Pas de réponse. Je reviens au local de l’ACLI et la dame du comptoir appelle son réseau local de renseignements (la mère de la patronne du gîte, si j’ai bien compris). Ma réservation existe, la patronne du gîte est sortie faire des courses, je peux monter au B&B de la Vecchia Quercia (Vieux Chêne).

Je reprends la Via Francigena en montée pour sortir de la ville quand je reçois un appel de la patronne. Erreur de sa part. Elle m’a prévu pour le mardi 10 juin alors que j’arrive lundi 9 juin. Elle ne peut m’accueillir. Je ne discuterai pas avec Astrid et Jurgen , le couple allemand du gîte d’hier, au gîte de ce soir.

La patronne a réservé pour moi une chambre à la Locanda del Ponte, bar restaurant hôtel au bout du pont sur le Taro.

J’y arrive. Fausto le patron m’accueille, me serre la main et me laisse manger mon pique nique dans son restaurant. Très sympathique. Après l'accueil féminin hier, l'accueil masculin aujourd'hui. Fausto est un fan de motocyclette et cela se voit dans son bar: casques, photos, combinaisons.

Je ne comprends rien au QR code pour obtenir le wifi mais cela finit par fonctionner.

Chambre à l’ancienne, sans climatisation, avec volets clos. Ce que je préfère. Propre et fonctionnel. Pour le linge, laverie automatique de l’autre côté de la route.

Sieste de 13h30 à 15h après la douche. Laverie automatique et rédaction de ce carnet de voyage en terrasse à l’ombre.

A 15h30, moi Français, je réponds en anglais à un motard allemand qu’à cette heure le patron italien est sorti, l’hôtel et le restaurant sont fermés et qu’ils ne pourront pas manger ici tout de suite. C’était le délégué du groupe. Ils partent chercher à manger ailleurs. Vive l’Europe !

Dîner sur place. J’essaie le Lambrusco. Pas du tout à mon goût mais je ne suis pas amateur de vin rouge. Tortelli à l’épaule de cochon couverts de parmesan. Salade mixte avec huile d’olive et vinaigre de vin de Chianti à disposition. Semi freddo al amaretto. Délicieux.

Soit le bruit de la route nationale qui passe devant l’hôtel a diminué, soit je m’y suis habitué. Soit les deux. En tout cas, j’ai bien dormi.

Vue du jardin du B&B Biutiful à Cavazzola

Vue du jardin du B&B Biutiful à Cavazzola

Mardi 10 juin : Fornovo di Taro – Cavazzola (comune di Berceto)

24km. 6h de trajet prévu.

Départ 7h20

Arrivée 14h30

Gîte et couvert au B&B Biutiful à Cavazzola.

 

Petit déjeuner à 6h30. Je suis le premier client et Fausto a ramené les viennoiseries fraîches. 80 € pour nuit, petit déjeuner et dîner.

Départ tranquille par le chemin emprunté la veille pour le gîte prévu.

Nouveau problème. J’ai consulté hier soir à 22h mon courrier électronique. J’y ai trouvé un message de 17h du B&B de ce soir me demandant d’appeler d’urgence. J’ai répondu par écrit et j’appellerai aujourd’hui.

Chemin bien balisé qui monte régulièrement de 150 à 800m d’altitude. Impossible de se perdre.

Je fais une pause pour appeler la patronne du gite « Il bordone del pellegrino ». Elle m’explique que la chambre est indisponible pour cause de travaux et m’envoie sur le B&B Biutiful, écologique, en campagne, 3km plus loin. Deuxième jour où je dois changer de gîte. Les jours se suivent et se ressemblent. Le chemin commande.

A l’église de Bardone, je trouve deux Italiens retraités très sympathiques qui veulent visiter mais trouvent porte close. Eau disponible à la fontaine avant l’église. Fontaine avec pèlerin sculpté dessus.

Je poursuis ma marche, m’arrête à une superbe halte pour pèlerins sans eau mais avec fauteuils, bancs, chaises, tables, poubelles,vue et ombre. Mes deux Italiens passent en voiture (une Peugeot. Macchina francese !). Ils m’emmènent jusqu’au carrefour avec la SS62 (strada della Cisa). Ils me déposent là car ils partent à droite et moi à gauche. L'un des deux va partir en couple découvrir Annecy & la Bourgogne. Je lui ai fait quelques suggestions mais c'est Madame qui décide du programme.

Je n’ai plus qu’à suivre la route et la marque blanche et bleue de la Via Francigena pour les cyclistes.

A Casola, carrefour avec bar en terrasse à l’ombre. En demandant gentiment, et en commandant un soda noir américain à 3€, je peux m’installer à l’ombre déguster mon pique-nique. Vue splendide sur les Apennins.

Je continue de monter sur la route et retrouve les marques de la Via pour piétons et cyclistes. Arrivé au village de Cassio, où se situe le B&B prévu, j’appelle la propriétaire du gîte. Son mari vient me chercher en voiture à la terrasse du café (fermé. Je suis facile à repérer) et me dépose au deuxième gîte.

Un B&B écologique avec légumes du jardin à table. Ce n’est pas un agriturismo mais horticulture et hospitalité sont au programme.

Jardin splendide avec vue sur les Apennins en face et la rivière en bas.

Lessive à la main qui sèche sur le fil au jardin.

Etape avec beaucoup de route à part un léger détour par un sentier et un torrent. Beaucoup de motards mais pas excités. Peu de voitures, pas de camion. Touristes allemands en Porsche cabriolet. L’argent circule ici.

Dîner collectif délicieux avec le couple d’hôtes et d’autres pèlerins néerlandais (un père retraité qui suit sa fille et dit n’avoir que deux choses à faire : marcher et manger des pizzas. Ce régime lui réussit bien), Ines, une étudiante française qui finit son trimestre à Parme par une marche jusqu’à la Mer (La Spezia), deux Allemands quadras que je retrouverai ensuite. Conversation en italien, français & anglais. Bruschetta à l’huile d’olive. Pâtes maison avec sauce au thon. Omelette au jambon avec oeufs du jardin & salade verte du jardin. Vermouth avec cantuccini. Mon père, Michel Lagrée, aurait apprécié.

Pour les pâtes fraîches maison, à partir de leur blé, le patron nous explique que 3 règles s’appliquent : celles de l’UE, celles de la République italienne & celles de la région Emilie Romagne. Les 3 sont contradictoires entre elles. Il ne se pose pas de question de hiérarchie des normes, de pyramide de Kelsen. Il fait comme il veut en attendant un éventuel contrôle.

Chambre à deux lits pour moi seul. Fenêtres avec moustiquaires. Je dors paisiblement fenêtres ouvertes.  

Vue du Monte Valoria (1229m)

Vue du Monte Valoria (1229m)

Mercredi 11 juin : Cavazzola – Ostello della Cisa

16km. 4h de trajet prévu.

Départ 6h25

Arrivée 15h30

Gîte et couvert à l'Ostello della Cisa, Berceto, Localita Tugo, SS42.

 

Je pars après les Néerlandais, avant les Français et les Allemands. Inès, l’étudiante française, me rattrape vite et me lâche au Monte Marino (980m).

Vraie étape de montagne aujourd’hui. A Berceto, belle église romane et belle fontaine de 1736 d’où sort l’eau fraîche des montagnes. Remplissage de gourde et achat de panini à la boulangerie. La boulangère est une grande et belle femme Africaine. Malgré les discours politiques officiels, la démographie commande. L’économie tourne bien en Italie du Nord et elle ne tournerait pas sans la main d’œuvre étrangère venue d’Afrique et d’Asie. Cela ne se voit plus seulement en ville mais aussi dans les villages de campagne et de montagne. De retour en France, j'ai vu que le gouvernement italien dirigé par la Signora Giorgia Meloni a régularisé 950 000 étrangers en 2 ans. Rien à ajouter.

Je rencontre Sylvain un retraité français qui marche depuis le 18 avril de Strasbourg, son domicile, à Assise. Lui aussi trace et me largue dans le sentier qui monte à travers bois après Berceto.

En fait, le chemin me mène au Monte Valoria (1229m). Un sentier long, dur, raide avec peu de pauses. Je fais mon chemin de croix, y passe des heures, reprend des forces en pique niquant. La récompense est au bout de l’effort. Une variante selon le guide mais je n'ai pas vu d'autre chemin sur place.

Au sommet, vue panoramique sur les Apennins avec, en bas, l’autoroute Parme La Spezia. Me rejoignent au sommet les deux Allemands rencontrés hier soir au gîte, Stefan & Sebastian. Ils sont partis à 8h. Ils pique-niquent et font la sieste au sommet. Photos communes.

Je descends par un chemin que m’a recommandé un Ancien, Italien, monté au sommet en VTT. Groupe de cyclistes dont le doyen a 79 ans. Respect. Au début du chemin une statue de la Vierge à l’enfant. C’est bon signe. Il doit rejoindre la route nationale en bas. Je rejoins très vite le chemin actuel de la Via Francigena, la balise blanche et rouge étant déjà visible sur l’autre chemin.

Cette descente est un chemin du Club Alpino Italiano. Très difficile prévient le guide. Impegnativo. Ca descend raide et net jusqu’au Passo della Cissa (1041m), col frontière entre l’Emilie Romagne et la Toscane. Je le passerai demain pour entrer en Toscane.

Bar, boutique de souvenirs. Tout est fermé. La fontaine d’eau potable fonctionne comme celle 200m plus haut sur le sentier. Plaisir de l’eau fraîche après le vent et le soleil.

Je n’ai plus qu’à descendre sur la SS62 côté Emilie Romagne. Peu de voitures, quelques motards qui ne font pas les kakous. Je finis par trouver l’Ostello della Cisa et Sylvain qui attend dehors depuis 13h. Tout est rangé mais tout est fermé à clef. Aucune indication d’horaire. Le téléphone portable ne passe pas. C’est la montagne. Nous attendons dehors à l’ombre avec des tables, des bancs, des pelouses, une vue sur les Apennins et un point d’eau potable. Il y a pire.

A 16h, Stefan & Sebastian arrivent. Inès est allée plus loin sur son chemin de Parme à la Spezia. Sebastian arrive à appeler et tombe sur un répondeur où je laisse un message en italien.

A force d’attendre, à 16h45, une voiture entre et s’arrête. Une Dame en descend et nous explique que Fedora, la patronne du gîte, est hospitalisée. Elle remplace comme elle peut.

Elle nous ouvre le lieu, une ancienne maison de cantonniers de la route nationale. J'en ai vu plusieurs en ruines le long de la route mais celle-ci a été renovée pour loger les pèlerins de la Via Francigena. Elle a retrouvé une utilité. Manifestement, c'est laïc. Il n'y a donc pas que l'Ostello del teatro à Piacenza à offrir un accueil laïc aux pèlerins.

 C’est immense avec douches, sanitaires, dortoirs, salon, bar. Tout est en place. Le prix du dîner est réduit de 20 à 10€ car notre hôtesse improvise avec ce dont elle dispose. Coucher, dîner, petit déjeuner même le pique-nique pour demain midi. Tout est fourni. Tout s’arrange. Lessive à la main. Séchage dehors au soleil et au vent. Nous sommes 4 et il y a de la place pour 24.

Etape fatigante mais avec la récompense de la vue au sommet & d’un accueil inespéré à la fin.

Pâtes à la sauce tomate et au parmesan. Tranches de fromage et de jambon. De quoi nourrir un régiment de hussards de la Garde Impériale. 3 plats de pâtes et nous ne venons pas au bout du deuxième, à 4 convives. Pas de dessert mais nous sommes lestés pour la nuit.

Nuit tranquille, fenêtre ouverte. Pas de moustiques. A 4 dans le même dortoir, nous ne nous gênons pas.

Pont médiéval sur le chemin pour Pontremoli

Pont médiéval sur le chemin pour Pontremoli

Jeudi 12 juin : Ostello della Cisa – Pontremoli

21.7km. 5h30 de trajet prévu.

Départ 7h20

Arrivée 18h30

L'étape la plus dure de toute la Via Francigena.

Passage de l'Emilie Romagne à la Toscane.

Gîte pour pélerins au Castello Ostello Museo de Pontremoli

Dîner alla trattoria Norina de Pontremoli.

 

Etape interminable, épuisante, avec des montées et des descentes sur des sentiers muletiers aux pavés usés par les ans, glissants, instables même par temps sec. Un enfer pour les genoux et les chevilles.

Sylvain, le Français ascétique, part seul à 5h20 en sandales après avoir bu un verre de lait.

La dame est de retour à 6h30 et nous prépare le petit déjeuner. Pour moi et les deux amis Allemands. Je pars à 7h20. Eux plus tard.

Au col de la Cisa, le choix est simple : soit suivre les cyclistes sur la route départementale au soleil mais sans difficulté soit suivre le sentier rude, raide et beau à l'ombre des bois. J’ai pris le sentier. Pour ma santé et ma sécurité, j’aurais dû prendre la route.

Chemin en forêt donc avec de l’ombre. Passant par les villages donc avec des points d’eau réguliers. Mais il s’agit d’un sentier muletier avec des pavés plus ou moins stables, plus ou moins polis par les ans et glissants. Par temps de pluie, ça doit être terrifiant.  Par temps sec, c’est usant.

Les Italiens sont conscients de la dangerosité de l'étape puisqu'à intervalles réguliers, sur un arbre, j'ai vu une plaque indiquant le numéro d'appel d'urgence européen (112), la mention VF suivi d'un numéro de 001 à je ne sais plus combien et la mention qu'en appelant à ce numéro et en indiquant le numéro de la plaque une équipe spécialisée du secours alpin et spéléologique de Toscane viendra vous chercher au point indiqué. C'est rassurant ou inquiétant selon le point de vue. Je n'en ai pas eu besoin, heureusement. C'est la seule portion de la Via Francigena où j'ai vu un tel dispositif depuis que je l'ai commencée à Lausanne, en Suisse, en juillet 2023.

Comme j’ai eu une entorse du genou gauche en janvier 2024 (les bons soins d’un kiné breton de Paris m’ont permis d’aller à pied d’Aoste à Pavie au printemps 2024), je fais très attention et passe plus de 11h pour faire une étape qui doit prendre 5h30 selon le guide qui prévient que l'étape est très difficile.

Je n’ai pu faire usage de mes bâtons de marche car ils étaient desserrés de nouveau et je n’avais pas de tournevis cruciforme (cacciavite a stella) disponible. Mes genoux et mes chevilles fonctionnaient encore à l'arrivée. C'est l'essentiel.

Les deux S m’ont rejoint à Groppoli où nous avons pique-niqué à l’ombre d’un arbre, assis sur un muret avec une fontaine d’eau potable.

Je les ai retrouvé à un sommet sur un Big Bench (Banc Géant avec vue sur les Apennins). Deux fois, la fatigue m’a fait me tromper de chemin et revenir sur mes pas.

Arrivé à Azenglio à 17h30, je vois écrit Castello et crois être arrivé. Mais non. Encore 45mn de sentier raide à descendre sur des pavés glissants pour Pontremoli.

Arrivé à Pontremoli, la fatigue me fait manquer l’ascenseur pour le château. Montée par le sdrucciolo. Un truc entre l’escalier et le chemin. Raide & pavé évidemment. Le check in se fait jusqu’à 17h30 et le château musée gîte ferme à 18h30. Ca tombe bien. J’arrive à 18h30. J’ignorais que le check in se faisait jusqu’à 17h30.

La réceptionniste est Française, a de la famille à Janzé , Ille et Vilaine, Bretagne, près de mon berceau familial, Rennes. Elle m’explique qu’il s’agit de l’étape la plus dure de toute La Via Francigena (bien plus dure que le passage des Alpes au Grand Saint Bernard. Je confirme) et que, par temps de pluie, les pèlerins arrivent déchirés (sic).

J’effectue les formalités d’entrée et l’hôtesse m’emmène à ma chambre, tout en haut du château où je retrouve Marcus, un Suisse allemand qui m’a doublé en chemin. J’ai aussi retrouvé les deux S arrivés avant moi et qui étaient prêts à payer ma chambre (16€) vu que j’étais en retard. Des gars en or.

Je prends le temps de me laver et de laver mon linge à la main. Séchoir à linge abrité, installé devant chaque chambre. Je descends en ville à 19h30 et dîne délicieusement à la trattoria Norina. Torta fritta en antipasto. Testarelle en primo piatto. En dessert, une crostata alle noci e arancie (tarte croustillante aux noix et oranges) parfaite pour un marcheur. Tout est fait maison. Je vois la cuisinière en action.

Au final, cette étape est très belle et très dure. Par temps de pluie ou si vous avez le moindre doute sur vos genoux ou vos chevilles, suivez les vélos ou prenez les transports en commun.

Je décide en mon âme et conscience d’effectuer l’étape du lendemain de Pontremoli à Aulla en train et de m’octroyer une journée de repos. Qui veut voyager loin ménage sa monture. En l’espèce, la monture c’est moi et je ne me suis pas ménagé aujourd’hui.

Marcus, le Suisse allemand avec qui je partage un dortoir pour 4, fait de même. Il prend le train demain pour Sarzana, mon étape du surlendemain.

Dormir en haut d’un château byzantin en Italie avec vue sur les Apennins, c’est quand même pas mal.

Statues stèles au château musée hôtel de Pontremoli

Statues stèles au château musée hôtel de Pontremoli

Vendredi 13 juin : Pontremoli – Aulla

Journée de repos. Voyage en train.

32.5km. 8h15 de trajet prévu.

Petit déjeuner au Caffè dei Svizzeri à Pontremoli

Déjeuner à l'Osteria da Busse à Pontremoli

Gite paroissial pour pèlerins à l’abbaye de San Caprasio à Aulla

Dîner dans une pizzeria d’Aulla

La journée précédente m’a épuisé. Aujourd’hui, tourisme et repos.

Descente en ville pour un délicieux petit déjeuner au Café des Suisses (caffè dei Svizzeri). Je le conseillerai ensuite à Marcus, mon voisin de chambre suisse qui s’y installe fièrement (son bob porte l’edelweiss et le mot SWITZERLAND).

Ensuite, première séance de cartes postales achetées, écrites, timbrées et postées à Pontremoli.

Je remonte au château, par l’ascenseur cette fois, pour aller visiter le musée des statues stèles, une spécialité ligure de la Préhistoire, très présente dans la Lunigiana (Nord de la Toscane). Œuvres imposantes bien expliquées avec des films pédagogiques en italien sans sous-titre. C’est dit lentement et, avec les images, un Français peut comprendre. Pour un Anglais, un Allemand, un Néerlandais qui ignore le latin et les langues qui en descendent, ce sera plus compliqué à suivre.

Je redescends au village à l'Osteria da Busse fondée en 1930. Produits authentiques de la région servis par un Asiatique et une jeune fille voilée qui parlent un italien parfait. Le changement démographique est visible en Italie, y compris dans les villages. Le vote actuel, c’est le temps que cette population acquière la nationalité italienne, le droit de vote et l’exerce. A moins qu’à son tour, elle ne refuse les nouveaux arrivants.

Carpaccio de truite fumée, tortelli  à l’épaule de cochon, spongata dessert médiéval typique modernisé avec du chocolat (le cacao est arrivé d’Amérique en Espagne à la Renaissance). Excellent déjeuner toscan.

Marche digestive tranquille jusqu’à la gare de Pontremoli, qu’un jeune homme croisé en chemin m’a indiqué précisément, pour prendre le train Parma – La Spezia qui s’arrête à Aulla Lunigiana. Comme en Lombardie, en Toscane, les trains régionaux sont plus modernes et plus propres qu’en France. En Lombardie, c’est le summum.

La gare est en dehors de la ville d’Aulla. Longue marche d’approche pour arriver au centre-ville d’Aulla. Je longe le fleuve et aperçoit une église jouxtant un couvent. Logiquement, c’est mon gite du soir. C’est bien l’abbaye de San Caprasio. J’y retrouve Philippe et Sacha, les deux Français qui m’avaient doublé hier. Eux ont fait l’étape à pied.  Des Solides. Lessive à la main. Séchage au soleil et au vent en terrasse.

Vers 18h arrivent mes deux sympathiques Allemands, S & S. Cela me permet de récupérer les photos de nous 3 qu’ils ont prises hier et de dîner avec eux ce soir. Dans une pizzeria. Stefan prend une pizza entière. Sebastian et moi une moitié chacun. Avec la bouteille d’eau, 10€/personne. Pas de dessert mais le glacier est à deux pas. J’offre sa glace à Stefan pour l’amitié franco-allemande, les photos et la bouteille d’eau. Nuit en dortoir avec 2 Allemands, 2 Anglais, 2 Français et une Tchèque. Nous y arrivons.

Laurier rose et olivier le long de la Via Francigena

Laurier rose et olivier le long de la Via Francigena

Samedi 14 juin : Aulla – Sarzana

Passage de la Toscane à la Ligurie.

18km. 4h30 de trajet prévu.

Départ à 6h20.

Arrivée vers 13h.

Gîte à l’agriturismo Il Monticello à Sarzana.

Déjeuner au restaurant Il Cardinale à Sarzana.

Dîner à la pizzeria Casina Rossa à Sarzana.

Retour à la marche. Le sentier se rapproche de la Mer Tyrrhénienne.

 

Je suis réveillé à 5h du matin par mon cauchemar. Le bruit que je fais me réveille et réveille les autres. Risque du dortoir.

Pas de petit déjeuner. Je pars seul à 6h20.

Sentier raide en sous-bois avec des montées et des descentes qui cassent bien les chevilles et les genoux.  Une spécialité des Apennins. C’est moins dur et moins long que l’étape pour Pontremoli et c’est mieux que de marcher sur la route nationale, au soleil, face aux voitures.

Sur les conseils de Geert, le Belge expert en randonnée (Ypres – Compostelle avec son fils en 2011 d’une traite), rencontré au début de cette marche, je me décide enfin à installer l’appli Via Francigena sur mon telefonino et à m’en servir. Alors que je cherche la balise de la Via Francigena, l’appli me ramène sur le bon chemin comme le bon pasteur pour une brebis égarée.

Je retrouve au fur et à mesure mes compagnons de chambrée soit parce que je les dépasse (couple de Néerlandais âgés) soit parce qu’ils me dépassent (tous les autres).

Petit détour pour admirer la vue depuis le château de Bibola. Bien mais pas de vue panoramique à 360° comme indiqué en bas. Le village médiéval perché de Bibola vaut le détour.

Fontaines d’eau aux villages de Bibola et de Vecchietto pour s’abreuver et remplir les gourdes. Après une longue et dure descente, arrivée à Provozzano Superiore, ex Provozzano Magra.

Comme à Fornovo di Taro il y a quelques jours, bar associatif de l’ACLI dans le village mais cette fois tenu par des jeunes gens et ouvert jusqu’à 13h. J’en profite pour laver à l’eau et au savon des plaies aux mains que j’ai dû désinfecter après avoir empoigné des ronces par inattention.

Je retrouve à la fontaine James, jeune gentleman anglais, au délicieux français, qui dormait à Aulla hier soir et doit retrouver sur le chemin un cousin australien. James marche depuis 3 jours avec chapeau, chemisette, pantalon et baskets solides. A true gentleman.

Longue descente jusqu’à Sarzana en Ligurie où je retrouve deux Français qui m’avaient doublé avant Pontremoli, Philippe, seul en terrasse au bar et Sacha seul au restaurant Il Cardinale. A Sarzana, déviation du sentier. Il passe normalement par un pont qui est en travaux pour une durée indéterminée. Les citoyens et contribuables de Sarzana, excédés à juste titre, ont mis des affiches pour demander compte à leurs élus de la bonne gestion des deniers publics.

Sacha m’assure qu’il a très bien mangé au Cardinale. Je valide. J’ai mangé comme un Pape.

Hier à Aulla, j’ai entendu les mouettes. Aujourd’hui, à Sarzana, je mange du poisson. Le chemin approche de la Mer.

Primo piatto, spaghetti AOP au thon frais et au citron des 5 Terres (parc national situé en Ligurie). En secondo piatto, seiche avec une sauce au chou noir, aux blettes et aux champignons. Un mélange Mer & Montagne typiquement ligure. Exquis. En dessert, une spécialité toscane qu’adorait mon père Michel Lagrée, des cantuccini à tremper dans le vino santo.

Il me faut ensuite arriver à mon agriturismo, Il Monticello. Un peu plus de 2 km et j’arrive enfin à faire fonctionner mon GPS qui me guide précisément.

Vignes et oliviers. Immense demeure. Les propriétaires sont absents et la clef m’attend sur la porte de l’appartement. Une bouteille de vin blanc de la propriété m'est offerte mais je ne la boirai pas seul ce soir et elle est trop lourde pour mon sac à dos, déjà trop lourd par ma faute. Le prochain hôte la dégustera.

Lit en mezzanine avec un escalier de meunier pour y accéder. Si je l’avais repéré sur Internet, je ne l’aurais pas pris. Pas de code wifi indiqué. Je finis par comprendre la climatisation. Lessive lavée à la main dans le lavabo. Une poubelle propre me sert de bassine. J’ai repéré le fil à linge dans le jardin avec des pinces à linge (molette). Je contacte S & S qui ont envie de dîner entre Allemands ce soir. Dîner seul à la pizzeria Casina Rossa. Correct. Moins raffiné et moins cher que ce midi.

Au bout du chemin la Mer

Au bout du chemin la Mer

Dimanche 15 juin : Sarzana – Marina di Massa

Passage de la Ligurie à la Toscane.

17km. 4h15 de trajet prévu.

Gîte au camping Dolce Sole à Marina di Massa

Déjeuner au camping Dolce Sole à Marina di Massa

Dîner alla trattoria del pesce Massimo à Marina di Massa

Départ à 8h15

Arrivée 13h30

Nuit où il me fallut choisir entre la fraîcheur et le bruit de la climatisation et la chaleur avec la climatisation éteinte, les sons de la Nature et la fenêtre ouverte. J’ai choisi la Nature.

Rien à manger. Je vois le propriétaire et paie ma chambre. 87.50€ tout de même. Par rapport aux 100€ du gîte de Medesano, c’est franchement moins mérité. Le lieu est beau mais guère commode et confortable. Je ne recommande pas Il Monticello à Sarzana.

J’emprunte au propriétaire un tournevis cruciforme pour enfin resserrer mes bâtons.

Je descends à pied à Sarzana, très jolie ville ligure et trouve plusieurs cafés fermés. C’est dimanche. Je finis par trouver une pâtisserie ouverte, ancienne et élégante. Thé chaud avec rondelle de citron, orange pressée, crostata aux fruits des bois (pas comme je l’espérais mais bonne) et foccacia au jambon cuit.

Aujourd’hui je quitte la Via Francigena pour rejoindre la Mer Tyrrhénienne. Du temps de l’évêque Sigeric, avant l’an Mil, la Mer signifait fièvre des marais et pirates sur les côtes. C’est pourquoi il l‘a soigneusement évité sauf pour passer la Manche entre Calais et Douvres évidemment.

Etape facile et ennuyeuse. Il suffit de sortir de la ville de Sarzana, de suivre le panneau Mare et la longue file de voitures.

Le long de la route, il y a parfois une piste cyclable, accessible aux piétons mais pas toujours. Quand il y en a une, elle peut être envahie par les plantes des champs voisins.

Certains passages sont périlleux pour le marcheur. Je ne voyais pas les voitures arriver. Elles ne me voyaient qu’en sortie de virage. Heureusement, le trafic intense un dimanche ensoleillé de juin oblige à rouler doucement.

Je finis par marcher le long de plages très urbanisées et à revenir de Ligurie en Toscane à Massa di Carrara, la plage de Carrare, la ville des carrières de marbre où venaient se fournir Michel Ange et le Bernin. Les carrières sont toujours en activité.

Longue route d’approche pour le camping Il Dolce Sole, en sortie de ville, direction Apennins. Le GPS m’est bien utile.

Le camping est parfaitement adapté pour un marcheur. Petites maisons en bois sous les arbres (pas besoin de climatisation). Douches et sanitaires collectifs propres et bien conçus. Robinets extérieurs pour laver le sable des pieds. Lessive à la main dans des bacs adéquats. Fil pour sécher le linge au soleil.

Bar où la patronne Silvia, très sympathique, me prépare un toast chaud au jambon cru et au pecorino et un délicieux bol de yaourt nature avec fruits frais coupés dessus. Comme la pasta, du carburant pour randonneur. Le soda noir américain est servi avec des citrons doux du jardin que je peux croquer en entier avec la peau comme ceux de Menton en France.

Terrasse ombragée devant ma petite maison avec table, chaises et de l’air. Les bruits de la ville sont loin, tout est calme, tout respire. Un vrai régal.

Etape de transition pas passionnante à faire mais l’accueil au camping Dolce Sole vaut l’effort.

Après la sieste, bain de mer vers 17h. La plage est hideuse. Béton, rochers qui ont l’air en béton, sable noir fin couvert de chaises longues, immeubles hideux, bar de plage fatigué, ni galet, ni coquillage. Heureusement, pas de musique toxique. Mer chaude dans laquelle je m’ébroue pendant 45mn. Tres bénéfique pour les muscles et les articulations après 2 semaines de marche.

Après la douche, Silvia m’a recommandé le restaurant de poissons de Luisa mais je m'arrête avant, à celui de Massimo. 20 mn à pied depuis le camping et il vaut le voyage.

Primo piatto : spaghetti alle vongole (palourdes)

Secondo piatto : brochette da gamberini (gambas en espagnol) avec petits légumes, salade et citron. Diététique.

Dolce : tarte aux fruits des bois, crémeuse à souhait.

1l d’acqua minerale frizzante pour faire passer et promenade digestive jusqu’au camping où le bar est ouvert jusqu’à minuit.  

Camping nature, calme où je dors bien.

Rue de Pietrasanta

Rue de Pietrasanta

Lundi 16 juin : Marina di Massa – Pietrasanta

19.5km. 5h de trajet prévu.

Départ 8h15

Arrivée 12h30

Gîte à la maison diocésaine La Rocca de Pietrasanta.

Déjeuner et dîner à la trattoria Gatto Nero à Pietrasanta.

Ce matin le bar du camping ouvre à 8h. Je règle ma facture. Je ne prends pas de petit déjeuner. Journée de repos. Je marche jusqu’à la gare de Massa où je trouverai le train pour Pietrasanta.

Le camping était déjà payé. Je règle 16.50€ pour le déjeuner hier, me fait offrir un thé chaud et expliquer le chemin le plus commode pour Massa (suivre le front de mer jusqu’à une place avec une fontaine à Marina di Massa, tourner à gauche puis tout droit jusqu’au village).

Je recommande chaleureusement le camping Dolce Sole au pèlerin de la Via Francigena qui veut se faire une pause plage et farniente après des journées d'effort sur les sentiers des Apennins.

Les indications sont claires. Pas besoin de GPS pour trouver ma route. A l’entrée de Massa, je trouve le bus qui va à la gare comme terminus. Je demande à deux charmantes demoiselles qui attendent elles aussi le bus si je peux prendre un billet à bord. Il semble que non. Le chauffeur me demande une carte que je n’ai pas évidemment et me laisse entrer à l’œil. Impossible d’acheter le billet à bord. Cela ne ruinera pas la compagnie de bus.

Le bus me dépose devant la gare de Massa. J’achète au bar de la gare à boire, à manger et un billet pour Pietrasanta (2,90€). C’est un bus pour Pisa Centrale qui s’arrête à Pietrasanta. Dans le bus, je vois monter mes deux Allemands Stefan & Sebastian. Ils ne me voient pas et je descends avant eux à Pietrasanta.

La ville est magnifique. Entrée fortifiée, piazza del Duomo et, derrière, la maison diocésaine où je dois dormir ce soir.

Délicieux déjeuner à la trattoria Gatto Nero. Ce midi je choisis le menu viande avec pâtes au ragoût local, tripes à la florentine et gâteau aux carottes en dessert. Bouteille d’eau minérale gazeuse. Excellent.

Je vais sonner à la maison diocésaine et m’annoncer comme pèlerin. Une bonne sœur indonésienne m’accueille, m’ouvre & me donne la clef. Je n’ai plus qu’à laver l’homme et les vêtements et me reposer. Un réfrigérateur est disponible pour mettre mon fromage au frais.

A 14h30 arrive Lucca, un trentenaire milanais qui fait Milan Rome à vélo par la Via Francigena. Comme moi, il a souffert sur les pentes des Apennins. Aujourd’hui, il a longé la mer avant de remonter mais n’a pas pu se baigner à cause de la bicyclette et du matériel.

Ce soir, retour au Gatto Nero avec Lucca. Lucca veut manger de la viande car il a mangé du poisson ce midi à Forte dei Marmi sur la côte. Ayant mangé de la viande ce midi, je choisis le menu poisson ce soir. Ca tombe bien. Le Gatto Nero propose les deux. Affiche du Chat Noir de Montmartre dans le restaurant évidemment.

Lucca prend une énorme côtelette et des pommes de terre au four. Je prends des pâtes au ragoût de poisson (aucune arête) et une tranche de thon grillé avec salade et citron. Sorbet citron pour digérer. Exquis.

Lucca me prévient qu’il dort très peu et très tard. Je peux certifier qu’il dormait profondément à 22h30. 3 enfants. Il vient de divorcer et a perdu son travail le lendemain du divorce. Il se nettoie la tête en roulant de Milan à Rome. De retour, il réfléchira à la suite.

 

Ruches le long de la Via Francigena

Ruches le long de la Via Francigena

Mardi 17 juin : Pietrasanta – Valpromaro

18.7km. 4h40 de trajet prévu.

Départ 6h

Arrivée 13h

Gite et couvert à la Maison du Pèlerin de Valpromaro. La Maison du Bonheur.

Réveil à 5h pour moi, à 5h30 pour Lucca. Je pars à 6h. Nous nous saluons et je lui laisse ma carte de visite. Je verrai bien s’il m’écrit ou pas

J’avais repéré le départ depuis la Piazza del Duomo hier. En sortant de la ville, avant de bifurquer pour le sentier de montagne, je trouve une pasticceria ouverte dès 6h. Colazione de 6h20 à 6h30. Thé chaud avec citron, deux croissants frais, un jus de myrtille en bouteille fraîche.

Ensuite chouette sentier de montagne en sous-bois, pas casse-pattes comme l’étape de Pontremoli. De beaux points de vue, des points d’eau à intervalle régulier. Le sentier débouche sur une route et un parking à Montemagno. Sur le parking, une statue d'un guitariste. L'auteur, compositeur et interprète italien Giorgio Gaber (1939 - 2003) mort dans ce village de montagne où il résidait. J'ai depuis découvert cet artiste influencé par la chanson française rive gauche (Brel surtout). Un Grand.

A la fin, un choix est proposé au marcheur. Soit 2600m direct sur la route provinciale 1 avec 59m de dénivelé en descente soit 4200m de sentier panoramique avec 150m de montée et 200m de descente. J’en ai marre de torturer mes genoux et mes chevilles sur les sentiers des Apennins. J’opte donc pour la route.

J’arrive au village et trouve aisément la Casa del Pellegrino dans la grande rue. Comme je l’avais pressenti, c’est un Paradis laïc. La maison appartient à la paroisse et, chaque semaine, d’avril à octobre, deux bénévoles se relaient pour accueillir et nourrir les pèlerins. D’octobre à avril, c’est ouvert à la demande, en autogestion.

Aujourd’hui, Domenico et Francesco nous accueillent. Prix libre, repas en commun, eau chaude dans les douches. Bien meilleur accueil que dans les communautés religieuses comme hier.

Une fois lavé l’homme et les vêtements, je n’ai plus bougé de la maison. Entre les canapés et les livres du salon au frais pour lire et la table du jardin à l’ombre pour écrire, j’étais trop bien. Mieux eût été indécent.

Pique-nique au jardin. Douche, lessive à la main qui sèche sur le fil dehors au soleil et au vent. Des nuages mais il ne tombe que quelques gouttes sporadiques.

Francesco garde la maison pendant que Domenico part à vélo chercher des pâtes pour le dîner de ce soir. Mission vitale.

Arrivée vers 15h de Michel, retraité Français de l’Aveyron, qui en a marre des foules vers Compostelle, tente la Francigena et s’en réjouit. Lui aussi apprécie le lieu et l’accueil. Salon bibliothèque avec des étagères remplies de livres sur la marche en Italie, des canapés et un poêle à bois (seul chauffage l’hiver). Four à pizza, réserve de bois et ruisseau dehors. Que je me sens bien ici !

Diner à 7 hommes : nos deux hôtes, deux marcheurs Français dont moi et deux marcheurs italiens. Le 7e homme est un invité spécial, Stefano Pucci, guide des Alpes apuanes (l’autre nom des Monts Apennins) depuis 1992. Il nous raconte plein d’histoires sur Lucques et les Apennins. Il parle lentement et clairement et tout le monde le comprend, y compris Michel et moi

Gratin de pasta alla siciliana avec fromage, poisson, œufs et aubergines. Du carburant pour randonneur. Salade mixte avec carottes, concombres, tomates et salade. Dolce, pomme et une citronnade alcoolisée à 2° fabriquée par le guide.

Une vraie soirée fraternelle. Un seul regret. Une guitare acoustique est accrochée au mur et aucun Giorgio Gaber parmi nous pour en jouer. Je signale le lieu à mes amis guitaristes comme Jean de Aguiar.

Je partage le dortoir avec les deux Italiens. Michel s’est réservé son dortoir à l’étage, pour ronfler tranquille.

Promenade des remparts à Lucques

Promenade des remparts à Lucques

Mercredi 18 juin : Valpromaro – Lucca

15km. 3h45 de trajet prévu.

Départ 6h50

Arrivée 11h

Gite pour pèlerins  San Davino à Lucques.

Déjeuner alla trattoria Da Francesco à Lucques.

Dîner à l’antica trattoria de Vasco à Lucques.

Réveil à 5h. Je range doucement mes affaires pour ne pas réveiller Nicola et Andrea. Je prends mon petit déjeuner seul et pars quand tout le monde se lève. Colazione à 7h.

Je laisse un mot sur le livre d’or et mon dernier billet, pas le plus petit, en don. Parce qu’ils le méritent et pour compenser les pauvres et les pingres. J’ai pris un magnet de la Maison et l’ai collé sur mon réfrigérateur dès mon retour à Paris. La maison du bonheur se trouve à Valpromaro, Toscane, Italie.

Le chemin pour Lucques est facile et bien balisé. D’abord, ça y monte puis ça y descend comme disent les Savoyards. Aucun piège. Route tranquille. Belles vues.

Arrivée à la promenade des remparts de Lucques (via delle mura urbane) à 11h. Je vais directement à l’hôtel des pèlerins au numéro 10 de la Via San Leonardo. Pas de numéro 10 sur cette voie mais l’hôtel pour pèlerins existe bien au numéro 12. J'avais mal noté. L'adresse du gîte est bien au 12 de la Via San Leonardo à Lucques. Ouverture à 14h.

Je commence à explorer la ville natale de Giacomo Puccini. Elle est magnifique. Cf extrait audio au dessus de cette chronique.

Déjeuner au restaurant Da Francesco, spécialités de Lucques depuis 1980. Excellent. Pasta locale puis salade de tripes. Et un dolce bien sûr.

Je reviens au gîte pour 13h50. C’est ouvert. Un casier pour le sac à dos, des étagères pour les chaussures. Une clef pour la porte, une clef pour le casier. Autonomie totale. Je me lave et lave mon linge à la main finissant le savon à linge Marius Fabre offert par mon ami Nicolas avant cette marche. Séchage au soleil et au vent au jardin.

Visite de la cathédrale Saint Martin de Tours à Lucques. Roman à la toscane. Grandiose. L’entrée de la cathédrale est payante sauf si vous habitez Lucca et sa province et pouvez le prouver par un document officiel. Je ne suis pas choqué de contribuer à l’entretien de ce chef d’œuvre. Solution évoquée en France pour Notre Dame de Paris mais pas adoptée jusqu'ici.

Les dieux veillent sur moi. Au moins Cérès, déesse des moissons. Je tombe sur une affiche qui annonce un marché biologique de producteurs de Toscane Nord à Lucca, piazza San Francesco, le mercredi après-midi (mercoledi pomeriggio). Cela tombe bien. Je suis à Lucques et nous sommes le mercredi après-midi.

Comme je ne suis plus pèlerin mais touriste, j’y fais une razzia. J’ai déjà acheté du miel et du savon au miel à des productrices dans la rue. J’achète des fromages, des savons au miel, des cantucci, des pâtes, des marmelades de citron et d’orange et des olives. Il ne manquait que le saucisson et le jambon pour que mon bonheur soit parfait. Ce marché est un bonheur du gourmet. Prévoir d’être à Lucques le mercredi après-midi avec de l’argent liquide. Fromage mis sous vide afin de pouvoir le ramener à Paris.

Je me suis fait plumer comme un pigeon de touriste en prenant des billets dans un distributeur de billets chez un commerçant à l’entrée de la ville. 4.95€ de commission pour 150 € alors que des banques se trouvent en ville. Stupide.

Diner à deux pas du gîte pour pèlerins, à l’antica trattoria de Vasco. Mangé local. Pasta d’abord. Escalope au citron. Servie sans accompagnement. Il faut le demander et le payer en supplément. En me présentant comme pèlerin, le facture passe de 39 à 35€.

Marche jusqu’à la poste pour la troisième tournée de cartes postales de Toscane après Pontremoli et Pietrasanta.

Vue du campanile de San Frediano. Lucques.

Vue du campanile de San Frediano. Lucques.

Jeudi 19 juin :

Lucques  - Pise – Florence – Milan

Gîte à l’hôtel Albert, Milan

Déjeuner à l’Antica Osteria, Lucques

Dîner à l'Osteria Semi Vuota, Milan

Je suis passé en gare de Lucca mercredi après-midi car mon billet Lucca – Milano via Firenze indiquait que le trajet Lucca – Firenze n’était pas un titre de transport valable.

J’ai bien fait. D’abord, j’y ai retrouvé Nicola et Andrea, les deux marcheurs italiens avec qui j’ai dîné et dormi mardi soir à Valpromaro. Ils rentrent à Livourne. Ils ont mes coordonnées. Je verrai bien s’ils m’invitent ou non à Livourne.

Ensuite la charmante demoiselle au guichet de TrenItalia m’apprend que le train direct Lucca – Firenze que j’ai réservé il y a plus de 2 mois est supprimé pour travaux. A la place, elle m’offre un billet Lucca – Firenze avec changement à Pisa Centrale sans supplément. Je dois partir à 14h40 et non plus à 15h30 de Lucca. C’est tout.

J’ai retrouvé au gîte de Lucca une Tchèque avec qui j’ai marché il y a quelques jours. Elle a lâché son ami Anglais qui n’en peut plus et rentre à Newcastle. Je rencontre Jean-Marc un Français de Caudry (59). Il est en retraite depuis avril 2025. Depuis avril, il est parti à pied de Cantorbery en Angleterre. Pour Rome. Avec la tente dans le sac à dos. Ce soir il dort en ville.

Tchèque et Français se réveillent à 5h du matin et sont partis avant 6h car la journée sera chaude. Vu la chaleur, Jean-Marie a renoncé à poursuivre au Sud de Rome, jusqu’aux Pouilles. Il s’arrêtera au Vatican.

Dernier petit déjeuner italien face à l’église San Michele. Thé au citron, orange pressée, gâteau au riz, gâteau à la ricotta.

Salut à Giacomo Puccini qui a son musée dans sa maison natale et sa statue sur une place voisine. Statue avec la cigarette à la main. Aucune ligue de vertu hygiéniste ne lui a encore enlevé. Je n’ai jamais fumé de ma vie.

Derniers achats : des funghi porcini secs et un sachet de café noir moulu italien à la demande de ma mère et ma sœur préférées.

Visite des églises. San Michele in Foro et San Frediano où je paie pour gravir les 199 marches du campanile et bénéficier au sommet d'une vue splendide sur la ville et les Apennins.

Déjeuner à l’Antica Osteria, fondée en 1650, restaurant sur le tracé de la Via Francigena à Lucques. En terrasse, à l’ombre. Pasta au tartare de crevettes. Glace fior di latte accompagnée de 3 petits pots contenant respectivement de la soupe de fraises, des éclats de chocolat noir de Modica, des cerises amaretto. Verre de limoncello offert pour finir. Délicieux.

Dernier passage à l’hôtel pour pélerins pour boucler le sac, laisser les clefs et un billet de contribution, partir à la gare.

Train régional Toscane Lucca- Pisa centrale puis train régional Toscane Pisa Centrale – Firenze Santa Novella puis Freccia Rossa (Treno Alta Velocita. TAV. Tgv en français) Napoli – Torino avec arrêt à  Milano Porta Garibaldi.

Le GPS me mène à l’Albert Hôtel où j ‘avais dormi à  l’arrivée lundi 2 juin. Moins de 5mn à pied de la gare de Milano Centrale et 3 étoiles. 167,50€ la nuit. Le prix s'oublie. La qualité reste (Michel Audiard).

Douche, change et départ à pied pour retrouver à dîner les amis Milanais. Les mêmes qu’en 2024 à la fin du précédent trajet d’Aoste à Pavie. Je suis invité pour me féliciter d’avoir franchi les Apennins. J’ai mangé les antipasti, du bristch avec polenta (recette lombarde de viande braisée), une crostata aux fruits des bois en dessert. Ambiance amicale pour conclure cette nouvelle marche en Italie. Restaurant de cuisine lombarde traditionnelle. Logique. Je suis à Milan invité par des Milanais. C'était bon et c'était bien.

Il ne me reste plus qu’à rentrer à l’hôtel dormir jusqu’à 5h du matin dans ma chambre climatisée. Départ à 6h20 de Milano Centrale pour Paris gare de Lyon par le Freccia Rossa de TrenItalia.

Fromages d'Italie à Paris

Fromages d'Italie à Paris

Vendredi 20 juin :

Milan - Paris

Départ à 6h20 de Milano Centrale

Arrivée à 13h35 Paris gare de Lyon (13h23 prévus)

 

 

Pour aller directement de Milan à Paris en train, le choix est offert entre la SNCF et TrenItalia (FS)

J’ai choisi le train italien pour les 3 raisons suivantes :

  1. Le train italien part de Milano Centrale. Le train français de Milano Porta Garibaldi. Milano Centrale est plus central comme son nom l’indique
  2. Le train italien met 7h, le train français 7h30 car seul le train italien est adapté à la ligne grande vitesse Milan Turin
  3. Le train italien offre beaucoup plus d’espace et de confort au voyageur et à ses bagages. Je le sais. J’ai utilisé les deux. En première classe. Vraiment beaucoup plus. Dans mon train de retour, j’ai vu entrer une famille avec deux parents, deux petites filles, 4 valises énormes, des sacs divers et variés. Tout a trouvé sa place sans problème. Impossible dans le train français

Les prix sont proches. Les deux trains arrivent à Paris gare de Lyon et s’arrêtent à Torino Porta Nova, Oulx Sestrières, Modane (contrôle frontières pour l’entrée en France), Saint Jean de Maurienne, Chambéry  et Lyon Part Dieu.

Le wagon bar est moins bien dans le train italien. C’est le seul argument en faveur du train français. Insuffisant.

La concurrence italienne sur les axes les plus fréquentés de France, Paris – Lyon et Paris-Marseille sera rude. La SNCF va devoir s’adapter. Sinon elle perdra ces marchés.

 

Enseignements de cette marche:

1. Mon sac est toujours trop lourd. A moi de l'alléger ou de payer le port des bagages.

2. Je suis toujours trop lourd. A moi de m'alléger.

3. Les Apennins sont plus durs à franchir que les Alpes. Ce n'est pas une question d'altitude mais de chemin.

4. Les Apennins sont le verrou qui ferme la porte de Rome. Les Allemands y établirent leur Ligne Gothique de 1943 à 1945. Les traces en sont visibles. En chemin, nombreux monuments commémoratifs aux Partisans morts dans la lutte contre le fascisme et le nazisme. Comme ceux aux Résistants sur les chemins de Bourgogne et du Jura. La Via Emilia fut construite comme voie militaire pour que les légions romaines contrôlent les Apennins. Aujourd'hui, c'est une route nationale.

5. L'accueil laïc est vraiment meilleur que l'accueil religieux qu'il soit associatif (casa del pellegrino a Valpromaro,) ou commercial (Ostello del teatro a Piacenza, B&B Ostria Vento a Medesano, B&B Biutiful a Cavazzola , camping Dolce Sole a Marina di Massa, Ostello della Cisa a Berceto). Seule légère déception: l'agriturismo Il Monticello a Sarzana. Ces expériences ont confirmé mon agnosticisme personnel.

6. Le chemin commande. Tout ne peut pas être prévu. C'est pourquoi j'ai changé de gîte deux soirs de suite et ai mis plus de 11h pour arriver à Pontremoli dans une étape prévue en 5h30. Entre le respect des horaires et celui de mes articulations, le choix était vite fait.

7. Le TAV italien est vraiment beaucoup mieux conçu que le TGV français pour accueillir les voyageurs et leurs bagages. Puissent les ingénieurs de la SNCF s'en inspirer. Même observation pour les trains régionaux.

8. J'ai pris le TAV Milano Paris en juillet 2023 de Torino Porta Nova à Chambéry. En août 2023 des éboulements en Savoie ont coupé la ligne jusqu'à mars 2025. J'ai pris le TAV Milano Paris en entier le 20 juin 2025 . Le 30 juin 2025, la ligne était coupée suite à des inondations à Modane en Savoie. J'espère ne pas être le chat noir de cette ligne ferroviaire Milan - Paris.

9. La cuisine italienne est exquise et ne se résume pas à la pasta et à la pizza. Pour le mélange mer & montagne dans l'assiette comme dans le paysage, rien ne vaut la Ligurie. Une étape en Ligurie et le repas le plus cher et le plus raffiné du séjour (avec le dîner de la Bonne Hôtesse à Medesano) au restaurant Il Cardinale à Sarzana.

10. L'Italie est en déclin démographique. 1.2 enfant/femme. L'économie d'Italie du Nord tourne bien mais elle ne tournerait pas sans main d'oeuvre étrangère venue d'Afrique et d'Asie. Quel que soit le discours politique, les faits sont têtus. Je l'ai vu dans les villes et dans les villages de campagne & de montagne que les nouveaux arrivants font revivre. Ils parlent italien et il n'y a pas de mendiant même devant la gare de Milano Centrale.

11. Je suis revenu à Paris sans entorse ni ampoule, avec du bronzage en plus et des kilos en moins, tous les produits italiens intacts, en ayant perdu et remplacé en chemin le savon et la serviette de bain. Un plan sans accroc.

 

Le chemin vers Rome se poursuit avec une IXe partie de Lucques (Toscane) à Viterbe (Latium).

 

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Transports publics & communications en Occitanie

3 Mars 2025 , Rédigé par Guillaume Lagrée

Cévennes. Lundi 28 octobre 2024.

Cévennes. Lundi 28 octobre 2024.

Menhir au Col du Mont Aigoual. Mercredi 30 octobre 2024.

Menhir au Col du Mont Aigoual. Mercredi 30 octobre 2024.

Gite de Dargilan, Meyrueis, Lozère, Occitanie, France.

Grotte de Dargilan, Meyrueis, Lozère, Occitanie, France.

Observatoire du Mont Aigoual, Gard & Lozère, Occitanie, France.

Lio Occitanie. Transports publics en région Occitanie, France.

Maison de ma Région, Rodez, Aveyron, Occitanie, France.

Office de tourisme de Millau, Aveyron, Occitanie, France.

Sud Aveyron taxis, Millau, Aveyron, Occitanie, France

Conseil régional d'Occitanie, France.

Parc national des Cévennes, Occitanie, France.

 

Vue sur le Tarn à Millau. Jeudi 31 octobre 2024.

Vue sur le Tarn à Millau. Jeudi 31 octobre 2024.

" C'est beau mais c'est loin " (Jacques Chirac, Plateau de Millevaches, Corrèze, Nouvelle Aquitaine (Limousin), France).

 

J’ai séjourné du lundi 28 au jeudi 31 octobre 2024 au gîte de Dargilan à Meyrueis (48). Séjour très agréable dans un lieu magnifique sur le Causse Noir avec vue sur le Causse Méjean. Météo d’automne superbe. Je raconte ma randonnée d’un jour sur le  Causse sur ce blog .

Les problèmes ont commencé au retour pour Paris. La SNCF m’avait vendu un aller-retour Paris Millau comprenant le train de nuit intercités Paris Austerlitz - Rodez (plus de 4h de stationnement en gare de Brive la Gaillarde, c’est inoubliable) et un bus Rodez-Millau en remplacement du train pendant les travaux sur la ligne. Aucune difficulté à l’aller. Le retour fut très compliqué.

Mon billet indiquait un bus partant à 20h47 de Millau le jeudi 31 octobre pour arriver à Rodez à 22h17, le train Intercités partant de Rodez à 22h32 pour Paris Austerlitz. En gare de Millau, l’écran des départs indiquait 20h47 lui aussi. Aucune erreur possible donc. Je devais prendre le bus de nuit pour rentrer chez moi. Cf extrait audio au dessus de cet article.

Ayant rendu ma voiture à 16h30, j’ai eu le temps d’acheter un journal, de le lire dehors d’abord puis en gare, de dîner à Millau. Nous étions plusieurs à attendre ce bus en gare de Millau. Vu l’horaire et la proximité entre la gare ferroviaire et la gare routière de Millau, je suis sorti de la gare vers 20h30. Arrivant à mon arrêt de bus, je vis un bus partir et me dit que ce n’était pas mon bus  puisqu’il partait à 20h47.

C’était bien mon bus parti à 20h30. Je ne l’ai compris qu’une fois revenu à Paris après avoir interrogé la SNCF.

Sur le moment, j’attends mon bus, avec d’autres voyageurs et il n’arrive pas. Ni à 20h47 ni à 21h. Personne en gare pour nous renseigner. Aucune information sur Internet et au téléphone. Aucun SMS. Aucun mail. Le bus avait disparu par magie. Cf vidéo sous cet article.

Petit à petit, les voyageurs s’en vont cherchant une autre solution pour rejoindre Rodez. Nous ne sommes plus que 3 voyageurs à attendre. Moi et deux dames, l’une devant prendre le même train que moi pour Paris, l’autre devant rejoindre sa fille à Rodez.

J’avais repéré, en marchant vers la gare, l’agence de taxi Sud Aveyron à Millau. Je retrouve son numéro de téléphone, appelle et une voiture arrive à 21h15. Le chauffeur nous prend tous les trois avec nos bagages (non sans avoir refusé un 4e voyageur qui n’avait pas de bus pour rentrer chez lui, dans une commune sur le trajet Millau Rodez).

Le taxi nous a amené à la gare de Millau pour 22h15 et a gentiment arrêté le compteur à 219€ soit 73€/personne. Par rapport aux 5€ du billet de bus (merci pour ce tarif social), c’était beaucoup plus cher mais la Dame et moi avons pris notre train pour Paris.

Je n’avais pas envie de trouver un hôtel à Millau pour la nuit du jeudi 31 au vendredi 1er et repayer un voyage Millau – Paris via Rodez pour le vendredi 1er novembre. Je pense que cela m’aurait coûté plus cher que le taxi. Sans compter les difficultés à trouver une chambre d'hôtel le soir même puis un voyage le lendemain.

En arrivant au train, la Dame et moi avons signalé l’absence de bus au chef de bord qui nous a indiqué de transmettre la facture de taxi à la SNCF pour remboursement. Via Internet.

Une fois chez moi, l’Internet dédié me répond que mon bus a circulé à l’heure et que je ne peux être remboursé de mes 73€ de taxi. J’eus la bonne idée de contacter l’office de tourisme de Millau  et l’agence de mobilité Lio Occitanie ( l’agence mobilité Lozère Aveyron à la Maison de ma Région à Rodez). Les deux ont compris mon problème, réveillé leur contact à la SNCF qui a fini par reconnaître que le bus était passé à 20h30 et non à 20h47.

L’erreur n’était donc pas de mon fait mais bien de la SNCF. Christophe de Lio Occitanie Rodez m’a transmis le bon formulaire Internet, m’a assuré qu’il avait organisé une réunion de cadrage avec la SNCF pour que ce genre d’incident n’arrive plus (le chauffeur de bus avait-il oublié l’horaire ? Cet horaire lui avait-il été transmis ?). L’agence de taxi m’a, elle, transmis une facture dans la journée.

Au final, 73€ sont arrivés sur mon compte en banque, en provenance de la SNCF, le vendredi 3 janvier 2025, soit plus de 2 mois après l’incident.

J’ai déjà parcouru en entier, à pied, la Voie Régordane (du Puy en Velay à Saint Gilles du Gard. Mon épouse et moi avions poursuivi en Camargue pour finir à la plage, devant la Mer Méditerranée au Grau du Roi) et le chemin de Saint Guilhem le Désert. J’aime beaucoup marcher dans les Cévennes et j’y reviendrai malgré tous les obstacles qui furent mis à mon retour vers Paris lors de mon dernier séjour.

Par ailleurs, il existe un transport public plus rapide de Paris à Millau que la SNCF ne m'a pas proposé. Prendre le TGV de Paris gare de Lyon à Montpellier puis le bus de Montpellier à Millau, ligne régionale 234. Sens inverse au retour. Plus de temps dans le bus mais trajet beaucoup plus rapide. Comme la SNCF ne le propose pas, c'est au voyageur de s'assurer de la concordance des horaires et de la correspondance. Il faut donc prendre 2 billets par trajet: un pour le train, un pour le bus.

Grotte de Dargilan. Lundi 28 octobre 2024.

Grotte de Dargilan. Lundi 28 octobre 2024.

Deuxième problème mais beaucoup moins grave, la Poste dans les Cévennes. Logeant au gîte de Dargilan, j’ai visité la grotte de Dargilan dès mon arrivée lundi 28 octobre. Site extraordinaire qui vaut le voyage. Une cathédrale naturelle.

Mercredi 30 octobre, je vais en voiture au Mont Aigoual, visite, m’émerveille, m’instruis et achète 5 cartes postales à Météo France.

Je poste ces 5 cartes postales, sous enveloppe timbrée avec mon adresse au dos, jeudi 31 octobre à la boite aux lettres jaune de la Poste située devant la boutique de la grotte de Dargilan, à Meyrueis, Lozère, Occitanie, France.

Début décembre, je constate en interrogeant mes amis, tous demeurant en France hexagonale, qu’aucun n’a reçu sa carte postale du Mont Aigoual. Je vais sur le site Internet de la grotte de Dargilan, trouve une adresse électronique et écrit pour demander si la boite aux lettres est bien relevée.

Marie-Laure m’a aussitôt répondu qu’elle avait de gros problèmes avec la Poste cette année, cela lui portant préjudice (un arrêt maladie d’un employé qui ne lui arrive pas) et qu’elle allait s’en charger. Son action fut efficace. Un agent de la Poste a enfin ouvert la boite aux lettres où mes 5 cartes postales reposaient depuis le 31 octobre et elles sont toutes arrivées à destination vers mi-décembre, au grand plaisir de leurs destinataires.

Vue de l'Observatoire du Mont Aigoual. Mercredi 30 octobre 2024.

Vue de l'Observatoire du Mont Aigoual. Mercredi 30 octobre 2024.

De mes deux histoires, je déduis que les Cévennes ont voulu me retenir. Je reviendrai en touriste dans les Cévennes. Merci encore à Christophe du service de mobilités de la région Occitanie, à Pauline de l’office de tourisme de Millau & à Marie-Laure de la grotte de Dargilan pour leur aide précieuse.

Viaduc de Millau vu d'un pont sur le Tarn à Millau. Jeudi 31 octobre 2024.

Viaduc de Millau vu d'un pont sur le Tarn à Millau. Jeudi 31 octobre 2024.

Le 10 janvier 2025, j'ai adressé un courrier postal à Madame Carole Delga, présidente du conseil régional d'Occitanie, pour lui raconter mes soucis de transports publics et de communications dans les Cévennes. J'ai reçu une réponse datée du 15 janvier 2025, signée de Madame la présidente, indiquant que ma demande avait été transmise à la Direction des mobilités et proximité pour traitement. Dont acte.

Causse Méjean vu de Dargilan. Lundi 28 octobre 2024.

Causse Méjean vu de Dargilan. Lundi 28 octobre 2024.

Les photographies de cet article sont l'oeuvre de Guillaume Lagrée. Toute utilisation de ces oeuvres sans autorisation de leur auteur constitue une violation du Code de la propriété intellectuelle passible de sanctions civiles et pénales.

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Randonnée d'un jour . Cévennes. Causse Noir. Dargilan - Meyrueis et retour.

17 Novembre 2024 , Rédigé par Guillaume Lagrée

Balise GR62A

Balise GR62A

Bienvenue à la 3e abonnée de ce blog.

Que les Dieux et les Muses la protègent!

Lectrices exploratrices, lecteurs randonneurs, si vous en avez le temps, l'envie et la capacité, vous pouvez traverser la France du Sud à pied d'Est en Ouest, des Alpes de Haute Provence à la Gironde, par le GR6, sentier des Alpes à l'Océan Atlantique.

A ce long chemin, s'adjoignent des embranchements locaux.  C'est l'un d'eux que j'ai parcouru le mardi 29 octobre 2004, en Occitanie, en Lozère, par le GR62A de Dargilan à Meyrueis, soit environ 15km aller- retour dans le massif des Cévennes.

Parc national des Cévennes

Grotte de Dargilan à 500m du GR. Vaut la visite.

Logement au gîte de Dargilan à Meyrueis, Lozère, Occitanie, France.

Déjeuner à l'hôtel restaurant Family à Meyrueis, Lozère, Occitanie, France

J'ai passé des vacances dans un désert français, le parc national des Cévennes, réserve d'espace naturel, de silence et de nuits étoilées classée au patrimoine mondial de l'humanité par l'UNESCO du lundi 28 au jeudi 31 octobre 2024.

Une fois arrivé au gîte de Dargilan, j'avais tout le nécessaire à disposition sur place, sauf la nourriture. J'aurais pu prendre la voiture pour aller au village de Meyrueis faire des courses mais j'avais repéré le GR62A qui part pour le village de Meyrueis, devant le gîte, de l'autre côté de la route. Je suis donc parti sac vide le mardi 29 octobre 2024 vers 10h30. Le paysage au départ se trouve dans la photo ci-dessous.

Au départ de Dargilan

Au départ de Dargilan

Le chemin se poursuit comme dans la photo qui suit.

Randonnée d'un jour . Cévennes. Causse Noir. Dargilan - Meyrueis et retour.

Je marche sur le Causse Noir avec vue sur les Cévennes et c'est grandiose.

Randonnée d'un jour . Cévennes. Causse Noir. Dargilan - Meyrueis et retour.

Le chemin passe en forêt.

Randonnée d'un jour . Cévennes. Causse Noir. Dargilan - Meyrueis et retour.

Je passe devant une source canalisée des mains de l'homme. Travail simple et efficace avec un conduit en bois.

Randonnée d'un jour . Cévennes. Causse Noir. Dargilan - Meyrueis et retour.

Un autre travail de l'homme à admirer en chemin. Une lavogne, abreuvoir pour brebis. Non, ce n'est pas du Land Art.

Randonnée d'un jour . Cévennes. Causse Noir. Dargilan - Meyrueis et retour.

Le chemin est aisé à suivre, bien tracé et bien balisé. J'arrive au hameau de Sérigas. Un employé de Gorges du Tarn Tourisme fixe un panneau de balisage. Je le félicite pour la qualité du travail. Pas besoin de carte ni de GPS pour marcher sur ce sentier. Il suffit de suivre les balises et les flèches.

Randonnée d'un jour . Cévennes. Causse Noir. Dargilan - Meyrueis et retour.

Arrivée sur les hauteurs de Meyrueis, Vue depuis une chapelle mariale, donc catholique, qui remplace un château rasé sur ordre du Roi Louis XIII après que ses troupes aient vaincu les armées protestantes du Duc de Rohan retranchées dedans. Je suis dans les Cévennes, terre où les guerres de religion entre Protestants et Catholiques furent sans merci du XVIe au XVIIIe siècle. La situation s'est réglée avec la Révolution française et la Déclaration des droits de l'homme et du Citoyen qui proclame la liberté religieuse (article 10). 

Vue sur Meyrueis depuis la chapelle mariale

Vue sur Meyrueis depuis la chapelle mariale

Le village de Meyrueis est traversé par la Jonte qui fait la frontière entre le Causse Noir et le Causse Méjean.

Randonnée d'un jour . Cévennes. Causse Noir. Dargilan - Meyrueis et retour.

Le village de Meyrueis est fort joli et recèle quelques surprises comme ce masque dans un mur.

Randonnée d'un jour . Cévennes. Causse Noir. Dargilan - Meyrueis et retour.

Un objet plus typique du village cévenol, c'est cet appareil pour tenir lié âne, vache, cheval, le soigner, le ferrer, le marquer.

Randonnée d'un jour . Cévennes. Causse Noir. Dargilan - Meyrueis et retour.

Après avoir fort bien mangé à l'hôtel restaurant Family, respecté la pause méridienne (commerces fermés entre 13h et 15h), rempli mon sac à dos de victuailles, je fais demi tour et repars vers le gîte de Dargilan. En faisant un léger détour pour voir cette croix de route.

Randonnée d'un jour . Cévennes. Causse Noir. Dargilan - Meyrueis et retour.

Au retour vue sur le Causse Méjean au soleil couchant.

Randonnée d'un jour . Cévennes. Causse Noir. Dargilan - Meyrueis et retour.

Au final, un sentier du GR62A bien tracé, bien balisé, qui descendait à l'aller et montait au retour. Curieusement, alors que je descendais à vide et remontais à plein, le sac à dos rempli de victuailles, j'ai trouvé l'aller plus dur que le retour, notamment un passage le long d'un muret que je n'ai même pas vu au retour. L'appel de l'écurie certainement.

 

 Pour l'illustration musicale de cette marche, j'ai choisi deux interprétations du compositeur occitan Déodat de Séverac (1872 - 1921). Par deux pianistes Français. L'Italien Aldo Ciccolini en extrait audio au dessus de cet article. Le Libanais Ziad Kreidy en vidéo en dessous de cet article.

Les photographies de cet article furent prises en chemin le mardi 29 octobre 2024 par l'Excellent Guillaume Lagrée. Toute utilisation de ces oeuvres sans autorisation de leur auteur constitue une violation du Code de la propriété intellectuelle passible de sanctions civiles et pénales.

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De Paris à la Belgique. A la recherche du sentier des Ardennes. IIe partie. De la Brie à la Champagne. Coulommiers - Vitry le François.

24 Août 2024 , Rédigé par Guillaume Lagrée

De Paris à la Belgique. A la recherche du sentier des Ardennes. IIe partie. De la Brie à la Champagne. Coulommiers - Vitry le François.

De Paris à la Belgique

A la recherche du sentier des Ardennes

IIe Partie

De la Brie à la Champagne en bord de Marne

Coulommiers (77) - Vitry le François (51)

10 jours de marche

Lundi 29 juillet - Mercredi 7 août 2024

GR11 (Ile de France). Tronçon n°7: Coulommiers - La Ferté sous Jouarre.

GR15 ( Vallée de la Marne):  La Ferté sous Jouarre - Dormans

Véloroute 52 (Marne) : Dormans - Vitry le François

Parc naturel régional de la Montagne de Reims

Après avoir vainement tenté de trouver sur le terrain le GR14 sentier des Ardennes, en lle de France, de Paris à Coulommiers en octobre 2022, je reprends le tracé de ce sentier disparu, chargé d'Histoire, parsemé de batailles franco-allemandes. Je suis à peu près le GR15, Vallée de la Marne, de Coulommiers (77) à Vitry le François (51) en passant par Nogent l'Artaud, Epernay, Chalons en Champagne, remontant le cours de la plus longue rivière de France, la Marne, principal affluent de la Seine (ou de l'Yonne selon les géographes précis) qu'elle rejoint à Charenton le Pont, dans le Val de Marne, justement.

Bayou de Brie

Bayou de Brie

Lundi 29 juillet 2024: Paris (75) - Coulommiers (77) - La Ferté sous Jouarre(77). 27km.

Ligne P du Transilien de Paris Est à Coulommiers. Trajet inclus dans le Pass Navigo 5 zones.

Paris Est: 8h17

Coulommiers: 9h19

Départ à 9h30 de la gare de Coulommiers.

Arrivée à 17h30 à la Ferté sous Jouarre.

GR11, le pays d'Ile de France, tronçon n°7 de Coulommiers à la Ferté sous Jouarre et route départementale.

Logement au camping des Bondons à la Ferté sous Jouarre.

Le plan est simple. Repartir de mon dernier arrêt, Coulommiers, en Brie mais sans passer par la fromagerie Jehan de Brie, celle qui fournit le Pape quand il dîne à Paris.

Transilien Paris Est - Coulommiers (ligne P). Très calme à part un Homme qui met son téléphone très fort. Je ne comprends pas la langue mais j'entends le bruit. Je viens le voir, lui demande de baisser le son. Il s'excuse, baisse le son et descend avant moi.

En gare de Coulommiers, les toilettes sont accessibles avec la carte Navigo. Ca marche mais c'est immonde. Ca l'était quand j'y suis passé vers 9h30 le lundi 29 juillet 2024.

En sortant de la gare, plusieurs marques GR & PR mais aucune direction indiquée. Je vais vers le centre ville et repère une route qui semble coller avec la carte. Tout de suite la marque du GR (blanche et rouge comme le drapeau de la Pologne pour la grande randonnée) me signale un escalier sur la gauche.

Je monte et trouve un joli chemin en sous-bois qui surplombe la route. Vaguement balisé et très peu fréquenté vu le nombre de ronces.

De vagues marques de PR (jaune pour la petite randonnée). Je demande mon chemin, regarde la carte et le GPS.  Je finis par opter par la solution la plus simple mais la plus désagréable pour un marcheur. Suivre la route départementale 402 de Coulommiers à la Ferté sous Jouarre.

Tout droit sans ombre en plein cagnard pendant des heures. Pour ne pas finir écrasé comme les hérissons que je vois sur la route, je porte un gilet jaune et des bandes jaunes fluo FFRP aux jambes et aux bras et marche côté gauche, face aux automobiles, sur le bas côté herbeux.

Les gendarmes de Seine et Marne ne m'ont pas arrêté comme gilet jaune. Le mouvement a commencé là bas en 2018.

Heureusement la D402 traverse la forêt domaniale de Choqueuse, ancienne propriété de l'abbaye de Jouarre (toujours en activité), au lieu dit La Fringale. Une aire de pique nique se trouve à La Fringale. Ca ne s'invente pas. A l'ombre, à l'écart de la route. La pause s'impose. Impeccable à condition d'avoir à manger et à boire. J'ai cela dans mon sac à dos. Pas vu de poubelle par contre. 

Arrivé à Jouarre, le bar est fermé pour vacances d'été. Dommage. Ils ont perdu un client assoiffé. 

Le GPS m'indique un chemin à travers bois pour arriver au camping des Bondons. En passant une barrière et remontant une pelouse qui  longe des propriétés avec des chiens agressifs. Le chien étant l'ennemi juré du marcheur, je rebrousse chemin.

Je reprends la route et demande mon chemin à deux ouvriers maçons qui me l'indiquent très précisément. Je me ravitaille en eau après des habitants dans leurs jardins. Je crois trouver le chemin du camping mais c'est une fausse piste m'explique un enfant. Il a raison. Je trouve le camping des Bondons à 17h30. 8h de marche pour y arriver depuis la gare de Coulommiers. Ca se mérite. 

Le camping des Bondons, c'est un parc boisé, un château hôtel restaurant et un camping avec des emplacements et des maisonnettes en bois. Tout en un mais le restaurant est ouvert du mercredi au dimanche inclus. Lundi 29 juillet le restaurant est donc fermé. 1 km de marche pour aller chercher un restaurant ouvert le lundi soir à la Ferté sous Jouarre c'est au dessus de mes forces. Tant pis. Je me débrouille avec les victuailles de mon sac à dos.

Ce sera plus confortable demain. Etape courte et logement chez un couple d'amis: bon repas, lessive, sieste en perspective.

Ma petite maison de bois est propre, bien équipée et agencée, volets clos et bien ventilée. Pas de problème de canicule dedans. Il y a la télévision pour regarder les Jeux olympiques de Paris (JOP) que j'ai fui ce matin. J'étais tellement fatigué qu'après la douche et un repas frugal je me suis couché et endormi comme une masse à 21h. Rien vu des Jeux ce soir là.

 

En chemin le long de la Marne après la Ferté sous Jouarre

En chemin le long de la Marne après la Ferté sous Jouarre

Mardi 30 juillet 2024: La Ferté sous Jouarre (77) - Crouttes sur Marne (02)

10km. 

Départ: 9h50 (du village de la Ferté sous Jouarre)

Arrivée: 13h

Passage de la Seine et Marne, région Ile de France, en Brie, à l'Aisne, régions Hauts de France (ex Picardie), en Champagne.

Gite amical chez C& A.

Rien à manger ce matin. Dormi de 21h à 23h30 puis de 2h à 6h et de 6h30 à 7h30. J'arrive à la réception du camping pour rendre les clefs à 9h15.

La route à droite descend doucement à la Marne et à la Ferté sous Jouarre m'explique la gérante. 

En effet, je suis la route jusqu'à la Marne. En chemin, je vois un mamie qui sort de chez elle à pied faire ses courses. Je la suis et elle m'emmène jusqu'au pont sur la Marne. En chemin, je vois bien la balise du GR15 le long de la Marne. Je franchis le pont et arrive dans la rue commerçante de la Ferté sous Jouarre.

Café avec vue sur Marne tenu par des Chinois qui parlent français. Comme à Paris. Le café ne fait pas de petit déjeuner. Je vais à la boulangerie acheter un pain aux raisins et un chausson aux pommes et revient au café les manger avec un thé vert et un jus de pomme. Je me recharge en sucres rapides. 

Je sors la carte et discute avec des habitués du café. Ils me conseillent de repasser le pont et de suivre le GR15 sur l'autre rive de la Marne même si Crouttes sur Marne, mon objectif du jour, se trouve sur cette rive. 

Je suis leur conseil, repasse le pont, tourne à gauche et suit la balise blanche et rouge du GR15 vallée de la Marne. 

Soit c'est mieux balisé qu'hier soit je suis plus attentif. Ce n'est pas le même GR. Je suis passé du n°11 au n°15. Il est donc possible qu'il soit mieux balisé. 

En tout cas, je suis un joli chemin ombragé tout droit, tout plat, en bord de Marne. Le sentier quitte ensuite la Marne pour rejoindre la D402 que j'ai suivi hier. Je vois bien la balise du GR qui me fait monter en forêt pour redescendre à la Marne, quelques kilomètres plus loin, à Luzancy. 

Marcher le long de la Marne me ferait prendre trop de méandres. Suivre le GR aussi. Je suis donc la D402 mais à l'ombre cette fois. 

J'arrive tranquillement à Luzancy où le pont sur la Marne est fermé pour travaux depuis hier lundi 29 juillet.

Je vais au bar remplir ma gourde d'eau fraîche et boire un verre de soda noir américain pour la recharge immédiate en sucres et sels minéraux. Un habitué m'apprend que je peux passer le pont à pied. Il est 12h. J'appelle C, mon hôtesse et la préviens de mon avancée. Je traverse le pont et repère la marque du GR qui monte à travers bois. 

Je rappelle C qui m'explique, qu'après le bois, je vais devoir marcher en plein soleil sur le plateau de la Champagne sèche et pouilleuse. Pas agréable du tout. Son mari, A, vient me chercher en voiture puisqu'il n'aura pas à passer le pont. Je reste l'attendre à l'ombre.

Il arrive et m'emmène chez eux à Crouttes sur Marne. Accueil amical. Belle maison avec jardin près des vignes de Champagne. Je remets à mes hôtes mes cadeaux Délices de Guyane: savon, miel, infusion. Réflexe outre-mer! 

Délicieux déjeuner. Rôti de porc aux épices avec riz et pommes de terre. Cela me change des conserves tirées du sac hier. Pour fêter mon arrivée en Champagne, première dégustation de champagne du parcours. Plusieurs propriétaires récoltants à Crouttes sur Marne.

Lessive en machine et à la main. Sieste l'après-midi. Après la sieste, A m'amène en voiture dans un magasin de sport de Château Thierry acheter des sandales car j'ai perdu hier en chemin celles que j'avais amené. Mal accrochées à l'extérieur du sac. Objet indispensable après avoir retiré les chaussures de marche à l'étape.

Achat de poisson (bar) à un Supermarché U  à l'accueil déplorable: pas de poissonnier, plan de travail sale, pas de prix réduit alors que personne n'est là pour vider et écailler le poisson. Heureusement, A est un expert en poisson. De retour chez lui, il écaille, vide, fait cuire les deux bars au grill dehors avec des herbes dessus. Un délice digeste pour mon dîner. Leurs deux enfants étant en vacances chez leur grand-père, je profite d'une chambre bien fraîche et aérée avec vue sur les champs et collines pour dormir comme un bébé.

Merci encore à C & A pour ce gîte amical offert pour ma 2e étape de cette randonnée le long de la Marne. Très reposant après la longue et dure étape de la veille.

 

Plongeoir en bord de Marne

Plongeoir en bord de Marne

Mercredi 31 juillet 2024 : Crouttes sur Marne (02) - Nogent l'Artaud (02)

14 km.

Départ: 8h50

Arrivée: 14h

Logement au Studio Champenois à Nogent l'Artaud.

Déjeuner au restaurant Le Bac à Charly sur Marne (02)

Dîner au restaurant turc Estel à Nogent l'Artaud (02)

Je dors fenêtre ouverte sans volet. Aucune pollution visuelle ou sonore dehors. Réveil au son joli de la pluie à 6h30. Délicieux petit déjeuner. Beurre salé de Bretagne. Crème caramel. Lait. Infusion hibiscus-ananas de Guyane que j'ai amené la veille.

Départ de la maison de famille à 8h50 après avoir de nouveau remercié C& A pour leur accueil. 

La pluie a cessé. Aujourd'hui, je néglige totalement le GR15. Il me suffit de suivre la Marne, le long du chemin de halage, pour arriver à Nogent l'Artaud. La carte est formelle. Sur le terrain, le chemin est large, visible, facile, sans personne dessus. Bien humide après la pluie du matin mais avec un pantalon de pluie et des grosses chaussures de randonnée étanches, je passe sans difficulté.

Vues superbes sur la Marne. Ici, c'est rien que des pauvres paysans. Dans les champs, je vois des chevaux, un hélicoptère, un bateau. La Champagne pouilleuse s'est mise elle aussi au vin de Champagne et les résultats se voient dans le paysage. 

Les points de repère me sont fournis par les écluses ou les poteaux électriques. 

A l'écluse de Charly sur Marne, juste avant Nogent l'Artaud, je demande mon chemin à une dame qui pêche. La quarantaine. Elle m'explique qu'elle ne travaille plus, à cause d'un cancer, qu'elle ne parle plus à son père, un Arabe selon ses termes, qu'il ne lui reste que 2-3 amis et qu'elle a arrêté la chimiothérapie qui l'épuise mais ne l'a pas dit à sa colacataire. Elle se confie à moi car je suis un inconnu qui passe et qu'elle ne reverra jamais.

Juste après l'écluse, restaurant Le Bac, face à la Marne . Il semble très sympathique mais à 11h05 il est trop tôt pour m'arrêter . Je poursuis mais, à 11h30, je décide de faire demi tour pour revenir à l'écluse inviter la pêcheuse cancéreuse à déjeuner avec moi. Trop tard. Elle est déjà partie quand je reviens.

Déjeuner en terrasse avec vue sur Marne mais gâchée par un camion qui laisse tourner son moteur. L'essence n'est pas assez chère manifestement. 

Un soda noir américain version Breizh pour commencer. Une bouteille d'un litre d'eau minérale des Vosges. En plat, suprême de poulet avec fruits secs, tomates et frites. 2 boules glaces artisanales d'un Italien de Paris. 50€ en tout. Je ne suis pas à Paris c'est clair. 

Ma tenue de randonneur fait que le serveur, fils du patron, me parle de son chemin de Compostelle avec son père, en partant de Conques (12). 

Je lui raconte ma marche de Paris à Rome et cette marche de Paris à la Belgique par la Brie, la Champagne, la Meuse et les Ardennes.

A 13h, repu et hydraté, je repars alors que le temps se couvre. 

Avant l'arrivée au pont pour aller à Nogent l'Artaud, un couple de Néerlandais marcheurs m'explique que j'y arrive.

L'inspection est vite faite. Il n'y a plus de restaurant français à Nogent l'Artaud. Il y avait un restaurant gastronomique mais il a fermé. Il reste 2 kebabs. A Nogent l'Artaud, le député de la 5e circonscription de l'Aisne a été élu au 1er tour des élections législatives 2024. Il est membre du groupe Rassemblement National. 

Il est à peine 14h, le café est fermé pour vacances d'été et mon studio est libre pour 16h. Je m'installe lire sur un banc devant les ruines de l'abbaye royale de Nogent l'Artaud. Aucun panneau explicatif devant mais le site est émouvant. Fermé à la visite. pour raisons de sécurité.

Je récupère les clefs sans difficulté. J'ai appris à faire fonctionner les boîtes à clefs depuis mon échec à La Roche Guyon, lors de ma marche le long de la Seine, de Paris à Vernon.

Par contre, n'ayant plus de télévision chez moi depuis 1993, je n'arrive pas à faire fonctionner celle-ci. Comme la connexion Internet fonctionne, je suis les JOP depuis mon téléphone portable.

Dîner chez Estel, restaurant turc. Mezzé, aubergine farcie, riz au lit maison avec cannelle. Honnêtement, c'était bon et digeste. 

Château-Thierry

Château-Thierry

Jeudi 1er août 2024: Nogent l'Artaud (02) - Château Thierry (02).

16km.

Etape en TER Hauts de France en raison des orages du matin.

Départ: 8h45

Arrivée: 8h55

Appartement   à Château Thierry

Petit déjeuner au Café Noisette à Château Thierry

Déjeuner au traiteur italien la Bottega di Emma à Château Thierry

Dîner à la brasserie Le Saint Jean à Château Thierry

Rien à manger dans l'appartement et pas de café ouvert à Nogent l'Artaud. Je pars donc tôt. A 7H35 je suis dehors. La colère de Zeus se déchaîne. Pluie, vent, éclairs. La totale. Je me réfugie comme je peux sous un porche mais je me fais saucer tout de même.

Je sors de mon abri précaire à 8h pour aller à la gare. Entre 10mn de train à l'abri et 4h de marche sous la pluie, mon choix est vite fait. Journée de repos après 3 jours de marche.

A la gare de Nogent l'Artaud, le guichet est fermé car c'est l'été. Une seule borne automatique réservée aux détenteurs de la carte d'abonné au TER Hauts de France. Je ne suis pas abonné. Je n'ai pas de carte d'abonné. Je ne peux pas prendre de billet. Je n'ai aucune attention de charger l'application SNCF sur mon téléphone pour pallier à l'absence de service en gare. En vue d'un éventuel contrôle, je prends en photo la borne de vente, l'affiche de fermeture du guichet, la gare. Comme en Suisse , pour un trajet court, je voyage sans billet. Pas de billet, pas de contrôle. La SNCF m'a épargné 6€ que j'aurais pu payer si elle me l'avait permis.

Château Thierry est la ville natale de Jean de la Fontaine. Le fabuleux fabuliste est omniprésent dans la ville.

Le musée Jean de la Fontaine est installé dans sa maison natale où il  vécut jusqu'à sa mort. Musée fermé pour travaux jusqu'à fin 2025. Des fables de La Fontaine sont peintes sur les boites aux lettres jaunes de La Poste. J'achète mes premières cartes postales du voyage à la Librairie des Fables. Même un immeuble en travaux publics est couvert d'une affiche qui illustre les corps de métiers (maçon, architecte, plombier, électricien...) par des personnages des Fables.

Je monte au château des comtes de Champagne transformé en parc avec vue sur la ville, la Marne, les collines depuis le XIX° siècle. Splendide tant le site que la vue. La ville est belle malgré les destructions des deux guerres mondiales. 

Délicieux déjeuner à la Bottega di Emma, traiteur italien. Salade d'anchois puis lasagnes aux courgettes et au fenouil. 

La colère de Zeus s'est apaisé. Alternance de soleil et de nuages avec des coups de tonnerre au loin. 

L'église Saint Crépin vaut la visite. Gothique tardif (XVe siècle). Jean de la Fontaine y fut baptisé en 1621. L'appel aux dons est lancé pour la restaurer.

Mon appartement est dit de luxe. Pas de connexion Internet. Lit en mezzanine à moins d'un mètre du plafond. Si j'avais lu plus attentivement l'annonce, je ne l'aurais pas pris. La TV fonctionne mais le canapé pour la regarder est très fatigué. Par contre, il y a un clavier électrique DP201 mais je ne suis pas pianiste. Beaucoup d'équipement de cuisine mais je ne compte pas cuisiner. 

Dîner à la brasserie Saint Jean face à la statue de Jean de la Fontaine (qui d'autre?) et à la Marne. Salade digne d'un randonneur affamé. Bonne glace fraise avec sablé et chantilly maison.

 

 

 

Pause en bord de Marne

Pause en bord de Marne

Vendredi 2 août 2024: Château Thierry (02) - Dormans (51)

20km.

Passage de l'Aisne, région Hauts de France (ex région Picardie) à la Marne, région Grand Est (ex région Champagne Ardennes).

Petit déjeuner au Café Noisette à Château Thierry.

Hôtel Le Champenois, Dormans.

Restaurant Maison Suty, Dormans.

Lever tôt car rien à manger. Je retourne au Café Noisette qui est aussi délicieux et accueillant que la veille, prendre thé, jus de fruits et viennoiseries.

Je pars à 8h15 le long de la Marne, suivant le GR15 dans le mauvais sens.

Heureusement, j'ai un doute et demande mon chemin à une Ancienne qui se promène. Elle me dit de faire demi tour et de rester sur cette rive. Elle a raison. 

Après Château Thierry, à l'entrée de Brasles, je vois un vieux panneau routier qui indique la route des vins de Champagne Dormans - Epernay par la vallée de la Marne. Justement, je vais aujourd'hui à Dormans, demain à Epernay. Je suis donc dans la bonne direction.

Je bifurque aussitôt à droite pour quitter la route départementale et suivre le sentier de halage le long de la Marne. 

De temps en temps, par plaisir, je demande mon chemin à des promeneurs, des pécheurs mais il n'y a pas de doute. Je suis la Marne par un chemin boisé, sur une pelouse. Il n'y a personne. C'est beau, calme, paisible. 

Après l'écluse de Mont Saint Père, je tombe sur un miracle républicain. Le premier panneau de direction pour randonneurs depuis le départ de Coulommiers (77) lundi 29 juillet au matin. 

Le comité départemental de randonnée pédestre de l'Aisne a posé 2 panneaux clairs GR15 Vallée de la Marne. L'un indique Château Thierry d'où je viens. L'autre indique Dormans où je vais. 

Je continue donc à marcher dans la bonne direction. Le sentier est trempé des pluies de la veille. Je croise un pécheur mécontent car la pluie a troublé l'eau et caché les poissons (silure, cendre, brochet, carpe). Je ne lui réponds pas qu'au vu des vignobles de Champagne sur les coteaux de Marne les poissons sont forcément gavés aux pesticides.

Pause pique nique à l'aire de repos de Jougnolles parfaitement aménagée en bords de Marne. Tables, bancs, poubelles, toilettes, four pour grillades, agrès pour sportifs, jeux pour enfants, kayaks à louer, à l'ombre de grands arbres

La brume se lève. Il commence à faire chaud. En chemin, passage d'un pont sur la Marne à Sauvigny pour aller chercher de l'eau car ma gourde se vide. Rencontre avec un Ancien de 84 ans adorable qui me laisse entrer chez lui et me sort une bouteille d'eau fraîche de sa cave pour remplir ma gourde.

Une fois la gourde remplie, il reste de l'eau dans la bouteille que je finis derechef. Il remarque que j'avais soif. Je confirme. Il se souvient avoir déjà offert de l'eau à un jeune marcheur. Un vrai chrétien qui fait oeuvre de charité avec les randonneurs. Que la vie de cet homme reste douce. 

Je commence à en avoir marre de marcher et vois arriver Dormans. Je passe un pont sur la Marne pour entrer en ville. Sur la rambarde du pont, un autocollant " Région GrotEsque. La pseudo-région dont personne ne veut ". Un nostalgique de la région Champagne Ardennes qui refuse l'union avec la Lorraine et l'Alsace dans la région Grand Est. Grot signifie Grand en allemand. Allusion subtile. Je demande mon chemin à un tabac presse, à un bar et trouve mon hôtel.

L'hôtel le Champenois est à vendre mais fonctionne toujours. Le patron est adorable. Il m'indique la laverie automatique où laver mon linge et la terrasse de son hôtel avec fil et pince à linge pour le faire sécher. Il me propose de venir avant 7h30 pour me servir mon petit déjeuner.

Dans ma chambre, c'est l'inverse d'hier. Connexion gratuite à Internet mais je n'arrive pas à allumer la TV. Je suivrai donc les JOP sur mon téléphone portable.

Dîner exquis au restaurant Maison Suty. 63€. Le dîner le plus cher du parcours et le meilleur aussi.

Soda noir américain pour la recharge rapide en sucres et sels minéraux. Amuse gueule. Bouteille d'eau plate car il fait soif. Flan aux courgettes en entrée. Côtelettes d'agneau fleur de sel et carottes confites. Glace cerise griottes avec liqueur de cerises griottes et verre de champagne rosé Alain Mercier, propriétaire récoltant à Passy sur Marne (le meilleur champagne du parcours). Le seul champagne dont j'ai retenu le nom des 4-5 testés pendant ce parcours. Un nectar des dieux. Je n'ai aucun intérêt dans l'affaire. A consommer avec modération.

 

Cousinade en bord de Marne

Cousinade en bord de Marne

Samedi 3 août 2024: Dormans (51) - Epernay (51)

29 km.

Départ: 8h15

Arrivée: 18h.

Hôtel Première Classe, Epernay.

Dîner au Sardaigne à Epernay.

 

 

Petit déjeuner français à 7h30. Baguette et croissant frais. Le patron s’inquiète de mon linge. Je lui explique que je l’ai rangé hier soir en revenant de dîner car il était déjà sec. Ca l’épate.

L’hôtel Le Champenois à Dormans est à vendre. J’espère que le prochain patron sera aussi sympathique et accueillant que l’actuel. Celui-ci m’explique comment rejoindre la voie verte vers Epernay le long de la Marne.

Je descends sur cette rive et trouve un étroit passage entre la Marne et la voie de chemin de fer. Bof.

Je remonte sur la route, repasse le pont franchi hier à l’arrivée, tourne à droite vers l’Est et le soleil levant et trouve la véloroute 52 . Elle fait partie de la véloroute Paris-Strasbourg qui fait elle-même partie de la véloroute Paris-Prague.

Inconvénient :

C’est du bitume donc mauvais pour les articulations.

Avantages :

  • Pas de voiture
  • Direction & kilométrage indiqués
  • Parcours au calme le long de la Marne

Plus d’avantages que d’inconvénient. Je suis donc la véloroute 52 vers Epernay. Je la suivrai jusqu’à sa fin, qui est aussi celle de mon parcours, à Vitry le François, le long de la Marne et de son canal latéral construit au XIXe siècle pour rendre la navigation fluviale plus aisée.

Le patron de l’hôtel m’avait annoncé 26km. Il y en a 29 d’après le panneau indicateur.

C’est tout droit vers l’Est le long de la Marne. C’est beau, calme, facile avec quelques vélos croisés de temps en temps.

Je croise un bar d’été fermé. Le patron nettoie. Je vois une bouteille d’eau minérale qui traine. Je la récupère pour compléter ma gourde et jette la bouteille vide à la poubelle.

Au bout de quelques kilomètres, la marque du GR arrive sur la piste cyclable. Logiquement, celle du GR15 vallée de la Marne.

Quelques kilomètres plus loin, le GR15 et la VR52 partent dans les collines. La carte est formelle. Les deux chemins font un détour dans les vignobles de Champagne alors qu’il me suffit de suivre la Marne pour arriver à Epernay.

Je poursuis donc sur le sentier de halage, sans balise, sans panneau, sans bitume, longeant la Marne, seul, avec les bruits au loin des trains et des voitures. C’est le vrai luxe ; beauté, silence et espace.

Je retrouve la véloroute 52 quelques kilomètres plus tard. Le chemin est long. Ma réserve d’eau (gourde d’1,5L) baisse. Je vois une dame sortir de sa maison devant un quai de la Marne. Je lui demande poliment et elle va remplir ma gourde. Son mari sort. Il repère mon tshirt technique FFRP. Il dirige un club local de randonnée. Il m’explique que le GR14 sentier des Ardennes a disparu mais a été remplacé, peu ou prou, par le GR15 Vallée de la Marne.

Il me reste 10km à parcourir. Facile. Il suffit de suivre le panneau pour Epernay le long de la Marne. Pas besoin de carte ou de GPS.

En chemin, j’ai découvert un buisson de mûres qui poussent sur la barrière d’un pont abandonné. Plein de vitamines fait.

Je croise un couple de cyclistes quadragénaires. Randonneurs aussi. Nous nous arrêtons et discutons de nos parcours autour de délicieuses mirabelles qu’ils viennent de cueillir en chemin

J’arrive en passant le pont sur la Marne. Je trouve l’hôtel. Petit déjeuner libre à partir de 6h. Parfait pour un randonneur.

Mon hôtel est à l’écart du centre-ville. J’y retourne et trouve le restaurant italien Le Sardaigne. Pourquoi pas la Sardaigne ? Je l’ignore. Enorme gratin de cannelloni en plat. Enorme banana split en dessert. Si je n’avais pas marché 29km aujourd’hui, je n’aurais pas été de taille. Bon et copieux.

Comme hier, le soleil était voilé jusqu’à 16h. Pas de pluie, pas d’orage, pas de canicule. Temps parfait pour marcher.

 

Canal latéral de la Marne

Canal latéral de la Marne

Dimanche 4 août 2024: Epernay (51) - Condé sur Marne (51)

18 km.

Chambre d'hôtes la Clé des champs, Condé sur Marne.

Départ : 7h10

Arrivée : 12h

 

L’avantage de cet hôtel Première classe, c’est que le petit déjeuner est en accès libre dès 6h du matin. J’y suis à 6h20.

Départ à 7h10 après avoir fait remplir ma gourde en cuisine car c’est impossible dans le lavabo de la salle de bains.

Je repars vers le centre-ville d’Epernay et m’arrête devant un plan de la ville sur un grand panneau.

Je comprends mon erreur. Je dois revenir à l’hôtel et poursuivre un chemin pour retrouver le canal latéral à la Marne et la véloroute 52 jusqu’à Condé sur Marne.

Après avoir franchi le pont sur la Marne, je tourne à droite pour descendre à la Marne et retrouver mon chemin.

Pas d’indication. Je croise un Ancien avec casquette sur la tête et cigarette au bec. Il prétend ne pas connaître le coin. Soit il est simple d’esprit, soit il n’aime pas les étrangers. Peu importe. 100m plus loin, je trouve le panneau indiquant la direction de la véloroute 52. Je la rejoins par un chemin du canal que j’avais repéré hier. C’est le raccourci que j’aurais dû prendre pour arriver directement à mon hôtel sans faire un détour par le centre-ville d’Epernay. Pas grave.

Je suis la véloroute 52 tout droit vers l’Est et le soleil levant. Impossible de se tromper.

Je croise coureurs et cyclistes du dimanche. Ceux qui disent bonjour et ceux qui ne le disent pas.

Le temps est couvert. 5mn de brumisateur céleste gratuit. Pas besoin de ma changer. C’est toujours aussi beau, calme et vert.

Après la longue étape d’hier, étape courte aujourd’hui. J’arrive à 12h à Condé sur Marne. La cloche de l’église me l’indique. Ni café ni restaurant. Je trouve une table avec blanc pour pique-nique.

J’appelle la chambre d’hôtes. Patron très sympathique qui me permet d’arriver à 12h45 alors que c’est prévu pour 16h.

Le GPS m’embrouille. J’appelle la patronne qui m’explique. A côté de la halle en face de la boulangerie. J’arrive pour 12h55 et le patron m’apprend que la boulangerie ferme à 13h pour congés d’été.

J’y file illico et la boulangère me rassure. Elle ferme boutique à 13h30. J’achète une part de tarte aux pommes pour l’immédiat, du pâté en croûte et baguette tradition pour ce soir.

La clef des champs est une chambre d’hôtes pas un gîte. Pas de dîner mais petit déjeuner à 6h30. Horaire pour randonneur.

Patron très sympathique. Agriculteur céréalier, il fournit le distributeur de produits fermiers accessible 24/24 à l’entrée du village. Habile.

Je fais ma lessive à la main dans l’évier de la cuisine avec un bloc de savon de Marseille qui peut laver l’homme et les vêtements. Très utile au randonneur. Ma lessive sèche au soleil et au vent sur une grille devant la piscine qui n’est pas ouverte.

Immense salon installé dans une écurie rénovée avec goût. A l’étage, 3 chambres pour un seul client aujourd’hui : moi. Deux femmes avaient réservé une chambre mais ne sont pas venues. Elles resteront donc pour moi deux belles inconnues.

Le gîte est situé sur le chemin de Compostelle et sur la Via Francigena. Depuis 2005 où il a ouvert le gîte, le patron n’a jamais entendu parler du GR14 sentier des Ardennes. Il ne devait pas passer par Condé sur Marne et de toute façon le GR14 a disparu sur le terrain même s'il existe toujours sur les cartes et sur le site Internet de la Fédération française de randonnée pédestre.

Je suis sur une terre de batailles. Français, Allemands, Anglais, soldats du Commonwealth, Américains, Russes sont enterrés ici depuis plus de 100 ans.

L’hôte m’explique que des Belges sont venus déterrer leur grand-père, fait analyser son ADN (c’était bien lui) et ramené le tas d’os pour l’enterrer en Belgique.

Après la sieste de 15h, je vais faire mes provisions au distributeur de produits fermiers. Pas de fromage en vente. Je prends juste un kg d’abricots (froids mais fermes, juteux, goûteux) et une conserve d’1kg de bœuf carottes produit à Argoules (Somme, Hauts de France). Une amie de la Somme me confirme que ce sont des produits de qualité. Pot familial mais je me sens d’attaque pour le manger seul.

Par contre, je renonce au miel (pot d’1kg) et au jus de pomme (2L minimum). Trop pour moi.

Condé sur Marne est un village apparemment mort. Même l’église n’est pas accessible à la visite. Très bon accueil à la chambre d’hôtes. Je regrette juste de n’avoir pu utiliser la piscine. Il faut s’organiser pour le ravitaillement mais le distributeur de produits fermiers dépanne 24/24 et se trouve à 200m de la clé des champs.

Au départ de Condé sur Marne

Au départ de Condé sur Marne

Lundi 5 août 2024: Condé sur Marne (51) - Châlons en Champagne (51)

20 km.

Hôtel le Pot d'Etain, Châlons en Champagne.

Déjeuner à l'Edito, Châlons en Champagne

Dîner à la Marotte, Châlons en Champagne

Départ : 7h30

Arrivée : 11h45

 

Petit déjeuner français servi à 7h avec pain frais, croissant, yaourt, thé, jus de fruits, beurre, confiture.

L’hôte, un céréalier, m’apprend que l’hectare de vigne en Champagne se vend de 1,5 à 2 millions d’euros. A ce prix, l’investissement est rentabilisé par les héritiers.

Je pars comme une fleur devant le patron qui me rappelle que je ne l’ai pas payé. Comme il ne m’en a pas parlé depuis mon arrivée hier, je croyais avoir payé par avance. Erreur. Je pose le sac, l’ouvre, sors le chéquier et paie ma dette. 55€. Très raisonnable vu le confort et l’accueil.

Denis m’indique le chemin pour rejoindre le canal de la Marne que je n’aurais qu’à suivre jusqu’à Châlons en Champagne.

En 17km le long de la Marne, je croise 54 cyclistes, 8 promeneurs, 2 coureurs et quelques bateaux.

La canicule est revenue. Heureusement, je marche uniquement le matin. Le GR15 suit la VR52. Juste à l’entrée de la ville, je lâche le GR pour rester sur la véloroute le long du canal latéral de la Marne.

Je prends la sortie Châlons gare. Erreur. J’aurais dû prendre la suivante : Châlons centre.

Je demande mon chemin et trouve le centre historique. Magnifique. Cathédrale, église, mairie, musée, immeubles, tout a du style, du Moyen Age au XVIIIe siècle. Je trouve le buste de Pierre Dac portant un Os à moelle en nœud papillon sur sa maison natale. Cabu est lui aussi né à Châlons sur Marne (en Champagne aujourd’hui) et a droit à ses étoiles sur le sol de la ville. 

Déjeuner à l’Edito sur la place Foch ou le Maréchal Foch passa en revue les troupes françaises le 13 septembre 1914 après la victoire de la Marne.

Excellent tartare au couteau mais frites froides. Dommage. Je n’ose me plaindre à la jeune et charmante serveuse. Trop gentil. Coupe champenoise au marc de Champagne et glaces au biscuit rose de Reims. Exquis.

Arrivée à l’hôtel le Pot d’Etain à 13h. Ma chambre est prête. Douche et sieste au frais & à l’ombre jusqu’à 16h. Pas de climatisation. Plus sain.

Ballade en ville pour admirer la cathédrale Saint Etienne et la collégiale Notre Dame de Vaulx. Châlons en Champagne est sur les chemins de Compostelle (label UNESCO) et sur la Via Agrippa de Milan à Boulogne sur Mer. Mon hôtel a logé les officiers de Jeanne d’Arc. Il a été rebâti depuis. L’histoire se lit à livre ouvert dans cette ville. Deuxième séance de cartes postales du parcours après Château Thierry.

Châlons en Champagne est une ville magnifique. Un couple d’amis a quitté Paris pour Châlons il y a quelques mois. Ils sont en vacances. Je reviendrai les voir.

Dîner à la Marotte, restaurant savoyard.  Gratin de crozets et diots de Savoie avec salade verte. Glaces artisanales de Morzine avec chantilly (j’avais demandé sans chantilly) et verre de champagne rosé moins exquis que celui d’Alain Mercier savouré à Dormans.

Château de Vitry la Ville

Château de Vitry la Ville

Mardi 6 août 2024: Châlons en Champagne (51) - Vitry la Ville (51)

18 km.

Château de Vitry la Ville. Chambre & table d'hôtes.

Départ : 8h

Arrivée : 13h

A Châlons en Champagne j’ai droit au petit déjeuner le plus complet du parcours. Pain et viennoiseries frais, fruits secs, fruits frais, salade de fruits, yaourt, charcuterie, fromages, œufs, jus de fruits, thé. J’en profite dès 7h. En sortant de l’hôtel, je retrouve facilement l’entrée du canal latéral à la Marne et le chemin pour Sarry (Marne) qui n’est pas le Sarry (Yonne) où je me suis arrêté l’été 2021 en traversant la Bourgogne, d’Auxerre à Dole, sur mon chemin de Paris à Rome.

D’après la carte et les panneaux, la VR52 s’arrête à Monsachet, 7km à l’Est de Chalons en Champagne. Après ce sont les 3 GR : Vallée de la Marne (15), Via Francigena (145) & chemin de Compostelle (654).

En vrai, sur le terrain, la véloroute 52 se poursuit jusqu’à Vitry le François, terminus de mon parcours.

En chemin, je discute avec un couple de cyclistes, sexagénaires sportifs, qui roulent et marchent. Je leur donne envie de faire la Via Francigena pour Rome. Ils ont renoncé au chemin de Stevenson car ils ont commis l’erreur de le parcourir en septembre. 3 jours d’épisode cévenol les ont découragés.

Je croise aussi une jeune retraitée cycliste qui cueille des mûres. Je m’arrête pour les manger car les mûres s’écrasent dans le sac à dos.

Je lui explique que je devais dormir et manger à Chalons en Champagne chez un couple d’amis mais que j’ai dû payer l’hôtel car ils n’étaient pas en ville hier. « Vous m’auriez dit. Je vous aurais hébergé » me répond t-elle en riant.

Je poursuis mon chemin et tourne à droite pour Pogny où je dois suivre la D54 pour Vitry le François.

En fait, c’est mieux. Il existe une piste cyclable parallèle à la D54.  Je marche donc tranquille à l’abri des voitures (barrière entre la route et la piste cyclable).

Pause déjeuner à l’ombre sur une aire de pique-nique avec tables, bancs et poubelles. Impeccable. A part le bruit d’un moteur de camion qui tourne à l’arrêt. Comme devant le restaurant de Charly sur Marne il y a quelques jours. Ce camion n’a pas de chauffeur. Il est parti en laissant le moteur allumé. Manifestement, l’essence n’est pas assez chère en France pour être ainsi brûlée sans rouler. Je suis resté 30mn pour déjeuner. Le moteur tournait encore quand je suis parti.

J’arrive à Vitry la Ville en croisant l’embranchement des GR15, 145 & 654 pour Vitry le François, mon terminus demain. Je reste sur ma piste cyclable jusqu’à Vitry la Ville.

Une fois dans le village, je vois un café restaurant fermé et le château indiqué de là où je viens. Rien vu. Bizarre.

Je vérifie avec le GPS. Le château est à 300m derrière l’église. Je trouve le château du XVIIIe siècle. Superbe entrée. Dans la cour tables et chaises à l’ombre. Je m’assieds, me pose et appelle au numéro indiqué. Répondeur direct.

Il est 13h et je suis censé arriver à 16h. Je m’installe, lit et somnole à l’ombre. Je rappelle à 15h et 16h. Répondeur direct. Je laisse un message à chaque fois. J’envoie un SOS sur SMS. Pas de réponse.

Je prends mon sac, fais le tour du château, trouve une porte ouverte, entre, circule. Personne. Derrière une porte sur laquelle est écrit Privé, j’entends la télévision diffuser les Jeux olympiques. Je tape à la porte tout de même. Pas de réponse. La tv couvre mes coups sur la porte.

Je ressors, fais le tour du château et tombe sur un beau jeune homme qui va passer la tondeuse auto tractée. Il me dit en anglais qu’il va appeler son père. Je suppose donc que le propriétaire est Britannique.

Le père arrive, me parle en français et m’offre la jouissance d’une chambre bleue en toile de Jouy avec lit à baldaquin, de la piscine où je m’amuse de 17h à 17h45 en attendant le dîner à 19h30.

En fait, il me suffisait d’aller à la réception, située côté gauche de la façade du château et le fils m’a parlé anglais car la plupart des clients ne parlent pas français.

Château du XVIIIe siècle rénové avec un goût exquis dans le plus grand respect du style d’origine même pour les serrures et les clefs.

Excellent dîner de table d’hôtes. Amuse-bouche vendéen. Salade tomate mozzarella. Pâtes fraîches avec sauce tomate maison. Plat spécial randonneur. Plateau de fromages. Tarte myrtilles avec glace vanille et coupe de champagne. Prune en digestif.

A table, le patron m’explique que les vrais Seigneurs de la Marne, ce ne sont pas les viticulteurs mais les céréaliers comme celui qui m’a logé à Condé sur Marne. 3 voitures dans la cour de la maison et ni vieilles, ni de petite cylindrée. En Marne, il y aurait des règles pour le commun des mortels et d’autres règles pour les céréaliers.

Après un tel repas et dans une telle chambre, je dors comme un loir.

Arrivée à Vitry le François

Arrivée à Vitry le François

Mercredi 7 août 2024: Vitry la Ville (51) - Vitry le François (51) - Paris (75)

18 km de marche.

Départ : 8h30

Arrivée : 14h

 

TER Fluo (région Grand Est).

Vitry le François: 16h54

Paris Est: 18h53

J'ai constaté qu'un rideau de ma chambre est déchiré. Je m'en inquiète auprès de mon hôte qui me rassure. Les dégâts ont été causés par un mariage avant mon arrivée. Il fait un état des lieux avant et après chaque noce. Le constat est fait. Il est en litige avec la cliente qui ne veut pas payer et attend le retour de la couturière du village pour faire recoudre le rideau.

Ce matin je suis les conseils du Maître du château et ne prends pas les GR15145654 pour Vitry le François.

Je reviens au canal latéral à la Marne finir la VR52 qui s’arrête à Vitry le François, terminus de cette randonnée.

En chemin, je discute avec un Ancien bavard qui promène son chien. Il est le deuxième, après une tante de Bourgogne, à m’affirmer qu’avant les JOP, la directrice de cabinet du ministre des transports a répondu aux céréaliers, inquiets de la fermeture de la navigation sur la Seine en juillet & août 2024 pour cause de jeux olympiques et paralympiques, qu’il n’y avait qu’à décaler les moissons. Si l'histoire est vraie, c'est la directrice de cabinet du ministre qui est décalée du réel.

Cet homme est un petit-fils de mariniers. Il connaît par cœur la carte de France des fleuves. Il m’explique que les péniches ont dû passer par l’Oise, rejoindre la Seine à Conflans Sainte Honorine pour repartir vers le Havre et la Mer. Trajet que j’ai effectué à pied lors d’une précédente randonnée le long de la Seine de Paris au Havre en passant par Rouen.

Evidemment, ça rallonge le trajet, pollue plus et coûte plus cher en fuel pour les péniches. Qui a payé le surcoût ? Je parierai bien sur les contribuables de France dont je fais partie.

A l’arrivée à Vitry le François, je retrouve les marques communes aux 3 GR : 15, 145 & 654. Joli chemin ombragé le long du canal latéral de la Marne. La flèche me dit de sortir à gauche et me fait arriver dans une rue avec panneau indicateur pour randonner. Lac du Der par les 3 GR 15 , 145 & 654: 33km. Ce sera pour l’an prochain, pour la suite de cette marche.

Je demande mon chemin à deux Anciens dans la rue. Ils me recommandent de revenir à mon chemin le long du canal. Je le retrouve, en sors une belle pelouse et voit au loin les tours de la collégiale Notre Dame de Vitry le François (beau classique français de 1680). C’est le repère que je dois suivre pour arriver au centre-ville.

Je trouve une brasserie sur la place d’armes, celle de la collégiale. Le maître du château de Vitry la Ville m’a recommandé la Grande Brasserie de Vitry le François mais je n’y suis pas allé. Un croque-monsieur au reblochon et frites. Frites chaudes contrairement à Chalons en Champagne. 2 boules de glace. Un soda noir américain. De quoi récupérer vite et bien.

Visite de la collégiale. Cierge pour mes chers disparus (père et frère) avec qui je marchais autrefois comme je le fis aussi dans la cathédrale Saint Etienne de Chalons en Champagne.

Je trouve ensuite l’hôtel de ville et son charmant jardin. De là, route toute droite pour la gare de Vitry le François avec statue de François Ier en chemin. François Ier, Roi de France, fit construire Vitry le François pour remplacer la ville précédente rasée par les troupes de l’Empereur Charles Quint. François Ier fut fait prisonnier à Pavie en Italie par les troupes de Charles Quint. Pavie terminus de ma marche du printemps 2024 en Italie. En 2024, mes randonnées en Italie et en France se terminent toutes deux en clin d’œil à François Ier, Roi de France.

TER Fluo (région Grand Est) de Vitry le François pour Paris gare de l’Est en suivant le chemin que je viens de faire (Chalons en Champagne, Epernay, Dormans, Château Thierry). Pas de contrôle de billet (j’en avais un) et arrivée en retard de 7 mn à Paris.  Pas de souci.

Au final, parcours facile en plaine à partir de la Ferté sous Jouarre, en suivant la Marne vers l'Est et le soleil levant, avec ou sans panneau indicateur, avec ou sans balise de GR. A faire à pied, à vélo ou à cheval. En Marne, de Dormans à Vitry le François, le chemin est particulièrement facile à suivre. Ne pas oublier de savourer du Champagne en chemin. Avec Modération comme compagnon de dégustation.

 

Les photographies de cet article sont l'oeuvre de Guillaume Lagrée. Toute utilisation de ces oeuvres sans autorisation de leur auteur constitue une violation du Code de la propriété intellectuelle passible de sanctions civiles et pénales.

Collégiale Notre Dame de Vitry le François

Collégiale Notre Dame de Vitry le François

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Paris Rome VIIe Partie. En Italie d'Aoste à Pavie. Des Alpes à la plaine du Po.

30 Mai 2024 , Rédigé par Guillaume Lagrée

Paris Rome VIIe Partie. En Italie d'Aoste à  Pavie. Des Alpes à la plaine du Po.

Paris – Rome VIIe partie

Omnes viae Romam perducunt

En Italie d’ Aoste  à Pavie.

 Des Alpes à la plaine du Po

Samedi 27 avril – vendredi 10 mai 2024

11 jours de marche

Via Francigena 

Guide officiel & guide officieux (pour le trajet)

BD Bona Via de Valerio Barchi sur la Via Francigena (in italiano). Pour comparer mes impressions avec celles de l'auteur.

Guida verde Via Francigena del Touring Club Italiano. Pour les visites culturelles et les recommandations gastronomiques.

Ivrea. Lac.

Ivrea. Lac.

Après avoir franchi seul les Alpes de Nyon (CH) à Aoste (I) en juillet 2023 par le Col du Grand Saint Bernard (2473m) , point culminant de la Via Francigena et de mon chemin de Paris à Rome, un ami de 20 ans, N, a décidé de me suivre cette année des Alpes à la plaine du Po, d'Aoste à Pavie.

Seul, on va plus vite. Ensemble, on va plus loin. Proverbe africain.

En l'espèce, ce ne fut pas le cas car N était à la fois mal équipé et mal préparé. Il a échappé au malaise cardiaque (Deo Gratias!) mais a dû écourter son séjour. Pour ma part, j'ai fini en duo avec un autre Français, M, rencontré en chemin qui est devenu un ami. " En voyage, trompez vos amis avec des inconnus " (Paul Morand).

Samedi 27 avril: Paris – Lyon

Brasserie Georges à Lyon.

Depuis des éboulements en Savoie en août 2023, il n’y a plus de train direct de Paris gare de Lyon à Milano Centrale avec arrêt à Turin pour la correspondance en direction d’Aoste, chemin que j’avais fait en juillet 2023 dans l’autre sens (Aoste-Turin – Paris). Il me faut prendre un Flixbus pour Aoste en gare de Lyon Perrache. Etape à Lyon ce soir chez un ami, G.

TGV Paris gare de Lyon (17h) – Lyon Perrache (19h10). Je trouve assez facilement la brasserie Georges où je trouve facilement M, une amie de G qui me remet les clefs de son appartement, G étant absent de Lyon ce week-end. Délicieux dîner. Salade de lentilles vertes, quenelle de brochet sauce écrevisses (sans riz blanc depuis le passage de la shrinkflation). En dessert, une omelette norvégienne pour 2 en prétextant mon anniversaire. C’est faux mais au vu du dessert, de la bougie et de l’orchestre de Jazz qui joue Happy birthday to You, ça vaut le mensonge.

M m’emmène ensuite au dépôt de bus de Lyon Perrache puis chez G qui vit non loin. Nuit paisible.

Aoste. Arc d'Auguste.

Aoste. Arc d'Auguste.

Dimanche 28 avril : Lyon (F) – Aoste (I)

Maison Croix de ville à   Aoste. 50€/2.

Au matin, je vais chez le boulanger acheter pain, croissants, brioches pralinées. Puis je fais le marché du dimanche cours Bayard à Lyon : chèvre frais, faisselle de chèvre, tomme de chèvre et fraises chez Fred (ferme des monts du Lyonnais), 2 tranches de Jésus de Lyon et une salade de museau de porc chez le charcutier, oranges maltaises chez un primeur du marché.

N arrive vers 10h30. Délicieux brunch complété par le miel de l’Yonne et le beurre salé de Bretagne de G. Nous bouclons nos sacs et laissons les clefs ainsi que le reste de pain à la voisine. Les restes de tommes, faisselle, fraises restent dans le réfrigérateur de G qui les trouvera à son retour en cadeau souvenir.

Nous filons ensuite vers la gare routière de Lyon Perrache. Là, nous tombons dans le vortex, le trou noir, le centre d’échanges de Lyon Perrache selon son appellation officielle. Après avoir cherché notre chemin sur le GPS (peu clair), appelé G qui répond, M qui ne répond pas, nous arrivons aux bus et un chauffeur de Flixbus nous dit : parking pas gare routière. Nous ne comprenons rien. Un voyageur nous prend en pitié et nous explique comment parvenir à la plateforme, 200m plus haut. Nous y arrivons après 12h20, heure à laquelle est parti notre bus pour Turin avec arrêt à Aoste.

Il nous faut trouver l’agence Flixbus pour changer de billets. Compliqué. Une fois l’agence trouvée, la caissière nous vend 2 allers simples pour Aoste à 155,43€ (mon billet acheté en ligne il y a 3 mois m’avait coûté 27,99€. En gros, ce nouveau billet me coûte 3 fois plus cher que le précédent : 77,71€ au lieu de 27,99).

Arrivée à Aoste à 20h25 au lieu de 18h05. Changement de bus à Chamonix au lieu d’un direct.

Il faut désormais trouver le bus. Nouvelle épreuve de sélection olympique. Nous ne trouvons pas, revenons à l’agence et un gars de Flixbus nous explique gentiment. Galerie D comme Démosthène. Nous trouvons la galerie D mais aucun écran d’affichage des bus n’y figure. Il faut regarder chaque bus qui arrive, un par un, pour trouver le sien. Pas de panneau, pas de flèche, pas d’écran, pas d’affiche. Rien. Niente. Nada. Nothing.

Tout semble organisé pour vous faire rater votre bus, changer de billet et le payer plus cher.

La gare routière de Lyon Perrache est une honte tant elle est mal conçue et mal organisée. J’espère que l’architecte qui a conçu ce délire urbain est mort dans d’atroces souffrances. Il le mérite pour cette œuvre. J'ai trouvé le nom du coupable. Il est bien mort.

Le bus roule jusqu’à son terminus, Chamonix. 1h30 d’attente avant le bus pour Milan qui s’arrête à Aoste. Thé chaud pour nous réconforter au Refuge des Aiglons (**** calme et confortable).

Le 2e bus arrive avec 25mn de retard à Chamonix mais à l’heure à Aoste après avoir franchi le tunnel du Mont Blanc. Neige fraîche sur les Alpes.

Pas de dîner à Aoste vu notre brunch du jour. N, mon GPS, trouve notre gîte. J’avais appelé le propriétaire de l’appartement depuis Chamonix. Je le rappelle depuis Aoste. Il m’explique. Je récupère les clefs. Gîte propre, confortable. Rien à manger mais il y a du thé et N a amené son cake au citron fait de ses mains. Nuit paisible.

Chatillon. Les 3 ponts.

Chatillon. Les 3 ponts.

Lundi 29 avril : Aoste – Chatillon. 1ère journée de marche. 28 km.

B&B Au coin du château, Chatillon. 70€/2 avec petit déjeuner.

Trattoria La Lanterna, Chatillon.

Nous commençons par l’étape la plus longue et la plus dure. Montées et descentes incessantes. Sali scendi in italiano. Tri très sélectif. J’aurais dû raccourcir l’étape. Démarrage trop exigeant surtout pour un randonneur débutant, mon ami N. Une étape de 15km eût été franchie plus aisément.

Démarrage le matin. La bouilloire ne marche pas. Je fais bouillir de l’eau sur le gaz dans une casserole et la verse à la louche dans les bols. Heureusement, il y a du thé et le délicieux cake au citron de N. Nous trouvons facilement la balise de la Via Francigena indiquée à partir de la rue Prétorienne qui mène à la Porte prétorienne, porte d’entrée d’Augusta Praetoria, aujourd’hui Aoste.

En sortant de la ville, photo obligatoire devant l’arc d’Auguste qui marque le départ du chemin vers Rome. Passage sur un pont romain. Il n’y a plus d’eau dessous car la rivière a changé de cours au XIXe siècle.

Montée dans les vignes vers Saint Christophe. Le Val d’Aoste fait du vin sur les pentes exposées au soleil. Comme les Jurassiens sur France et les Vaudois sur Suisse. Montée au château de Quart (XIIe siècle). En travaux de rénovation. Nous ne le vîmes que d’un seul côté.  En chemin, nous sommes dépassés par un papy français en pleine forme, qui voyage léger, d’un pas allègre. Nous le retrouverons plus loin et il deviendra un ami.

N a surestimé ses forces et sous-estimé la difficulté. Sac beaucoup trop lourd. Je lui ai transmis deux fois la liste des objets à emporter et indiqué le poids maximum (20% maximum de son poids sur le dos). Par stress et manque d’expérience (1ère randonnée itinérante), il a pris beaucoup trop d’affaires, porte beaucoup trop sur le dos et souffre un martyre qu’il s’est infligé. Il n’est pas loin de craquer dès la première étape.

Pause à Nus.  Nous trouvons un bus pour Chatillon. Le bus remplace le train. Il fallait prendre le billet en gare. Nous l’ignorions vu que rien n’est indiqué dans l’abri bus. Tant pis. Le chauffeur nous laisse monter sans billet. Voyage à l’œil (4€ en moins. Nous ne ruinons pas les FS). Descente en gare de Chatillon Saint Vincent. Le GPS est formel. 2200m de montée pour arriver au gîte.

Avec la fatigue, N et moi sommes proches de nous chamailler comme des gamins. Après une longue route fermée aux voitures, il faut traverser la SS26 (Strada Statale : route nationale). Au milieu des voitures et des camions. Dangereux. Nous passons. Puis nous prenons une pente herbue directement pour arriver à la petite route au-dessus qui mène au gîte. Aucun panneau indicateur mais je trouve grâce à une mamie voisine qui prend pitié de nous.

Notre hôte, Egidio (Gilles en français) est de la classe 1953. Ancien instructeur montagne alpinisme à l’école des chasseurs alpins d’Aoste. Il connaît ses montagnes comme sa poche. Son avis a plus de poids que le mien et il certifie à N que son sac à dos est trop lourd (zaino troppo pesante) et qu’il ne pourra pas avancer ainsi. Il lui propose d’emmener demain son sac à Verres, l’étape suivante. Je propose à N qu’il paie un transporteur de bagages ce qui lui permettra de continuer de marcher. A défaut, il devra rentrer chez lui plus tôt que prévu.

Gîte tout confort de style montagnard. Grande chambre à 2 lits. Grande salle de bains. Grand salon cuisine pour le petit déjeuner. 1ère lessive qui finit de sécher sur les radiateurs car il fait encore bien frais fin avril dans le Val d'Aoste à 500m d'altitude.

Ripailles du soir dans un restaurant local à Chatillon. Trattoria la Lanterna. Assiette de charcuteries et fromages locaux en antipasto. Gnocchi au bleu d’Aoste avec pistaches en primo piatto. Polenta aux herbes et cerf en secondo piatto pour moi. Il n’y avait plus de veau. A la place, j’ai droit au cerf. Je gagne au change. Je n'ai pas pu finir la meilleure polenta de ma vie. Au dessus de mes forces, je l'avoue. Pas de dolce car nous sommes calés. Liqueur de chardon de Chatillon en digestif. Un délice des dieux de la montagne. 71€ pour 2 avec 2 bouteilles d’acqua naturale (sans gaz ajouté). 10mn à pied pour rentrer au gîte nous aident à digérer.

Verrès. Collégiale Saint Gilles. Notre gîte du soir.

Verrès. Collégiale Saint Gilles. Notre gîte du soir.

Mardi 30 avril : Chatillon – Verres. 21km.

Collégiale Saint Gilles, Verrès.   Offrande libre des pèlerins.

Ristorante Due Valli, Verrès.

Bon petit déjeuner avec sucré et salé. Fromage et jambon d’Aoste. Le vrai, pas la cochonnerie industrielle produite en France sous le nom usurpé de « jambon d’Aoste ». AOP jambon de Bosses produit à Saint Rhémy de Bosses, Val d'Aoste, Italie (1600m) depuis 1377.

J'aurais dû prévoir une halte à Saint Vincent, aux thermes, face aux Alpes. L'étape eût été doublée, plus chère mais aurait été franchie plus aisément. Dans le Jura, entre Dole & Poligny, j'avais apprécié une après-midi aux thermes salines de Salins les Bains un 3e jour de marche.

N laisse une partie de ses bagages et reviendra les chercher en bus ce soir. Il fait bien de revenir car j’ai oublié dans la chambre mon porte-monnaie et mon portefeuille avec carte bleue, carte nationale d’identité, cartes de visite et une belle somme d’argent liquide pour payer gîtes et courses en Italie. Je ne les ai pas rangés correctement hier soir en rentrant au restaurant. Heureusement pour moi, Egidio a effectué une inspection de chambrée après notre départ.

Belle étape avec encore beaucoup de montées et de descentes. N porte mieux son sac allégé mais souffre de chaussures trop courtes (une amie qui ne lui veut pas du bien le lui a conseillé. Elle, il l’a écouté, curieusement). Résultat : dans les descentes, ses orteils cognent au fond des chaussures et il a mal. Il descend très lentement.

Pause pique-nique sur un banc face à une cascade à deux branches. Splendide.

Beau temps. Ca se réchauffe. Des nuages mais pas de pluie. Pique-nique en forêt avant une montée. Arrivée à Monjovet (Mons Jovis. Mont de Jupiter) après 16h alors qu’il reste 2h30 de marche.

Seule solution : prendre le bus pour Verrès. Abribus sans aucune indication. Nous allons dans un café boire un verre et demandons à la patronne et aux clients. N cherche sur Internet et finit par trouver. Il réserve les billets. Bus à l’heure. Il faut compter les arrêts annoncés en italien et en français par une voix enregistrée de femme couverte par la pop italienne qu’écoute le chauffeur. Compliqué. Nous trouvons notre arrêt de bus et arrivons sans difficulté à la collégiale Saint Gilles (collegiata San Egidio). Site impressionnant dominant le village, face aux montagnes. Gite du Duecento (XIII° siècle). Il sera difficile de trouver plus ancien en chemin.

Après Egidio (Gilles) notre ange gardien de la veille à Chatillon, nous sommes sous la garde de Sant'Egidio (Saint Gilles).

Je sonne aux portes. Personne ne répond. J’appelle le numéro de téléphone et je l’entends sonner à l’intérieur. Personne ne répond. Je laisse des messages à Don Alessandro sur son whatsapp. N part en taxi récupérer ses bagages et mon pognon. Finalement, à 18h45, une porte s’ouvre et Don Alessandro sort. En tenue de sport avec écrit sur le sweat shirt Don Alessandro Vallée Sport. Il devait servir la messe de 18h m’avait dit N. Pas sot. Je n’étais pas au bon endroit au bon moment. Nous sommes arrivés à 18h au niveau supérieur. Il fallait arriver avant 16h30 au niveau inférieur. N et moi ignorions ces deux informations.

Intérieur austère, monacal, propre et froid avec grands dortoirs et grande salle de bains. Il y a de l’eau chaude. 15°C dans les chambres sans chauffage. Nous avons notre sac à viande et notre serviette de toilette et il y a des grosses couvertures. Comme nous sommes les seuls occupants du dortoir, j'ai pris 3 couvertures pour moi seul cette nuit là. Vue sur le village et les montagnes.

Dîner au restaurant Due Valli recommandé par Don Alessandro. Antipasto : lard d’Arnad aux herbes de montagne avec châtaignes confites dans le miel. Le seul lard AOP en Europe. Selon les Aostans. Les Toscans se défendent avec le lardo di Colonnata. Produit à Arnad, Val d’Aoste. Primo piatto : papardelle al ragu di cinghiale (grandes pâtes au ragoût de sanglier. J’ai envoyé la recette à ma tante de Bourgogne à qui ses voisins chasseurs offrent du sanglier). Pas de secondo piatto. Un pain perdu en dessert comme je n’en ai jamais mangé en France. Exceptionnel. N se régale d’une assiette de charcuterie du Val d’Aoste puis d’une soupe locale à la Vapelenentse. Plus solide que liquide. Elle se mange à la fourchette. Pas de grande cuillère d’ailleurs.

Fort de Bard.

Fort de Bard.

Mercredi 1er mai : Verrès – Pont Saint Martin. 15km.

La Casa di Margherita. Pont Saint Martin. 60€/2 avec petit déjeuner.

Meta Pizza, Pont Saint Martin.

Etape courte, facile mais rendue plus difficile par la pluie voire le vent.

A 8h, nous partons prendre notre petit déjeuner dans un bar conventionné avec l’hospice pour pèlerins de Verrès.  Nous faisons tourner le commerce local. N part en taxi avec ses bagages pour Pont Saint Martin, se repose et cherche un transporteur pour ses bagages.

Je pars seul à pied, m’égare un peu mais en suivant les conseils des habitants, je retrouve la gare et le balisage de la Via Francigena.

Pluie du matin n’arrête pas le pèlerin. Journée de marche sous la pluie. Fort de Bard dans la brume. Voie romaine de Donnas aux pierres glissantes. Eboulement sur la voie qui est largement inaccessible. Il faut marcher sur la route face aux voitures avant de pouvoir reprendre le chemin. Pique-nique sous un abri bus près de la gare de Bard. Je finis en traçant sur le trottoir le long de la route qui mène à Pont Saint Martin.

N vient me chercher place de la Mairie et porte mon sac jusqu’au 3e étage sans ascenseur. Douche, lave-linge, séchoir, thé avec cake au citron. Après une journée de marche sous la pluie, le confort me fait grand bien. Mon camarade me traite bien après l’effort. Merci à lui.

L’appartement est confortable, bien équipé, avec vue sur les montagnes. La météo nous empêche de profiter de la terrasse et de la vue. 1er mai dans le Val d’Aoste. N a repéré une pizzeria ouverte un soir de 1er mai. Nous avons de quoi prendre un petit déjeuner demain matin. N n’a pas encore réglé la question du transport de ses bagages. Demain, il ira en bus à Ivrea, Piémont, la ville d’Olivetti.

La pizzeria est à 5mn à pied de notre appartement. Pizza servie dans un carton, déjà tranchée, avec des couverts en plastique. Bonne et pas chère. 16€/2. Eau et TVA offerts. En effet, ma chaise en plastique a cédé sous mon poids. Atterrissage brutal sur la fesse gauche. Pas sur le coccyx heureusement. Patron, serveuses, clients, tout le monde s’inquiète pour moi. Très gentiment.

 

Villa d'Ivrea.

Villa d'Ivrea.

Jeudi 2 mai : Pont Saint Martin – Ivrea. 21.5km. Passage du Val d’Aoste au Piémont. Fin de l'aire francophone. Depuis mon départ de Paris en mars 2019, je parlais français en France, en Suisse, dans le Val d'Aoste. Adesso si parla italiano.

Canoa Club, Ivrea. 43€/2.

Ristorante albergo Aquila Nera, Ivrea

Pasticceria Balla, Ivrea

Mon père, Michel Lagrée (1946-2001), qui m’a donné le goût de la randonnée pédestre et du Jazz, aurait eu 78 ans aujourd’hui.

Petit déjeuner à l’appartement. Thé, café, biscottes, fruits, yaourts. La Signora Margherita nous a gâtés. Journée de pluie. Une m’a suffi la veille. Je pars en bus avec N. Nous ne franchissons pas à pied, le pont romain qui donne son nom à ¨Pont Saint Martin, sépare le Val d’Aoste du Piémont, l'aire francophone de l'aire italophone.

Logement au Canoa Club, une auberge de jeunesse pour sportifs, située juste au-dessus de la Doire baltée (Doira baltea in italiano), rivière que nous suivons depuis le départ d’Aoste et du parcours de canoë kayak de niveau international (étape de la coupe du monde en septembre 2024).

Je mets mon linge à sécher partout car il n’était pas encore sec quand nous partîmes ce matin. Pique-nique sur place. Courses en ville. N s’achète des chaussures italiennes de trekking (Ande) dans un magasin spécialisé montagne avec un vendeur qui ne force à rien. J’achète des timbres (1,30€ chacun) pour les cartes postales humoristiques de montagne offertes par le vendeur du magasin de sports. Délicieux goûter à la pasticceria Balla. Thé et tarte aux poires pour moi. Café et brioche sicilienne pour N.

 Je demande au patron du Canoa Club une solution pour les bagages de N. Il en trouve une. Pour 50€ il laisse son surcroît de bagages à Ivrea. Un transporteur les emmènera en voiture au gîte de Vercelli où N les retrouvera dimanche 5 mai. A Vercelli, lundi 6 mai, N prendra le train pour Milan puis pour la France.

Pour le dîner, en 2h de ballade en centre-ville, nous trouvons vaguement 2 pizzerias. Après une halte au gîte, nous repartons et tombons immédiatement sur un hôtel restaurant, l'Aquila nera (l'Aigle noir en français) fondé en 1971, mon année de naissance, par un Amalfitain, Antonio dit Tony. Un sudiste qui est venu faire fortune au Nord en vendant la cuisine du Sud, c’est classique en Italie. Je me régale de pâtes aux fruits de mer et d’espadon (pesce spada in italiano) avec croquettes de pommes de terre. Meringue aux fruits des bois en dessert. Une tuerie. 70€/2 mais ça les vaut.

Lac de Viverone.

Lac de Viverone.

Vendredi 3 mai : Ivrea –Viverone. 20km selon le guide. 29km sur le terrain

Départ à 9h. Arrivée à 19h. Longue journée de marche sous un très beau soleil.

B & B Lagora, Viverone. 65€/2 avec petit déjeuner.

Ristorante Seminara, Viverone

Rien à manger au Canoa club d'Ivrea. Nous avions testé la délicieuse pâtisserie Balla pour le goûter la veille. Nous y revenons pour le petit déjeuner ce matin. Crostata ai mirtilli et thé pour moi. Toujours délicieux.

En suivant les indications de Matteo, le patron du Canoa Club, nous tombons sur le poste de contrôle (check point in english) de l’association de la Via Francigena. Une Italienne, la petite soixantaine, nous interpelle et nous prend en photo pour le Face de bouc de la Via Francigena. Nous signons l’autorisation de publication conformément aux normes UE sur le respect de la vie privée. Elle nous propose aussi un questionnaire de satisfaction sur la Via Francigena mais nous y avons déjà répondu au Canoa club. Nous avons aussi droit à notre pin’s (je l’ai perdu en chemin).

Bref, la Via Francigena est une affaire bien organisée en Italie. Elle amène des touristes dans des lieux qui ne sont ni des stations balnéaires ni des sites inscrits au patrimoine mondial de l’humanité par l’UNESCO (l’Italie est n°1 mondiale en la matière. Evidemment).

En sortant de la ville d’Ivrea, nous allons vers les lacs d’Ivrea. Des passants italiens nous indiquent les 2 chemins possibles pour la Via Francigena. Par les lacs, c’est plus beau et plus long. C’est le chemin que nous choisissons. Les lacs d’Ivrea sont magnifiques mais c’est long.

D’ailleurs, nous nous perdons et retrouvons un sentier qui nous mène jusqu’au village de Chiaverone. De là, nous prenons la route pour Burolo où nous retrouvons la marque de la Via Francigena. Une dame nous a indiqué la route à Chiaverone. Ensuite, le chemin est facile mais long. Beaucoup de goudron. De belles églises romanes mais pas aussi riches qu’en Auvergne ou en Bourgogne.

Fin d’étape en descendant vers le lac de Viverone. Magnifique mais il faut encore marcher 2km sur une route au-dessus du lac avant d’y descendre trouver notre gîte. Nous arrivons à 19h épuisés dans une maison confortable avec jardin donnant sur le lac. Splendide. L’orage éclate à 19h15. Nous sommes arrivés juste à temps. Mercure, dieu des voyageurs, veille sur nous.

Délicieux dîner de poissons au restaurant Seminara, en terrasse, avec vue sur le lac mais bien abrités de l’orage. Macaroni de Messine en primo piatto pour moi. Carpaccio aux 3 poissons (thon rouge, saumon, espadon) pour N. Thon grillé avec salade de petits légumes et agrumes en secondo piatto. En dessert, un délice au citron avec force crème et chocolat. Je suis tellement fatigué que je saigne du nez au début du repas. Le serveur s’inquiète pour moi, m’offre plein de papier pour m’essuyer et me guide vers les toilettes (il bagno in italiano). Cela cesse aussi vite que cela a commencé.

En chemin, 2 points d’eau pour randonneurs, outre les fontaines de village. Un devant le cimetière de Burolo et un devant une église romane en ruines au-dessus du lac de Viverone. En outre, 2 haltes pour pèlerins aménagées avec tables et chaises à l’ombre, emplacement pour écrire et laisser ses souvenirs. Un réalisé par un citoyen de Palazzo canavese avec banco del passagero, timbre, feuille, stylo, écritoire. Un autre dans un verger, l’orto del coniglio (le jardin du lapin) en surplomb du lac de Viverone.

Les Italiens sont très accueillants avec les pèlerins de la   Via Francigena, toujours prêts à aider, à conseiller. C’est une affaire bien organisée. Ils sont prévenants mais jamais envahissants.

Ferme de rizière.

Ferme de rizière.

Samedi 4 mai : Viverone – Santhia. 21km.

Ostello amici della Via Francigena di Santhia. Offrande libre des pèlerins.

Ristorante Pasqua, Santhia.

Après une nuit d’orage, aube magnifique sur le lac de Viverone. Tout est beau et paisible. Délicieux petit déjeuner (le meilleur de ce séjour en Italie) dans une tente chauffée avec vue sur le lac.

Nous suivons la route face aux voitures et aux camions jusqu’à Coviglio. Là, nous retrouvons la Via francigena. C’est plus long mais plus sûr avec des routes de campagnes qui traversent champs de blé et rizières.

Arrivée tranquille à Santhia. J’appelle le gîte et Mario vient nous chercher devant la collégiale Sant’Agata. Timbre du jour sur la crédence de pèlerin. Enregistrement. Logement dans un palazzo du Cinquecento (XVIe siècle). Ici c’est beaucoup plus confortable qu’à Verres. Je donne donc beaucoup plus comme offrande de pèlerin au gîte. N a allégé son sac mais, malgré ses nouvelles chaussures italiennes, il a toujours mal aux pieds. Il lâche prise. Il prendra le bus demain dimanche pour Vercelli avant de prendre le train lundi pour Milan et la France.

Le gîte pour pèlerins de Santhia nous offre une vingtaine de cartes postales typiques de nos étapes en Piémont et Lombardie. J’en prends 13. Par contre, les timbres pour la France sont introuvables dans les bureaux de tabac et la Poste est fermée. Mario m’en vend 4. J’ignore s’ils sont au bon tarif mais je fais confiance. Lessive à la main. Séchage dehors sur des fils suspendus au balcon de notre 3e étage, sur la cour intérieure. A l’italienne.

Dîner local au restaurant Pasqua. Typique et délicieux. Je mange un plat de paysans piémontais, reconstituant après une journée de marche, la panissa : riz, haricots rouges, lardons, sauce aux champignons . Puis un filet de fassina (veau local) avec des pommes de terre sautées, de la salade verte, un ketchup et une mayonnaise maison. Le choix de gâteaux et de glaces est tout simplement hallucinant. Le restaurant est aussi un salon de thé pâtisserie. J’opte pour une glace citron agrumes et N pour une glace chocolat pistaches. 77€/2. Pas volés.

Vercelli. Basilique San Andrea.

Vercelli. Basilique San Andrea.

Dimanche 5 mai : Santhia – Vercelli . 27km

Hospitale Sancti Eusebi, Vercelli. Offrandes des pèlerins.

L’étape est longue et plate au milieu des rizières. Pas d’ombre et pas d’eau pendant 12km. N est cuit. Nous prenons le train régional.

C’est le 2e jour du Giro d’Italia. Il passe à Santhia cet après-midi mais nous partons avant. Quand les FS nous le permettront car c’est un jour de grève (sciopero in italiano).

Décollage laborieux. Nous trouvons difficilement la gare. Nous manquons le train de 9h38 pour Vercelli, réservons nos places pour celui de 10h16 qui arrive avec 30mn de retard.

A Vercelli, visite de la basilique Sant’Andrea et de son cloître. Splendide. Une pensée pour mes grands-parents maternels, André et Andrée. Dégustation de glaces chez Grom, marque italienne qui a des boutiques à Paris. Pique-nique dans un parc.

Arrivée à 14h à l’Hospitale Sancti Eusebi où nous sommes très bien reçus. Lessive à la main qui sèche au jardin. Je sors poster mon courrier. Les bureaux de tabac (tabacchi sale in italiano) sont fermés un dimanche après-midi. J’achèterai de nouveaux timbres un autre jour. Je repère le chemin pour sortir de la ville par la Via Francigena. C’est bien indiqué. N fait la sieste.

Nous sommes les 2 premiers arrivés dans le dortoir. B arrive. Un retraité lorrain de 72 ans qui a quitté son village près de Verdun en Meuse, a rejoint la Via Francigena à Langres (Haute-Marne) et la suit jusqu’à Rome. Puis arrive M qui nous avait doublé au départ d’Aoste le lundi 29 avril et que j’avais rencontré hier à Santhia. 70 ans, médecin du travail, toujours en activité.  En pleine forme.

Délicieux dîner des pèlerins au gîte, préparé par nos hôtes italiens. Ils sont 3 et nous sommes 6 marcheurs français. En entrée, une soupe de légumes et pâtes avec grana padano. En plat, une tarte salée aux courgettes, épinards, œufs et fromage accompagnée d’une salade mixte (salade verte et carottes). Ni fromage ni vin. Pomme en dessert. Tout à fait sain comme la conversation sympathique en français et italien entre les convives.

Nuit à 4 célibataires hommes dans le dortoir, le couple légitime de Français ayant sa propre chambre.

Vu les prestations et la chaleur de l’accueil, mon offrande fut plus généreuse encore que la veille à Santhia.

Rizière

Rizière

Lundi 6 mai : Vercelli – Robbio. 15km. 4h30. Passage du Piémont à la Lombardie. Etape facile.

Agriturismo Pescarolo, Robbio.

Pizzeria Mezza Luna, Robbio.

Séparation ce matin avec N qui prend le train pour la France via Milan. Il a souffert, appris de ses erreurs (sac trop lourd, chaussures trop petites, condition physique insuffisante en raison d'une bronchite contractée 2 semaines avant le départ). Il y eut de la tension entre nous mais nous restons amis. Il me laisse du saucisson de taureau de Camargue amené de France, de la fontina, fromage AOP du Val d’Aoste, achetée sur place et des cadeaux pour des amis milanais que je dois retrouver à l’arrivée.

B, le retraité lorrain part le plus tôt car il va jusqu’à Mortara soit 33km.

Je pars pour Robbio avec M sous une petite pluie fine. C’est tout plat mais pas tout droit. En chemin, nous croisons plusieurs fois le couple de Français, D et K, que j’ai vu hier arriver à Vercelli (Verceil en français), cherchant son hôtel. A la première erreur, un ange gardien apparaît sur notre chemin. Un paysan nous remarque et nous indique comment retrouver la Via Francigena. Ses indications sont claires, nettes et précises. La 2e fois, nous avons retrouvé nous-mêmes

Nous traçons et arrivons à Robbio pour 13h. Tout est fermé mais le bar sandwich l’Angolino a laissé tables et chaises dehors. M et moi nous installons pour pique-niquer puisqu’il ne pleut plus. Partage du saucisson et du fromage de N, du pain que j’ai acheté ce matin.

En route, M m’explique qu’il est né d’un père Ukrainien qui a fui la guerre droit vers l’Ouest, en 1941, à pied, sans argent ni papiers d’identité. Il avait 16 ans. Fait prisonnier en Allemagne, il s’est retrouvé dans un camp de travail. La guerre finie, il a poursuivi sa marche vers l’Ouest, est arrivé en France, en Alsace, est devenu mineur de charbon, a épousé une Alsacienne et a eu 4 enfants français. M est devenu médecin généraliste pour soigner ses parents, médecin du travail pour pouvoir descendre à la mine de son père (800m sous terre à Merlebach en Moselle, souvenir inoubliable).

Enfant, il demanda à son médecin de famille comment devenir médecin. Réponse: ce n'est pas pour toi. Mépris de classe. Un fils de mineur ne devient pas médecin selon les lois de la reproduction sociale chères à Pierre Bourdieu. Pierre Bourdieu a vaincu les lois sociales qu'il a décrites puisque ce fils de facteur du Béarn a fini professeur au Collège de France.

Piqué au vif, M, a travaillé dur, payé ses études, obtenu son doctorat en médecine. Comme il préfère prévenir que guérir et qu'il est fier de son extraction sociale, il est devenu médecin du travail. Il a commencé médecin généraliste mais en a vite eu assez de répéter sans cesse les mêmes conseils aux mêmes patients qui revenaient toujours pour les mêmes problèmes n'ayant pas changé leur façon de vivre.

Nous parlons de nos échecs conjugaux. M a eu 3 enfants d’une épouse institutrice dont il a dû divorcer car elle était devenue invivable. La justice française l'a reconnu car, après le divorce, il a élevé seul ses 3 enfants. Il vient de se remarier avec une femme de 19 ans de moins qui a 2 enfants. Une naturopathe alors qu’il est un médecin. M a l’esprit ouvert mais il reste un scientifique cartésien.

M danse aussi le tango avec sa femme. Je lui conseille des musiciens à découvrir (Lalo Zanelli, Minino Garay, Lalo Schifrin, Gato BarbieriDaniel Barenboïm jouant le tango au piano dans un bar de Buenos Aires). En échange, il me donne des conseils pratiques pour entretenir mes articulations. Faire des 8 avec chacune : poignets, coudes, cou, genoux, chevilles, bassin. Testé depuis. Ca marche. Ca demande juste de la concentration et fait aussi travailler l’équilibre. Le 8, symbole de l’infini en mathématiques.

Nous nous séparons après le pique-nique. M a mes coordonnées. Son gîte est quelques kilomètres plus loin.

Mon gîte est à 600m au bout de la rue, de l’autre côté de la route. Une ferme d’accueil (agriturismo) qui produit olives, asperges, oignons (maraîchage). Pas de dîner mais petit déjeuner. Le dîner c'est vendredi, samedi, dimanche et j'arrive un lundi.

Lessive à la main. La jeune fille qui est venu m’accueillir me dit qu’il n’y a pas de bassine et m’indique l’étendoir au-dessus du balcon. J’y vais et trouve un seau pour le ménage, propre, que je récupère. Lessive à la main dans le lavabo de la salle de bains. Etendage dehors au vent, sans pluie. Efficace.  J’ai même récupéré des pinces à linge (mollette in italiano) auprès d’une dame qui doit être la mère de la jeune fille. Au-dessous du balcon, une basse-cour avec poulets, canards, chèvres, chiens, chats et même un poney.  Ma chambre ne donne pas sur la basse-cour. Je suis au calme. Sieste de 16h45 à 18h15.

Je sors chercher un restaurant. Je trouve un Tabacchi sale ouvert, y achète des timbres pour la France et me fais indiquer une pizzeria ouverte un lundi soir. Mezza Luna. Pizza au feu de bois. Redoutable. Je prends un disco volante, une sorte de calzone en forme de soucoupe volante qui a de quoi calmer le randonneur le plus affamé, un soda noir américain, une bouteille d’eau et une pâtisserie napolitaine. Au mur, une grande photo d’Amalfi, station balnéaire au sud de Naples. Encore un Sudiste qui a fait fortune au Nord. Classique en Italie.

Robbio est une ville de gauche. Via Antonio Gramsci (mort en 1937 des mauvais traitements subis en 11 ans de prison pour délit d’opinion) et via Don Luigi Minzani (prêtre catholique assassiné par les fascistes en 1923 qui figure sur les timbres que je viens d’acheter). Les inscriptions sur les murs sont elles aussi de gauche. Je suis en Lombardie. Hier, à Santhia, dans le Piémont, les affiches politiques étaient uniquement de droite. Un candidat se présentait même sur l'affiche avec Silvio Berlusconi mort en 2023. Elections européennes et élections régionales le dimanche 9 juin 2024 en Italie.

Mortara. Abbazia Sant'Albino d'Alcuino. Notre gîte du soir.

Mortara. Abbazia Sant'Albino d'Alcuino. Notre gîte du soir.

Mardi 7 mai : Robbio – Mortara. 15km.

Abbazia Sant’Albino d’Alcuino, Mortara. 25€/personne avec dîner et petit déjeuner.

Etape facile mais sous une pluie fine. Seule étape en solitaire du voyage.

Petit déjeuner convenable. Thé. Croissants au chocolat. Yaourt crémeux noix de coco. Fruits (clémentine, banane). Départ à 8h30 sous une pluie fine. Tracé impeccable jusqu’au village de Nicorvo. Là, je trouve une agence des Postes italiennes. J’en profite pour retirer de l’argent au distributeur automatique de billets et poster mes cartes postales pour la France.

Ensuite, marche dans les rizières. Arrivée à une grande ferme. 2 sentiers. Droite et gauche. Aucune indication visible. Je prends celui de droite qui va au village. Il fallait prendre celui de gauche. Je découvre le nom du village sur place, Alborese. Comme à Nicorvo, bureau de poste. Ici, les gîtes se paient en liquide sauf le LagoRA à Viverone.

A Alborese, il n’y a plus de Via Francigena mais il y a une route nationale qui file tout droit vers Mortara. 6km. Je marche sur le bas-côté, dans l’herbe, avec un panneau de distance tous les 100m soit 60 panneaux pour 6km. Bonne surprise, j’arrive au bout de 3km face aux camions et aux voitures.

J’entre tout droit dans Mortara, trouve le centre-ville, une boulangerie où acheter du pain pour mon pique-nique. Une cliente italienne, marcheuse, m’explique comment trouver la Via Francigena et l’abbazia Sant’Albino d’Alcuino , ma destination du jour.

En allant tout droit, j’arrive à la place de la mairie (municipio in italiano) et retrouve la marque du chemin. Je m’installe à la terrasse d’un bar, sous une arcade, à l’abri de la pluie, me commande un soda noir américain (3€) et savoure mon pique-nique au sec.

Puis je file tout droit, jusqu’à l’abbaye, désacralisée depuis 1801 (passage des armées françaises du consul Bonaparte), réhabilitée par la commune de Mortara pour accueillir les pèlerins depuis 20 ans.

Abbaye fondée au IVe siècle, refondée par Charlemagne en l’an 801. Bâtiments du XVIe siècle (Cinquecento in italiano) en bord de route. Imposant. Séparée de la route par une grande pelouse où se trouve un monument récent des Alpini (les chasseurs alpins italiens. Corporation très puissante en Italie. Leur rassemblement annuel, c’est 500 000 personnes) et l’olivier qu’ils ont planté.

Ouverture du gîte à 15h. Il est 14h. J’attends à l’abri de la pluie, sous le porche de l’église. Là, arrive M qui m’avait quitté la veille à Robbio. Il est parti à 10h ce matin, a choisi de faire une étape courte pour me retrouver ici. Demain, nous marcherons ensemble pour Garlasco. Après-demain pour Pavie. Il poursuivra ensuite seul vers Rome. C’est très agréable de finir ma randonnée avec un bon compagnon.

A 15h, je sonne à la porte et la dame nous ouvre. Franca qui tient ce gîte depuis 15 ans, est veuve depuis 10 ans et figure même dans le livre d’un pèlerin français de la Via Francigena que possède M. Il lui a pris en photo les pages pour les lui transmettre. Ayant commandé et reçu la bande dessinée Bona Via à Paris, j'y ai retrouvé Franca (p.67-68).

Salle commune immense attenante à l’église. Au milieu, tables et chaises pour manger, boire, lire, écrire, discuter. Tout autour des lits pliants. Une porte de la salle donne sur un hall où trouver la pièce avec douche, lavabos et wc. Une autre porte donne sur l’église prête pour la célébration. Un vrai lieu d’accueil pour pèlerins.

Après-midi de repos à l’abri de la pluie. A 18h30, arrivée d’un 3e voyageur, C, jeune cuisinier suisse allemand qui voyage à l’ancienne sans téléphone portable ni réservation. Il est bien équipé, a de l’argent et un passeport suisse. A sa mère et sa compagne, il envoie des cartes postales. Il compte aller ainsi jusqu’à Rome.

Il est trempé jusqu’aux os et dégouline sur le carrelage. Franca le gronde gentiment pour sa tenue et son absence de réservation. C’est un Suisse alémanique du Valais, canton francophone aux 2/3 par lequel je suis passé en juillet 2023 pour aller de Suisse en Italie par le col du Grand Saint Bernard. Il ne parle ni français ni italien mais je parle anglais et M parle allemand. On se débrouille.

C ne dîne pas ce soir. Petit déjeuner à 7h30. Evacuation à 8h pour donner le temps à Franca de préparer la venue des pèlerins suivants.

Dîner simple et reconstituant. Pâtes avec pommes de terre en primo piatto. 2 escalopes milanaises ultra fines en secondo piatto avec salade russe et salade verte. Tarte aux pommes en dessert. Nuit calme à 3 dans la grande salle.

Dans l’après-midi, j’ai fait céder les lattes du sommier sous mon poids. M m’a aidé à les remettre en place. Franca se moque gentiment de ma trop grande légèreté. Dans la nuit, j’ai fait attention à ne pas me retrouver à terre comme cela m’est arrivé l’an passé dans le gîte paroissial de Martigny en Suisse.

Chemin pour Garlasco

Chemin pour Garlasco

Mercredi 8 mai :

Mortara – Garlasco. 24km

Casa del Pellegrino, Garlasco. Offrande des pélerins.

Ristorante Il Cortile, Garlasco.

 

Petit déjeuner à 3. Thé, pain, beurre, marmelade, fruits. A 7h30. Départ à 8h. Je suis le plus lent au démarrage. Franca, la patronne, se moque de nouveau gentiment de moi. C part seul. M et moi ensemble.

Nous manquons un embranchement et nous retrouvons à longer la route pour Tromello. Pas normal. M repère un chemin le long des peupliers. Nous coupons le long d’un champ, rejoignons les peupliers et un fossé rempli d’eau. Notre chemin est sur l’autre rive. La preuve, C marche dessus. Nous suivons le sentier parallèle le long des peupliers. C nous attend à un pont qui nous permet de franchir le fossé et de retrouver le sentier. Nous ne le verrons plus de la journée.

Nous retrouvons un trio de marcheurs lyonnais que N et moi avions rencontré dans le cloître de la basilique San Andrea à Vercelli. Au printemps, seuls les étrangers marchent sur la Via Francigena, Français et Suisse. Les Italiens marchent quand il fait plus chaud m’a dit l’Italienne marcheuse à la boulangerie de Mortara.

Joli chemin facile au milieu des rizières. Nous poursuivons jusqu’au village de Tromelo où nous arrivons à l’heure du déjeuner. Nous demandons à une mamie du village qui, après réflexion, nous indique une trattoria près de la gare. Nous la trouvons et mangeons sainement et délicieusement. Rigatoni au fromage en primo piatto, escalope de veau et haricots verts en secondo piatto. Pas de dessert en semaine.

Nous repartons et arrivons à Garlasco pour 14h30. En suivant les indications de Silvana, communiquées par Whattsapp, nous arrivons à la maison du pèlerin, récupérons les clefs. Gîte de luxe. Appartement bourgeois avec machines à laver et sécher le linge dans la salle de bains. Nous faisons une lessive commune sans prêter attention à la durée du programme (3h10). Il y a forcément un programme court.

Le timbre pour la crédence se trouve dans le salon ainsi que la BD Bona Via de Valerio Barchi sur la Via Francigena. Rien à manger mais un restaurant recommandé, Il Cortile. Hautement recommandable en effet.

M inspecte l’armoire à pharmacie d’un œil professionnel et en profite pour prendre nos tensions et nos pouls. Tout est normal après une journée de marche.

Au Cortile, menu del pellegrino (menu du pèlerin) à 20€. M le prend avec un verre de Bonarda (vin rouge pétillant de Lombardie) qu’il apprécie. Je prends à la carte une assiette de charcuterie fromage avec oignons confits et figues confites en antipasto. Un risotto en primo piatto forcément. Pas de secondo piatto car je me réserve pour le dolce (dessert en français). Une crostata alle mandorle e caramello (un croustillant aux amandes et caramel). 60€/2. M m’a invité ce midi. Je l’invite ce soir d’autant qu’il fut plus économe que moi.

Nous avions repéré un bar censé diffuser les matchs de Champion’s League en vue de la demi-finale Real Madrid – Bayern Munich ce soir. En fait, c’est tenu par un Chinois qui gère une salle de jeux vidéo et le bar attenant. Pas de diffusion de matchs de football en direct. Aucun intérêt pour nous. Nous ne verrons pas le match.

Pause devant le Tessin avant Pavie

Pause devant le Tessin avant Pavie

Jeudi 9 mai :  Garlasco – Pavie – Milan. 26km à pied de Garlasco à Pavie..

Albert Hôtel, Milano. 153€ la chambre sans petit déjeuner.

Ristorante Il Tavolino, Milano.

Départ à 7h30. Arrivée à 14h45. Grand beau temps. Pas de difficulté mais assez long et chaud. Beau passage en sous-bois, le long du fleuve Tessin qui descend de Suisse et finit par se jeter dans le Po. Ca change des rizières. M a mal aux pieds mais m’accompagne pour ma dernière étape.

M veut tracer. Pas de petit déjeuner alors qu’un café le long du chemin à Garlasco est ouvert dès 5h du matin.

Arrêt ravitaillement à Grappolo Cairoli. Boulangerie et primeurs. J'explique mon chemin à pied de Paris à Rome au boulanger. Ca l'impressionne beaucoup. Toutefois il me fait remarquer que je n'ai pas perdu mon ventre (Non avete perso la pancia). Ma si mangia benissimo in Italia! (Mais on mange très bien en Italie) lui ai je répondu. Il rit. Moi aussi et je suis reparti.

Pique-nique au bord du fleuve Tessin à l’ombre. Un petit coin de paradis. Nous terminons le saucisson de taureau de Camargue et la fontina du Val d’Aoste que m’avait laissé N en partant lundi. Nous l'appelons pour le remercier.

En marchant, nous croisons un bar restaurant au bord du fleuve. Attablé seul à l’ombre, avec un bon plat et une chope de bière, C, le cuisinier suisse rencontré à Mortara, à l’abbaye, 2 jours avant. Il est en pleine forme et nous invite à le rejoindre mais M veut boucler l’étape au plus tôt pour prendre soin de ses pieds.

En approchant de Pavie, nous croisons des promeneurs sortis de la ville pour s'aérer. Nous croisons même un fou. Un homme, la soixantaine, marche d'un bon pas, sac au dos et bâton dans la main gauche. Sa main droite tient le téléphone portable collé à son oreille et il parle fort d'argent et d'impôt. Un fou qui ne profite pas du lieu, du moment. M et moi nous retenons pour ne pas jeter son téléphone portable dans le Tessin. Nous le laissons à sa folie et lui souhaitons de vite revenir au bureau gérer ses affaires au lieu de polluer les rives enchanteresses du Tessin avec ses mauvaises ondes.

Au loin se dessine le prochain obstacle à franchir sur notre chemin, après le Jura de France en Suisse, après les Alpes de Suisse en Italie, la colonne vertébrale de l'Italie, les Apennins.

Fin un peu délicate. Nous devons contourner un chantier, passer sur un pont de bois écroulé. Nous arrivons à Pavie et nous photographions mutuellement sur le pont couvert, reconstruit en 1951 après avoir été détruit par les Allemands en 1944.

Pause boisson fraîche en terrasse à l’ombre sur une belle place italienne. Passage par la cathédrale de Pavie, le Duomo, pour faire valider notre crédence de pèlerin.

Séparation d’avec M qui va se reposer au gîte et continuera seul jusqu’à Rome.

Le GPS me guide jusqu’à la gare de Pavie où j’achète mes 5 dernières cartes postales et un billet de train pour Milano Centrale réutilisable jusqu’en 2028. Il me servira en 2025 quand je repartirai de Pavie vers Rome. Du train, j’admire la Chartreuse de Pavie où François Ier, Roi de France, fut retenu prisonnier après le Désastre de Pavie le 24 février 1525.

A Milan le GPS veut me perdre mais je trouve facilement mon hôtel près de la gare de Milano Centrale. Le réceptionniste parle bien français. Chambre adaptée aux handicapés physiques. Je ne le suis pas mais j’ai apprécié le siège pliant, les poignées et l’absence de margelle de la douche.

Après m’être lavé, habillé, reposé, je pars à pied pour Il Tavolino pour retrouver les époux C avec qui j’ai descendu les Alpes du Grand Saint Bernard à Aoste en juillet 2023. Ils m’attendent sur le trottoir avec un couple d’amis marcheurs, juste avant le restaurant. Attention délicate, touchante même. Je leur offre nos cadeaux pour randonneurs. 2 savons de Marseille de la part de N qui est Marseillais, 2 savons de Guyane de Nature Amazonie pour ma part. Réflexe outre-mer !

Délicieux risotto et osso bucco. 2 plats milanais ensemble dans la même assiette. Une cassata siciliana en dessert. Ambiance très sympathique à table. Nous nous donnons rendez-vous en 2025 à Milan pour la suite de cette marche car, de Paris à Pavie, je changerai obligatoirement de train à Milan.

Je n’ai pas eu la bonne idée de laisser mes 5 cartes postales aux amis Milanais pour qu’ils les postent. Je ne vois pas de boite aux lettres en chemin du restaurant à mon hôtel. Je laisse les cartes postales à la réception. Elles ont bien été postées puisque N a reçu sa carte postale de Pavie le mercredi 29 mai 2024, jour de mon 53e anniversaire. Beau hasard.

Le chemin se poursuit en Italie de Pavie (Lombardie) à Lucques (Toscane) à travers les Apennins.

Lac de Zoug

Lac de Zoug

Vendredi 10 mai : Milan – Zurich -  Lausanne – Paris

Comme je l’ai écrit au début de cette chronique, il n’y a plus de train direct Paris Milan depuis des éboulements en Savoie en août 2023.

Pour le retour, mes trains sont les suivants.

Milano Centrale : 8h20

Lausanne : 11h42

Lausanne : 19h45

Paris gare de Lyon : 23h42

Ainsi je fais en train en quelques heures ce que j’ai fait à pied en quelques années mais dans l’autre sens. Le passage des Alpes d’Italie en Suisse puis le passage du Jura de Suisse en France.

Trop facile.

J’arrive comme une fleur à 7h55 à la gare. Pas de train à 8h20 pour Lausanne sur le tableau des départs mais un train à 8h05 pour Genève. Le temps que je me renseigne et comprenne que le train pour Genève passe d’abord par Lausanne (logique en venant d’Italie. C’est mon esprit formaté de Français habitué à voir Lausanne après Genève qui m’a empêché de comprendre) et que le train a été avancé de 15mn, le train part sans moi. Les fascistes italiens aiment dire que, du temps du Duce, les trains partaient à l'heure. La République italienne fait mieux. Mon train est parti en avance.

Je vais au service après-vente des FS où j’apprends que j’ai reçu un mail m’indiquant le changement d’horaire m’a été envoyé. Faux dis-je à l’hôtesse. Rien reçu. Même pas dans les spam. J’ai vérifié.

Elle me trouve un Milan Lausanne avec changement de train à Zurich. Gratuitement. Ma bonne foi a donc été admise. Arrivée à Lausanne à 16h42 au lieu de 11h42. Heureusement, j’ai prévu de prendre le dernier train pour Paris à 19h45.

Je préviens L, l’amie d’enfance que j’avais retrouvé à Nyon en 2023 et qui doit me retrouver à Lausanne en 2024, de prévoir un goûter et non pas un déjeuner.

Puis je prends le train pour le Paradis. Fiscal. Sans contrôle douanier ou policier. Milan Zürich via Lugano et Zoug. En 1ère , place isolée, près de la fenêtre, dans le sens inverse de la marche. Une Suisse de carte postale. Succession de lacs (Lugano, Quatre Cantons, Zoug, Zürich), de montagnes, de cascades, de villages, de chalets, d’alpages. Je passe le voyage à photographier ce que je vois de ma fenêtre et à l’envoyer à des amis et à la famille. J’en prends plein la vue. Petit déjeuner à 16€ avec vue assis avec une table au wagon bar. Je remercie Mercure dieu des voyageurs pour ce délicieux contretemps. Je n’ai pas vu Gerhard Schroder à Zoug.

A Zürich, j’ai un peu plus d’1h de pause. Je trouve un restaurant typique près de la gare et m’offre un plat au prix d’un repas pour 2 personnes en Italie. 59€ pour un plat de veau et rostis et une bouteille d’eau minérale suisse.  Au Walliser Kanne. Zürich est une deux villes les plus chères au monde avec Hong Kong. C'est plein de SDF (Sans domicile fiscal et Sans difficulté financière).

Ensuite le train Zürich – Lausanne offre un paysage d’alpages apaisant mais sans spectacle grandiose. Sauf à la fin quand le train surplombe les vignes du Lavaux et le lac Léman avec vue sur les Alpes de Haute-Savoie en face, derrière la rive française. En plein soleil. Effet WHAOU assuré.

L m’attend à la gare de Lausanne. Nous descendons à pied jusqu’au Lac et trouvons un endroit pour nous baigner malgré la fête foraine au port de Lausanne Ouchy. Elle a prévu pommes et chocolat suisse. Nous avons de l’eau dans nos gourdes. Cela suffit à notre bonheur.

Le bain dans l’eau froide (14,85°C d'après la météo suisse. Anormalement chaud pour la saison. Le lac Léman manque d’oxygène) fait grand bien à mes muscles et mes articulations après 11 jours de marche. Je me blesse aux jambes sur les rochers en remontant. Je ne sens rien avec l’eau froide mais le sang coule. Ma trousse à pharmacie qui n’a pas servi de la marche m’est utile. Je désinfecte, mets des pansements et j’éponge avec ma serviette éponge destinée à la lessive à l’arrivée à Paris.

Nous remontons à temps à la gare de Lausanne prendre nos trains respectifs. Je passe le Jura, la Bourgogne, l’Ile de France, sans rien en voir, vu l’heure. Retour sans encombre à Paris. Mes plaies aux jambes sont cicatrisées et une bonne douche avec savon a tout nettoyé.

Depuis, M poursuit sa marche vers Rome et m’envoie régulièrement des photos et des nouvelles pour m’avertir de ce qui m’attend pour la suite. J’ai transmis aux amis Milanais les photographies prises au restaurant par le serveur. Nous nous reverrons en 2025 pour la suite du chemin vers Rome, de Pavie à Lucques (Toscane) en espérant que le train direct Paris gare de Lyon – Milano centrale soit rétabli d’ici là et que N, demeuré un ami, m'accompagnera de nouveau ayant tiré les leçons de son échec pour sa première randonnée itinérante.

En juin 2025, j'ai repris le chemin de Pavie (Lombardie) à Lucques (Toscane) à travers les Monts Apennins.

Dernier obstacle avant Pavie

Dernier obstacle avant Pavie

Les photographies de cet article sont l'oeuvre de l'Excellent Guillaume Lagrée. Toute utilisation de ces oeuvres sans autorisation de leur auteur constitue une violation du Code de la propriété intellectuelle passible de sanctions civiles et pénales.

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De Paris à la Belgique. A la recherche du sentier des Ardennes. Ière partie: de Paris à Coulommiers, en Brie

29 Décembre 2023 , Rédigé par Guillaume Lagrée

Bords de Marne à Créteil

Bords de Marne à Créteil

 

De Paris à la Belgique

GR14.  Sentier des Ardennes.

Première Partie

Paris (75) – Coulommiers (77)

En remontant la Marne en Ile de France

5 jours de marche

Lundi 17 – Vendredi 21 octobre 2022

 

Lundi 17 octobre 2022 : Paris (75) – Sucy en Brie (94)

Hôtel Ibis Budget de Sucy en Brie.

Départ à 9h. Arrivée à 15h30. Marche sous une pluie fine toute la journée.

Pour la première fois, je pars en randonnée à pied depuis chez moi. Passage par le bois de Vincennes où je dois trouver le GR14 chemin des Ardennes qui suit les chemins de l'armée allemande en 1870, 1914 & 1940 (Brie, Champagne, Meuse, Ardennes) et le GR2, sentier de la Seine, que j’avais pris en direction de Dijon au début de ma marche de Paris pour Rome en mars 2019.

Le GR14 existe sur les cartes tant papier qu'en ligne mais, sur le terrain, pour de vrai,  il n'existe plus. Il a été supprimé d'un commun accord entre les comités régionaux Ile de France, Hauts de France et Grand Est de la Fédération française de randonnée pédestre.

Ce que je décris ci-dessous comme le GR14 est en fait une succession de PR (sentiers de petite randonnée). J'ai compris la disparition du GR14, qui est pourtant un sentier historique majeur (batailles des Ardennes, de Meuse, de Champagne et de Brie) en interrogeant le président du comité régional Ile de France de la FFRP. Il m'a avoué avoir pris l'initiative de supprimer ce sentier. Sans me demander mon avis. Evidemment. Qui paie commande.

Justement, " Le pays où l'on n'arrive jamais " se trouve quelque part sur ce chemin disparu, entre Meuse et Ardennes. Raison de plus pour le chercher.

Comme le chante Michel Berger " Il fait beau, je sors, je trouverai le bon chemin et je me sens mieux dehors. Pour vivre. " Cf extrait audio au dessus et vidéo en dessous de cet article.

Dans le bois de Vincennes, je traverse l’Arboretum de Paris. Là, divine surprise. Un ténor d’opéra chante de l’opéra italien en marchant. Je lui demande s’il est amateur ou professionnel. A votre avis, me demande t-il ? Je ne sais pas. Professionnel me répond t-il. J’aurais dû m’en douter ouï son chant mais, après tout, Luciano Pavarotti et Roberto Alagna ont commencé en amateurs. Je ne lui ai pas dit que je suis aussi critique musical et animateur radio et je poursuis mon chemin.

Juste après l’Arboretum, je croise 3 prostituées africaines qui sortent d’un sentier café à la main. Les prostituées ont droit à leur pause-café. J’ai aussi trouvé une culotte noire traînant par terre mais je ne l’ai pas mise dans mon sac comme souvenir.

Je descends à Saint Maurice suivre la Marne pour m’apercevoir que je reconnais le paysage. C’est celui du GR2  sentier de la Seine que j’ai commencé en mars 2019 dans la direction de Dijon pour aller vers Rome.

Demi-tour. Maisons-Alfort et Créteil par les bords de Marne. C’est très bourgeois. Villas avec jardins et bateaux. Je ne suis pas sur le GR14 mais sur le GR15, vallée de la Marne, voire sur le GR2. Première trace des guerres avec la statue à Créteil du général Jules Marie Ladreit de Lacharrière mort au combat en décembre 1870. Cet aristocrate ardéchois est l'ancêtre du milliardaire français Marc Ladreit de Lacharrière (1940)

Je déclenche le GPS pour trouver mon hôtel à Sucy en Brie. Ibis Budget. J’arrive trempé mais équipé ce qui a beaucoup impressionné les 2 quadragénaires maghrébins de la réception. Employé et patron très sympathiques tous les deux. Ils m’indiquent qu’en venant de leur part j’aurai 20% de moins à la pizzeria dell’Arte située à 100m en face de l’hôtel.

J’ai oublié de l'indiquer mais à 26,50€ pour les linguine à la carbonara, le baba à l’amaretto, la bouteille de soda noir américain et la ½ bouteille d'acqua frizzante, ça reste très raisonnable. Bien dormi avec la fenêtre ouverte pour que les vêtements sèchent. Pas réussi à allumer la TV et les lampes de chevet au-dessus du lit ne fonctionnaient pas. Rien de grave. Jusqu’à minuit, venant de dehors, j’entendais des musiques de western spaghetti. Un fan d’Ennio Morricone apparemment.

Incidents du jour :

Un des 2 bâtons italiens qui me furent si utiles dans le Jura au printemps et à l’été 2022 refuse de fonctionner. Je pars avec un seul bâton. En ouvrant le sac, je découvre que j’ai perdu mon couteau, un Laguiole gravé et acheté à Langogne en Lozère (Occitanie, France), lors d'une précédente randonnée. Très bel objet. Il m’en faudra un autre

Bonnes surprises du jour :

  • La rencontre avec un ténor dans le bois de Vincennes
  • Les bords de Marne avec les arbres et les péniches, même sous la pluie, c’est toujours magique
  • La pizzeria en face de l’hôtel. Pratique et pas cher
  • Je n’ai pas pris de livre. A Créteil, je trouve une première boite à livres sur les bords de Marne. Rien d’intéressant. 2e boite à livres en centre-ville. Je tombe sur « La Vouivre » de Marcel Aymé, conte jurassien pour adultes. Je l’ai lu dans la bibliothèque de ma grand-mère en Haute-Savoie. Evidemment, je le prends. J’ai traversé le Jura à pied cette année de Dole (F) à Nyon (CH) et je viens de repartir à pied.
Haras de Beaulieu à Lesigny

Haras de Beaulieu à Lesigny

Mardi 18 octobre : Sucy en Brie (94) – Ozoir la Ferrière (77)

Studio à Ozoir la Ferrière

Restaurant le Sud du Maroc à Ozoir la Ferrière

Deux bonnes nouvelles pour commencer la journée :

  • Il ne pleut plus
  • J’ai retrouvé mon couteau de Lozère bien caché dans mon sac à dos

Démarrage en douceur. Lever à 7h30. Petit déjeuner convenable avec pain et viennoiseries frais. Il s’agir maintenant de trouver le GR14. J’ai repéré qu’il passe au Nord de Sucy en Brie, dans le parc départemental du Morbras.

Je repère une balise jaune et rouge mais celui des GR est blanc et rouge (le drapeau de la Pologne) depuis 1947. A l’entrée du parc, je trouve la maison des ouvriers d’entretien et leur demande mon chemin. Un ouvrier m’explique que le GR14 n’est plus marqué en blanc et rouge mais en jaune et rouge.

Pourquoi ? Il l’ignore. Il me prévient qu’il n’y a pas de point d’eau en route mais que je peux me ravitailler dans ce parc ou au parc départemental des Marmousets le long du chemin.

En fait, dans le parc du Morbras, j’ai vu 3 points d’eau. Les 3 avec le signal et l’écrit « Eau non potable ». Heureusement, je suis au départ et ma gourde est pleine. Quant au parc des Marmousets, je ne l’ai pas vu en chemin.

Au hameau de Noiseau, je perds le GR. Je remonte un PR jusqu’à Ormesson sur Marne (le château de famille des d’Ormesson : Wladimir, Jean …Vaut la visite). Une dame qui promène son chien m’explique mon erreur. ½ tour.

Après Noiseau, j’arrive à un plan de ville. Devant, un ouvrier taille des arbustes à la serpette. Il compatit et m’explique mon chemin. J’arrive à la route pour la Queue en Brie. Ca me rapproche d’Ozoir la Ferrière mais avec de la route seulement. Bof. Je prends la route dans l'autre sens et j’arrive à l’entrée de la forêt domaniale Notre-Dame entre Val de Marne et Seine et Marne.

C’est beau, calme, avec de grandes allées cavalières. En demandant mon chemin aux promeneurs et en regardant les panneaux, je trouve la Route Royale qui file tout droit en forêt jusqu’à Ozoir la Ferrière.

Au sortir de la forêt, le pavillon des Friches, ancien pavillon de chasse Belle Epoque, tenu par l’Office national des forêts. Je prends la route des friches à droite. Je me mets en forêt pour le pique-nique et regarde la carte. Ce n’est pas bon. Je reviens au pavillon des friches et reprends la route des friches à gauche. Ce n’est pas bon.

Je longe la N104, Francilienne, vois le panneau de sortie routier pour Ozoir la Ferrière mais, à pied, il serait suicidaire de traverser. Je reviens vers le pavillon des friches et, au lieu de regarder la carte, je regarde le territoire pour écrire comme Michel Houellbecq.

Là, je vois une passerelle pour piétons qui passe au-dessus de la N104. Je gravis la pente directement, retrouve la marque du PR jaune et rouge et la passerelle qui me permet de passer au-dessus de la N104 sans aucun danger. Il y a même des grilles hautes pour éviter les suicides.  Si des êtres humains peuvent utiliser cette passerelle pour passer sans danger au dessus de la N104, d'autres mammifères terrestres le peuvent aussi (renards, biches, cerfs, sangliers...). Si des chercheurs placent une caméra cachée sur cette passerelle pour observer les espèces animales qui l'utilisent, je suis curieux de connaître les résultats de leurs travaux.

Je suis le PR et demande mon chemin à des cyclistes pour vérifier. Je suis bien sur la Route Royale en direction d’Ozoir la Ferrière. J’ai même demandé mon chemin à une cavalière. Une belle brune quadragénaire montée sur un superbe cheval noir avec des protèges tibias (le cheval pas la cavalière qui a ses bottes et sa bombe). Je sors de la forêt, arrive à un manège où une jeune cavalière s’exerce au saut d’obstacles sous les conseils d’un vieux Maître. En face, le haras de Beaulieu. Je suis bien en Brie, en Seine et Marne, dans la campagne d’Ile de France.

Le sentier passe ensuite au milieu du golf d’Ozoir la Ferrière. Je ramasse des balles et les jette côté golf. Il y a du monde. Que des hommes et pas tous retraités. En voiture malgré la pénurie d’essence due aux grèves. La fin de l’abondance et de l’insouciance n’est pas pour les golfeurs.

Au sortir du golf, le balisage GR suit une petite route qui me permet d’accéder à Ozoir la Ferrière sans risquer ma vie sur la N104. A l’arrivée, enterrement à l’église du village. Je repère deux restaurants français et un marocain. J’irai au marocain. J’arrive dans un studio où j’entre sans clef, avec digicode. Bien équipé avec un lit immense et des victuailles en cuisine.

Aujourd’hui, beau parcours en forêt encore toute humide des pluies de la veille mais par un temps doux, sec, avec de beaux rayons de soleil.

Dîner au Sud du Maroc. C’est le nom du restaurant. Délicieux tajine agneau figues avec une semoule fine et une sauce épicée sans exagération. Salade d’oranges rafraîchissante. Soda noir américain pour la recharge en sucres et sels minéraux. ½ bouteille d'eau pétillante. Thé à la menthe pour finir.

Arrivé à 19h30. Départ à 20h30 alors qu’un groupe de 14 femmes vient d’arriver pour dîner. 50ne-60ne sans mari, enfant, petit- enfant, gendre, bru, amant. Elles piaillent comme des collégiennes. Je suis vite parti.

Route de la Guillaumetterie en forêt de Ferrières

Route de la Guillaumetterie en forêt de Ferrières

Mercredi 19 octobre : Ozoir la Ferrière (77) – Neufmoutiers en Brie (77)

Gîte la Bourbelle à Neufmoutiers en Brie. 

Départ à 9h. Arrivée à 18h. Rien pour le petit déjeuner. J’achète un pain aux raisins et une baguette viennoise au chocolat chez le boulanger, 3 pommes chez le primeur, Le Canard Enchaîné chez le libraire maison de la presse Rouge Papier (immense, très bien fourni en BD, mangas, ouvrages locaux).

Je suis la route pour Roissy en Brie en espérant trouver la marque jaune et rouge du GR14. J’arrive à Roissy en Brie. Je vois écrit Pontcarré où passe le GR. Pas de GR sur place. Il doit être un peu plus au Nord sur la route qui monte vers Ferrières en Brie (ex château Second Empire des Rothschild. Aujourd’hui école hôtelière).

En effet, la route passe au-dessus d’un tunnel. Ce tunnel est réservé aux piétons et j’y vois la marque du GR14. Je passe la barrière et suit le GR par la route de la Guillaumetterie (sic).

La forêt de Ferrières a appartenu aux Rothschild de 1829 à 1976. Depuis elle appartient au conseil régional d’Ile de France. Les allées cavalières et les panneaux directionnels datent des Rothschild.  Je suis la marque puis la perd et me retrouve sur une départementale. Le sentier en face est marqué PR (jaune) pas GR (rouge et jaune).

Je prends la route départementale et me trouve face à l’autoroute A4 (Paris-Strasbourg) et au village de Jossigny. Mauvaise direction.

Je prends une route qui doit être la D88 qui mène à Villeneuve Saint Denis. En vue d’un moulin à vent, je hèle une cycliste qui s’arrête et me confirme la route et la direction. J’arrive à Villeneuve Saint Denis. Rien à y faire. Même pas un café.

Je poursuis jusqu’à Villeneuve le Comte. Joli chemin à travers champ pour arriver au village en quittant la départementale sur la fin. Là, un vrai bourg avec une belle église gothique (architecture née en Ile de France, à Saint Denis), un café en terrasse face à l’église et un panneau indiquant la direction de Neufmoutiers en Brie, mon objectif du jour.

Je tiens le bon bout. Il fait beau, je m’assieds en terrasse, commande un soda noir américain et fait remplir ma gourde. Eau à 3°C. Ne pas la boire tout de suite me prévient la patronne. Elle ajoute que, pour Neufmoutiers, c’est 5km d’une église à l’autre. Tout droit. 1h de marche.

Une fois désaltéré, rechargé en sucres et sels minéraux, je reprends mon chemin. Arrêt à la pharmacie pour m’acheter un bâton à lèvres. Je l’ai oublié à Paris. Le soleil et le vent me dessèchent. La pharmacienne ne connaît pas ma chambre d’hôtes et me souhaite bonne route.

Parti à 16h, j’arrive à 17h à Neufmoutiers en Brie. Par la D96 où je retrouve la marque du GR. Mon gîte est de l’autre côté du village. J’appelle l'hôtesse. Sa voix est charmante. Elle m’explique le chemin et m’indique qu’elle ouvre le portail.

J’arrive au hameau les Lycéens où se trouve un immense lycée, le Centre médical et pédagogique pour adolescents. Cela ressemble à une prison pour enfants avec de hauts murs entre forêt et route. Un lieu idéal pour film d’horreur. Immense bâtiment Second Empire néo Louis XIII en briques.

Je rappelle l'hôtesse qui m’explique que je suis allé trop loin sur la D96. Je dois revenir au CMPA et trouver le panneau La Bourbelle en face de la grille d’entrée du château. En effet, le panneau y est. Je marche en forêt et j’en ai marre. Fatigue. Au moment où je vais maudire mon hôtesse, je vois le portail.

Une merveille. Un beau manoir en briques. La maison du garde-chasse du château agrandie de 2 ailes. Un parc avec des ânes, verger et jardin potager. Je dispose d’une immense chambre avec vue sur le jardin, d’une grande cuisine, d’une salle de bains avec baignoire, de WC séparés de la salle de bains. Plafond haut. Aucune pollution sonore ou visuelle.

J’ai commandé le plateau repas pour randonneurs et c’est ce qu’il me faut : chips et noix de cajou en apéritif, velouté de légumes du jardin, pomme du jardin, jus de pomme de Brie, fondant au chocolat avec, en accompagnement, des cerneaux de noix et des raisins secs. Un délice frais, sain, local, sans viande ni poisson. Je suis repu, reconstitué mais pas lourd.

Eau à peine chaude dans la magnifique baignoire mais je suis propre. Pas possible de faire une lessive. Elle vient de lancer la 4e du jour. Tant pis. L’hôtesse fait dîner ses 3 enfants + 1 de la voisine. Ca piaille mais raisonnablement et pas au-delà de 20h.  Un petit Paradis. En souvenir, je laisse le Canard Enchaîné du jour que j’ai lu au lit ce soir et «  La Vouivre » de Marcel Aymé que j’ai fini la veille.

Sentier en forêt de Crécy la Chapelle

Sentier en forêt de Crécy la Chapelle

Jeudi 20 octobre : Neufmoutiers en Brie (77) – Pommeuse (77)

Départ : 9h15. Arrivée : 16h30.

Chambre et table d'hôtes au château de Pommeuse.

 

Délicieux petit déjeuner avec des produits locaux. Pomme et jus de pomme de Brie. Muffin et crêpes maison. Confiture maison. Thé vert. Verre de lait froid. Discussion très sympathique avec l’hôtesse sur la marche. Elle aimerait aller à Compostelle mais avec 3 enfants dont le dernier a 18 mois, ce n’est pas possible. Je lui explique mes marches. Cela l’impressionne. Je lui achète 2 savons solides au lait d’ânesse. Je recommande vivement le gîte de la Bourbelle à Neufmoutiers en Brie.

Je reprends la D96 dans l’autre sens et retrouve le GR14 à l’autre sortie de Neufmoutiers en Brie. A la sortie de Neufmoutier, une très belle ferme briarde fortifiée avec murs, tours, douves, eau, chevaux. Je croise une école en ballade. Une professeure me dit : « c’est l’avantage de l’école à la campagne ».  

Marche en forêt domaniale de Crécy la Chapelle, ancienne propriété de la Maison d’Orléans. C’est bien balisé mais il y a toujours un risque de confusion entre le GR1, grand tour de l’Ile de France en blanc et rouge et le GR14 en jaune et rouge. Parfois, ils se confondent. Parfois, ils se distinguent. Je suis la marque du GR jusqu’au hameau de Courbon après le village de de Mortcerf.

Là, croix de Saint André à droite et à gauche. Donc ne pas y aller. La marque se trouve sur le sentier d’où je viens. Un sentier par plein champ vaguement vers la forêt d’Hautefeuille mais sans balise ni direction. Après avoir étudié la carte et demandé mon chemin, je renonce au GR et marche le long de la départementale jusqu’à Faremoutiers.

Pause café. Soda noir américain réglementaire et remplissage de gourde. Il ne me reste plus que 2500m de départementale pour arriver à Pommeuse. Fin avec une belle vue dominant le village. Je vois la mairie et l’église mais pas le château, même pas de panneau. J’appelle, le propriétaire me répond et j’arrive tout de suite.

Une immense bergerie ancienne qui ressemble beaucoup à celle de la maison de ma tante F à Sarry dans l'Yonne, en Bourgogne Franche-Comté. D’un seul tenant, avec murs blancs et tuiles. Il y eut un château fort, ruiné par la Guerre de Cent ans. Puis un château Renaissance démonté à la Révolution. Puis cette maison de maître Premier Empire construite sur les soubassements du château. Meublée avec goût. Tenue par un couple d’aristocrates, M et Mme De Langlois. La fleur de lys est visible dès l’entrée.

Des portraits des chefs chouans (Charrette, La Rochejacquelein...) ornent ma chambre. Pièce d’eau avec canards installée dans les anciennes douves. Un mur devant la pelouse monté avec des pierres récupérées dans les fouilles sur le terrain. Baignoire avec jacuzzi mais la douche suffit à mon bonheur.

Dîner somptueux seul dans le salon alors que l’orage tonne dehors. Avec un poêle alsacien au bois qui chauffe. Salade de tomates du jardin, les dernières. Soupe de potiron. Poulet au lait de coco avec riz blanc. Plateau de fromages de Brie avec cerneaux de noix du jardin. Crumble aux pommes avec des framboises fraîches par-dessus.

Je n’ai pas joué au billard américain dans le salon de billard. Très bien dormi dans une chambre fraîche avec une couette chaude. Pas de TV. De toute façon, je n’ai réussi à allumer la TV dans aucune des 3 chambres précédentes. Cela ne m’a pas manqué. Je n'ai plus de télévision chez moi depuis 1993.

Le Grand Morin à Coulommiers

Le Grand Morin à Coulommiers

Vendredi 21 octobre :  Pommeuse (77) – Coulommiers (77) – Paris (75)

Fromagerie Jehan de Brie à Coulommiers.

Petit déjeuner somptueux au salon. Jus de pommes de jardins frais pressé. Thé vert. Beurre salé (la patronne est de Pontivy. Un de ses 5 enfants est notaire à Rennes). Confiture de rhubarbe maison. Compote de pommes maison. Jambon. Fromages ; Salade de fruits maison. Pain frais. Fondant au chocolat. Mousse au chocolat. 250€ tout compris mais ça les vaut. Gîte 5 épis.

Pluie cette nuit. A 8h, il ne pleut plus. A 9h30, il pleuviote. Je mets le kway et couvre le sac. Je ne mets pas de pantalon de pluie. Grave erreur. Le ciel me tombe sur la tête. Pluie forte. Eclairs. Tonnerre. La totale. Je n’ai que 5km à faire en suivant la départementale, ce n’est pas terrifiant comme dans le Mercantour où un orage m’a fait faire demi-tour à La Brigue (06) en 2011 mais je me fais arroser. Mes chaussures finissent en éponges.

Mme De Langlois m’a recommandé le fromager de la place du marché à Coulommiers. Il fournit le Pape quand il vient à Paris. A Coulommiers, la pluie cesse et le soleil revient. Je trouve la place du marché et le fromager Jehan de Brie. Maison prodigieuse. Un Coulommiers entier fermier de la ferme des 30 arpents (Edmond de Rothschild Héritage) pour G & ses parents. Un Fougerous, un Brie au poivre, un chèvre local et un pain d’épices de l’Yonne pour moi. Jehan de Brie (vers 1336 - vers 1380) a écrit le premier traité d'agriculture et de bergerie en langue française. Il était d'ici.

Vu mon état, avec les pieds qui baignent dans les chaussures, je ne reste pas déjeuner. La serveuse m’a indiqué le chemin de la gare. J’y arrive. Il n’y a pas de train mais un bus direct pour Tournan en Brie. A Tournan un train direct pour Paris Est. Puis le métro jusqu’à chez moi. Départ à 12h15 de Coulommiers. Arrivée chez moi à 13h30.

D’abord me doucher, me raser, me sécher, me changer. Puis 2 lessives. Pas de déjeuner vu ce que j’ai avalé le matin. Le soir, j’ai acheté mon dîner chez l’Indien du coin et ne suis pas allé au concert de Becca Stevens au Duc des Lombards. Trop fatigué. C’était bien joli la Brie, même sous la pluie. Le Grand Morin a repris des forces.

Quelque peu découragé en 2022 par la disparition sur le terrain du GR14, sentier des Ardennes, en 2023, j'ai parcouru d'autres sentiers.

Poursuite de mon chemin pour Rome avec le passage des Alpes sur les traces de Napoléon Bonaparte et de l'armée française de Nyon (CH) à Aoste (I).

Poursuite du GR2, sentier de la Seine, de Paris au Havre en passant par Rouen.

En 2024, j'ai poursuivi mon chemin vers Rome d'Aoste à Pavie et j'ai trouvé le bon chemin vers la Belgique, de Coulommiers (77) à Vitry le François (51), ville créée par François Ier, Roi de France, qui fut fait prisonnier de guerre à Pavie en Italie.

Ferme fortifiée à Neufmoutiers en Brie

Ferme fortifiée à Neufmoutiers en Brie

Les photographies de cet article sont l'oeuvre de Guillaume Lagrée. Toute utilisation de ces oeuvres sans autorisation de leur auteur constitue une violation du Code de la propriété intellectuelle passible de sanctions civiles et pénales.

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De Paris à la Mer le long de la Seine: 3e partie. Rouen - Le Havre

3 Décembre 2023 , Rédigé par Guillaume Lagrée

Plage du Havre

Plage du Havre

GR2 Sentier de la Seine

de Rouen (76) au Havre (76)

La Seine Maritime

 

6 jours de marche

Dimanche 15 – vendredi 20 octobre 2023

Train Nomad Paris Saint Lazare – Rouen Rive droite : 1h08

Train Nomad Le Havre – Paris Saint Lazare : 2h15

 

Après être allé en Normandie de Vernon dans l'Eure à Rouen en Seine Maritime, en avril 2023, après être passé de Nyon en Suisse à Aoste en Italie, franchissant les Alpes, en juillet 2023, me voici de retour en Normandie, en Seine Maritime, en octobre 2023, pour finir le GR2 , sentier de la Seine, par l'embouchure, en mer, en Manche.

Sortie de Rouen

Sortie de Rouen

Dimanche 15 octobre : Paris – Rouen – Saint Pierre de Manneville

Départ de Canteleu : 13h30

Arrivée à Saint Pierre de Manneville : 18h30

Gîte la Folie douce à Saint Pierre de Manneville.

Hier soir, j’ai laissé mon beurrier aux voisins de palier. Je leur laisse souvent ma place de parking. Echange de bons procédés. Eau et électricité coupés en partant. Métro pour la gare Saint Lazare. Train pour Rouen Rive droite. Arrivée à 11h01. Je retrouve tout de suite mon ami C comme à la fin de la 2e partie de cette randonnée, de Vernon à Rouen, devant la cathédrale de Rouen, chère à Claude Monet qui l'a représentée sur 30 tableaux.

Je recommande ses images de voyage, prises par un drone, Carpe Mundi.

C m’emmène en voiture sur les quais de la Seine à la sortie de la ville, là où la Grande Armada de Rouen déploie ses grands voiliers tous les 4 ans. Moins bien cette année 2023 d’après lui qui vit depuis 20 ans à Rouen. Après un risotto et une panacotta (sucres lents et sucres rapides pour randonneurs), C. m’emmène en voiture à la sortie de Rouen, à Canteleu. Arrêt le long de la piste cyclable où je pourrai marcher le long de la Seine jusqu’à Saint Pierre de Manneville, mon objectif du jour.

Etape facile, plate, un peu longue, avec du soleil, du vent et de la fraîcheur. Je renouvelle mon bronzage du visage. Aucune difficulté technique. La Seine est désormais maritime. La marée se manifeste jusqu’à Rouen (mascaret 6h après le Havre). Le cours du fleuve est large, les bateaux marchands sont bien plus gros que les péniches à Paris et les entrepôts énormes. Rouen est le plus gros port céréalier d’Europe m’explique C. C’est d’ici que les céréales de la Beauce et de la Brie prennent le large.

Je croise d’abord la maison de Gustave Flaubert à Croisset. Il n’en reste qu’un vague pavillon. Après sa mort en 1880, sa nièce et héritière vendit les 3ha de terrain en bord de Seine pour payer les dettes de son mari. Tout fut rasé pour bâtir une distillerie industrielle d’alcool. Flaubert en aurait hurlé de rire et en aurait fait un conte drolatique.

Je vois ensuite un couvent troglodyte collé aux falaises de la Seine. En bord de fleuve, la colonne de Napoléon au Val de la Haye date de 1846 et commémore le transfert du cercueil de Napoléon Bonaparte en 1840. C’était le 9 décembre et il faisait -10°C quand le cercueil fut transféré du navire de haute mer au bateau fluvial qui le descendit jusqu’à Paris pour l’enterrer aux Invalides. Tout est expliqué à côté de la colonne bien entretenue.

Série de châteaux du XVIe, XVIIe, XVIIIe siècle avec vue sur Seine en bon état et manifestement habités. Ici, c’est riche. L’argent circule le long de la Seine et cela se voit. « Il existe trois fluides sur Terre : l’eau, l’air et l’argent » (Jacques-Yves dit le commandant Cousteau).

« Paris, Rouen, Le Havre ne sont qu’une ville dont la Seine est l’avenue principale » (Jules Michelet). C’est tellement vrai que le port maritime s’appelle désormais HAROPA (allusion subtile à EUROPA) PORT (HAvreROuenPAris) m’apprend C. tant les trois villes sont interconnectées.

La patronne du gîte s’inquiète de mon sort et me demande plus fois à quelle heure j’arrive. Je finis par l’appeler à 16h30 lors d’une pause sur un banc devant le bac de Sahurs – La Bouille. Automobiles, deux roues et humains peuvent ainsi passer la Seine sans pont.

En fait, la patronne sort ce soir. Elle m’explique tout et me laisse de quoi grignoter en complément des victuailles dans mon sac.

Arrivé à Saint Pierre de Manneville, je tombe sur un superbe étal de pommes, jus de pomme et cidre. Je suis bien en Normandie. Je demande mon chemin à deux dames. C’est très simple. Tout droit, sortir du village puis route à droite dans la forêt pour La Valnaye. 2e gite à gauche.

Premier gîte La Valnaye avec beaucoup de monde et beaucoup de bruit. Serait-ce un retour de noces du dimanche soir ? Mon gîte est plus loin, plus haut, plus au calme juste avant le GR2 en forêt. Je retrouve enfin la marque du GR que je n’ai pas suivi depuis Rouen.

Pas de panneau mais le numéro de la rue et la maison correspondent à la photo que j’ai reçue. Je demande à deux dames qui promènent leur chien. C’est bien là. Elles m’expliquent l’entrée. C’est ouvert. Avec des tranches de saucisson, des tomates, du pain, des noix et noisettes, un morceau de Toblerone (souvenir de ma randonnée en Suisse en juillet dernier) et des gavottes de Dinan en Bretagne, le biscuit à la pâte la plus fine au monde (la vraie recette, nature, sans enrobage de chocolat). Avec une boite de la Belle Iloise et une pomme tirées de mon sac à dos, cela se complète bien. Vu ce que je vois dans le réfrigérateur, le petit déjeuner de demain matin s’annonce très bien.

Pas de télévision. Je suivrai le quart de finale France - Afrique du Sud de la coupe du monde de rugby comme je le pourrai. Ma mère et un neveu m’ont tenu informé du score toute la soirée. Un livre dans ma chambre. Pas une Bible comme dans les motels d’Amérique du Nord mais le volume de la collection Bouquins chez Robert Laffont consacré à Sylvain Tesson, « L’énergie vagabonde ». Excellente lecture pour un marcheur. Douche à l’italienne très appréciable après une après-midi de marche.

En chemin vers Duclair

En chemin vers Duclair

Lundi 16 octobre : Saint Pierre de Maneville – Duclair

Départ : 9h15

Arrivée : 18h15

Chambre d'hôtes En bord de Seine à Duclair

L’échec du XV de France dans sa Coupe du monde de rugby à domicile ne m’a pas empêché de dormir comme un loir. De la chambre, vue sur la forêt. De la salle de bains, vue sur la campagne. Réveil à 6h30. Petit déjeuner à 7h30 avec du pain frais, du miel local, des confitures maison, des viennoiseries fraîches, du jambon, du fromage, du thé, une banane et des myrtilles. Parfait avant de démarrer une journée de marche. Le meilleur petit déjeuner de mes 6 jours de randonnée.

Je suis tellement bien ici que je n’arrive pas à décoller. D’abord je découvre qu’il y a la wi fi alors que je ne l’ai pas trouvé hier soir. Faute d’attention de ma part. Ensuite, je crois avoir perdu mon billet de train retour Le Havre – Paris. J’ai toujours une version imprimée dans le sac à dos en cas de panne de réseau ou du téléphone. Pauline, la maitresse de maison, me l’imprime après que je lui ai transféré. Je l’ai retrouvé le jour même en fouillant mieux mon sac à dos. Je laisse un mot élogieux sur le livre d’or du gîte ouvert en juin 2023, sur Booking et sur ce blog. Je recommande vivement la Folie douce à Saint Pierre de Manneville.

Finalement, je démarre à 9h15. Le GR2 est visible 100m au-dessus de la maison. Il commence par un sentier en forêt. Il fait 5°C mais j’ai quatre couches de vêtements sur mon torse dont un coupe-vent bien utile avec ce vent frais, vent du matin comme dit la chanson de marche.

Temps sec et ensoleillé. Longue montée dans la forêt domaniale de Ramoure. Il y a du dénivelé comme m’avait prévenu mon ami C.

Je sors de la forêt vers 12h30 pour arriver devant l’église abbatiale Saint Georges à Saint Martin de Boscherville. Un chef d’œuvre roman du XII° siècle. Une merveille de lumière. Une bougie pour le repos des âmes de mon père et de mon frère. Le curé est trop beau gosse pour rester chaste et célibataire à mon avis. Ou alors c’est un Saint. Pique-nique sur un banc du jardin face à l’église.

Ensuite, retour en forêt sur les crêtes, à couvert vers Henouville. A l’arrivée à Henouville, je repère un magnifique panneau routier : Danger. Présence de randonneurs ! Je n’ai pas eu la présence d’esprit de demander à une promeneuse de me photographier devant. Photo tout de même du panneau.

D’Henouville, 8km de départementale pour Duclair. Je retourne sur le GR2 en forêt sur la crête mais avec enfin des vues panoramiques sur la Seine. L’effort est récompensé par des vues splendides.

En forêt de Roumare, j’ai croisé des classes découvertes en forêt de petits enfants et d’adolescents ainsi que des retraités en pleine marche de maintien en forme. Cette fois, alors que je descends vers la Seine, je croise un groupe d’ados qui monte vaillamment, munis de bâtons mais sans sac.

Arrivé en bas à Henouville, Duclair est à 4km tout droit par la départementale mais le GR2 me fait remonter en forêt jusqu’à Saint Pierre. A Saint Pierre, je vois que le GR2 fait encore de sacrés détours pour arriver à Duclair. J’en ai marre et suis les bas-côtés larges et herbus de la départementale.

Comme l’herbe est épaisse, les déchets ne se voient pas mais il y en a tous les 10m sans exagération : bouteilles de verre, en plastique, canettes métalliques, emballages plastiques, masques jetables pour COVID. Les automobilistes sont des porcs et personne ne ramasse. Trop dangereux pour emmener les enfants en sortie écologie. Je le vois partout en France, sur les bords de route, quel que soit le département, quelle que soit la région. Pas assez d’éducation ni de sanction apparemment. Espérons que la jeune garde soit plus respectueuse de l’environnement. Je n’ai jamais jeté de déchet non biodégradable dans la Nature. Mes parents me l’ont appris dès les années 70.

Arrivée à Duclair où le GPS m’emmène sur les quais de la Seine. Logique pour un gîte en bord de Seine. Je pars d’abord dans le mauvais sens, vers Rouen. Puis je comprends le GPS et repars dans le bon sens vers Le Havre. Le GPS m’envoie en hauteur sur la route du Havre puis m’affirme que je suis arrivé alors qu’il n’y a rien. J’appelle le gîte et apprends que le GPS m’a enduit dans l’erreur. Comme son nom l’indique, le gîte est en bord de Seine.

Heureusement, je peux traverser le parc du restaurant le Parc pour descendre à la Seine. Le menu est alléchant mais je n’y goûterai pas car un banquet privé est organisé ce soir.

Gîte charmant. Une grande maison avec une grande cheminée où brûle un grand feu de bois. Entrée extérieur pour mon gîte par un escalier jusqu’au premier étage. C’est tout rose, tout cosy,  tout mignon avec vue sur Seine de la chambre et une grande salle de bains.

Pas de table d’hôtes mais plusieurs restaurants à Duclair. Sauf qu’ils sont tous fermés le lundi 16 octobre même le restaurant berbère marocain où les tables sont dressées et où je rêvais de manger un tajine agneau fruits secs comme je l’ai déjà fait en Bourgogne, dans l’Yonne, au Nord d’Auxerre.

Il reste une pizzeria ouverte. Plutôt à emporter mais je peux manger sur place une sicilienne avec câpres, oignons, anchois. Une canette d’eau gazeuse italienne que je ne jette pas dans la Seine. Mangue séchée et pomme tirée du sac pour me nettoyer la bouche.

Ce soir, TV dans ma chambre mais, comme il n’y a plus de match de rugby, peu m’importe. Longue et dure marche mais en forêt, au calme, avec de belles vues sur la Seine à la fin.

Vue sur la Seine

Vue sur la Seine

Mardi 17 octobre :  Duclair – Rives en Seine

Départ : 9h15

Arrivée : 16h15

Gite Saule en Seine à Rives Seine

Bien dormi. Petit déjeuner convenable mais moins bon que la veille. Pas de miel, jambon et fromage. Pain sec, yaourt industriel. En compensation, feu de bois dans la cheminée. Beaucoup plus cher aussi que la veille (100€). Je paie le cadre. C’était propre, confortable et j’ai bien dormi.

Le GR2 ne passe pas par Jumièges. Je fais donc un détour pour voir cette abbaye surnommée la plus belle ruine de France.

Le patron du gîte m’explique le chemin. Très simple. Au sortir de la maison, prendre à gauche et suivre la Seine jusqu’au bac de Jumièges. Puis virage à 45°C et route de Jumièges en passant devant le manoir d’Agnès Sorel et le golf.

Je suis la route qui longe la Seine par ses bas-côtés herbeux. C’est bien moins fréquenté que la départementale donc pas de déchets dans l’herbe. Arrivé au bac, je vois une véloroute pour Jumièges à 10km. 8 km par la route. 2km à pied, ça compte.

Je suis donc la route et tombe sur le manoir où est morte Agnès Sorel (1422-1450), maîtresse du Roi de France Charles VII, morte d’un 4e accouchement et d’un empoisonnement au mercure. Tout est expliqué sur place en accès libre. Magnifique manoir de l’an 1325 environ, résidence de campagne des abbés de Jumièges.

Je poursuis ma route et arrive tranquillement à l’abbaye de Jumièges pour 12h30. Il fait beau et je me restaure sur un banc face à l’abbaye. Je m’apprête à visiter pour apprendre, qu’hors saison, l’abbaye est fermée entre 13h et 14h30. Trop long pour moi qui ait encore du chemin à faire. Je me contenterai donc de voir l’abbaye de Jumièges de l’extérieur.

Je prends la route de Caudebec en Caux et vois la croix de Saint André du GR. Pas par-là donc. Je trouve la balise du GR et la suit tout content de me retrouver seul en forêt, loin de la route et des voitures.

Un doute m’étreint. Suis-je bien sur le GR2 ou sur une variante ? Examen de la carte IGN. Je suis sur le GR23A qui rejoint le GR2 après des kilomètres au Nord Est alors que je vais au Nord Ouest vers Rives Seine.

Demi-tour et retour en ville à la route de Caudebec en Caux et à la croix de Saint André du GR. Il est 14h. J’ai perdu 1h en marchant.

Je suis la route et le trajet du bus 530. Comme la veille, les arrêts de bus me permettent de mesurer précisément ma progression.

Je passe Yainville et arrive au Trait où passe le GR2. Pas trouvé trace du GR2 ni à l’église, ni à la mairie. Il doit passer plus haut, en forêt. Je poursuis la route de Caudebec en Caux et tombe sur une voie verte, la Seine à vélo , que je vois depuis Rouen.

Une piste cyclable c’est mieux que la route pour un marcheur. Je demande à un lycéen qui passe avec le casque audio sur la tête. Il enlève le casque et me confirme que je suis bien dans la bonne direction, vers Saint Wandrille.

Je me pose sur un banc et appelle le patron du gîte. Il me confirme que je suis sur le bon chemin, que la voie verte, ancienne voie ferrée reconvertie, est à 50m de son gîte.

Il me propose de venir me chercher en voiture à un carrefour. Effectivement, je le trouve à un croisement voie verte – route.

En moins de 5mn, nous sommes arrivés. Gite construit en cabane autour d’un saule, d’où son nom Saule en Seine. Tout confort mais rien à manger. Ni dîner ni petit déjeuner. Pour le dîner, je me ferai livrer. Pour le petit déjeuner, pause à Caudebec en Caux demain matin.

Tv, wifi, belle douche avec carreaux de mosaïque. Je reçois deux prospectus pour un burger et une pizzeria. Le burger est fermé le mardi et nous sommes le mardi 17 octobre. Une pizzeria ouverte 7/7. J’ai appelé 5 fois entre 19h et 19h45. A chaque fois, je suis tombé sur le répondeur indiquant que Pizza King est fermé dimanche 9 juillet et ouvrira lundi 10 juillet. Nous sommes le mardi 17 octobre. Rien à ajouter.

Il me reste dans le sac un saucisson sec et des fromages de chèvre secs d’Auvergne achetés samedi 14 octobre à mon marché à Paris chez un Auvergnat qui est aussi randonneur. Produits efficaces. J’ai des pommes grâce au pommier croisé sur la route en sortant de Jumièges cet après-midi. Ainsi que des tranches d’ananas séché achetées dans une boutique parisienne de fruits et légumes secs. Et de l’eau. Protéines animales, vitamines, sucre, eau. J’ai de quoi tenir.

Entrée de Caudebec en Caux

Entrée de Caudebec en Caux

 

Mercredi 18 octobre : Rives Seine - Lillebonne

Départ : 9h30

Arrivée : 16h40

Hôtel de France à Lillebonne

Au matin, l’hôtesse passe me voir. Je lui explique que je n’ai rien trouvé à manger hier soir faute de réponse des livreurs. Elle est désolée pour moi et me dit que j’aurais dû l’appeler, qu’ils auraient trouvé une solution. J’ai été trop timide.

En tout cas, à 2500m du gîte, il existe des boulangeries et des cafés à Caudebec en Caux. J’ai pris un thé chaud au gîte ce matin. Je pars par une petite route tranquille. Arrivé à Caudebec en Caux, je trouve une brasserie qui ne sert qu’à boire, rien à manger. Pas de sandwich mais je peux amener le mien m’explique le serveur. Une brasserie avec bière mais sans sandwich. Le commissaire Maigret doit s’en retourner dans sa tombe.

Je trouve une boulangerie un peu plus loin, achète une fougasse aux pommes de terre et aux lardons que je fais réchauffer, un pain aux raisins et une baguette à l’épeautre pour ce midi.

Il est tombé des cordes à 6h du matin mais il ne pleut plus.

Je reviens à la brasserie, mange ma fougasse chaude et mon pain aux raisins et boit un soda noir américain.

En quittant la ville je trouve sur la gauche la balise du GR2 qui me fait monter en forêt (avec peu de vue sur la Seine) puis redescendre à la Seine à Villequier où se noya Léopoldine Hugo d’où le bouleversant poème de son père, Victor Hugo («  Demain, dès l’aube ») racontant sa marche pour aller fleurir la tombe de sa fille. Je suis les pas de Victor Hugo dans une hêtraie magnifique (le plus beau kilomètre de France selon le Touring Club de France, en 1957).

A Villequier, je longe la Seine et admire la maison Vacquerie (Auguste Vacquerie, natif de Villequier, beau-frère et ami de Victor Hugo. Son exécuteur testamentaire) devenue Musée Victor Hugo. Comme l’abbaye de Jumièges, hors saison, elle est fermée pour pause méridienne.

Au bout du quai, j’ai perdu le GR. J’ai dû manquer une balise. Je suis donc la D81. Pluie et vent. Je m’abrite sous l’auvent du toit d’un brocanteur qui me semble fermé. Pas tout à fait car le brocanteur me voit et ouvre sa porte. Il me demande gentiment ce que je fais là. Je lui explique.

C’est un marcheur. Il a fait le GR34 cet été de Saint Brieuc à Saint Malo et a souffert du dénivelé. Il m’explique qu’il tient une entreprise de sécurité incendie, fait brocanteur en complément 2 week end sur 3. Deux week end à suivre pour s’adapter aux couples séparés en garde alternée. Ainsi le père peut être son client un week end et la mère sa cliente le week end suivant. Avec un week end sur deux, son système précédent, il ne pouvait voir que le père ou que la mère. Astucieux. Il m’aide à mettre mon poncho de pluie au-dessus du sac, m’indique la route pour Lillebonne et je repars.

Pluie et vent le long de la D81. Pas drôle.

Je repère l’arrêt de bus de la ligne Caudebec en Caux –Le Havre qui s’arrête à Lillebonne. Parfait mais les horaires affichés datent de la saison 2016 -2017 alors que nous sommes en 2023. Sont-ils encore valables ?

Pour le savoir, je m’installe en face, sous l’abribus, dans le sens Le Havre – Caudebec en Caux, mange mon pique-nique et consulte les horaires sur Internet.

Le temps de faire tout cela, le bus passe devant moi sans s’arrêter, filant vers Le Havre, puisque je suis dans l’autre sens. Grave erreur de jugement que je paie cash.

Je dois continuer de marcher dans les bas-côtés, herbeux, épais et humides de la D81 sous la pluie et le vent. J’en sors à Norville. Je repère un hôtel café restaurant. Je me pose à l’abri de la terrasse alors qu’il pleut toujours. Je demande de l’eau pour ma gourde à la patronne. C’est une mamie dynamique qui porte Loulou sur son épaule droite. Loulou est un superbe perroquet blanc. Muet. Attaché à sa maîtresse qui remplit ma gourde avec un perroquet sur son épaule.

La dame m’indique le bus devant la mairie. Il est 14h45 et le prochain est à 17h. Je n’ai pas envie d’attendre 2h au bar en discutant avec Loulou et sa maîtresse.

Je marche toujours sur la D81 en direction de Lillebonne. La ville est bien indiquée mais pas le kilométrage. Je longe les énormes raffineries de pétrole de Port Jérôme Seine, signe que je me rapproche du Havre.

Je marche face aux voitures sur le bas-côté herbeux face aux voitures ne sachant pas combien de kilomètres il me reste à parcourir. Une voiture s’arrête de l’autre côté de la route. Le conducteur ouvre sa fenêtre et me demande si je veux monter à bord. J’accepte, traverse la route en regardant bien les voitures et H. me conduit gentiment juste devant l’hôtel de France à Lillebonne. Il connaît le patron et me recommande l’hôtel.

Je lui explique ma marche de Paris à Rome et ce blog de randonnée. Ca lui plaît beaucoup. Il se prend en photo avec moi et mémorise le blog sur son téléphone. Au vu des actualités anxiogènes du moment (guerre à Gaza, attentats) être recueilli par un jeune Maghrébin barbu bienveillant fait du bien au moral. Nous n’avons parlé ni de religion ni de politique ni de travail.

A l’hôtel, je fais le code, prends ma clef et ouvre ma chambre. Hôtel ancien, propre mais une prise électrique est hors service et il n’y a plus de patère sur la porte de la salle de bains pour accrocher la serviette. Ca doit être réparé me dira le réceptionniste.

Achat du Canard enchaîné à la Maison de la presse qui ne fait pas de cartes postales locales.

Visite de l’église Notre Dame de Lillebonne (superbe gothique finissant) où une paroissienne zélée éteint la lumière et manque de m’enfermer. Il est écrit d’être discret dans l’église. Je suis discret dans l’église.

Dîner au restaurant Angus de l’hôtel de France. Mon premier vrai dîner de cette randonnée en Normandie. Jusqu’ici, j’ai bricolé. Là, c’est du sérieux. Jus de pomme. Salade de betteraves au vinaigre balsamique. Confit de canard sauce moutarde, petits légumes et frites. Tarte Tatin avec crème fraîche et éclats de noisettes. Verre de fine calvados. Bonne musique lounge mais pas seulement. Je me suis régalé.

Je sèche mes chaussures avec des vieux journaux que m’a donné le réceptionniste. Il note le truc qu’il ne connaissait pas. En me servant le dîner, il me dit qu’il l’a déjà transmis à un ami. Voici le truc: enlever la semelle pour qu'elle sèche à part, bourrer la chaussure de vieux journaux papier (pas du papier magazine), de la pointe jusqu'au bord. Laisser ainsi toute la nuit. Au matin, avant de remettre les chaussures de marche, enlever les journaux et les jeter. Les journaux sont trempés. Les chaussures sont sèches.

Trop de vent pour laisser la fenêtre ouverte. Dommage car mes vêtements trempés de sueur et de pluie sèchent dans la chambre.

En chemin vers Saint Laurent de Brévédent

En chemin vers Saint Laurent de Brévédent

Jeudi 19 octobre : Lillebonne – Saint Laurent de Brévédent

Départ : 9h30

Arrivée : 18h

Gîte les Sous-Bois à Saint Laurent de Brévédent

Petit déjeuner correct mais rien de mémorable contrairement au dîner de la veille. Je sors de Lillebonne et trouve immédiatement le théâtre gallo-romain de Lillebonne, le mieux conservé au Nord de la Loire.

Ensuite, en marchant au hasard, je trouve la marque du GR2. Dans la bonne direction. Il monte en forêt, traverse des champs (merci aux propriétaires. J’ai soigneusement refermé les barrières après mon message pour éviter que les vaches ne divaguent) et arrive à Saint Nicolas de la Taille.

De là, selon la carte IGN, le GR2 me permet d’aller à Saint Laurent de Brévédent. Ce n’est pas ce qu’affirme la carte devant la mairie de Saint Laurent de Brévédent. Je choisis donc la D81, celle d’hier, et la suit 10km jusqu’à Saint Romain de Cosbol. Je trouve un café, bois un verre de soda noir américain et le patron remplit ma gourde d’eau fraîche.

Temps couvert mais il ne pleut pas. A la sortie du village, un homme me hèle de sa fenêtre et m’indique une route pour Saint Laurent avec moins de voitures que celle pour Le Havre.

Conseil avisé. J’ai d’abord pris une première route qui aboutit à un chemin en impasse. Demi-tour. Je reprends la petite départementale et aboutit à un rond-point où Saint Laurent de Brévédent est annoncé à 8km. Je n’ai plus qu’à la suivre.

Hier, en chemin, j’ai vu un castor écrabouillé en bord de départementale. Aujourd’hui un faon mort, percuté par une voiture probablement.

Pour les 5 derniers kilomètres, la pluie se déchaîne. J’arrive au village, trouve un abri et réussit de nouveau à joindre la patronne du gîte au téléphone. Elle me répond qu’elle m’a tout expliqué sur booking. Je lui réponds que je n’ai pas accès à Booking en randonnée.

Je suis passé devant son gîte sans le savoir. Aucun panneau indicateur en bord de route. J’avais pourtant flairé le piège mais n’avais pas été voir le hameau isolé avant le bourg. Tout est de ma faute donc.

La patronne comprend que je suis fatigué et trempé et viens me chercher en voiture.

Gîte immense avec un grand jardin, des couloirs, des chambres, un salon de billard, une salle de sport, un sauna. Salle de bains commune à chaque étage. Cuisine collective au premier étage. Je me fais livrer ma pizza. Cette fois, ça marche, contrairement à Rives Seine.

Le livreur entre dans la maison. Grande chambre cosy, confortable avec vue sur le jardin. Je vais bien dormir, bercé par la pluie. J’ai réservé le restaurant de poissons au port de plaisance du Havre pour demain 13h.

Aujourd’hui, je n’ai croisé personne en chemin. Belles vues au loin sur le pont de Tancarville. Je m’éloigne de la Seine. Demain, j’arrive à la Mer, à la Manche, version Normandie.

Piscine du Club Nautique Havrais. Réservée aux mouettes. For gulls only.

Piscine du Club Nautique Havrais. Réservée aux mouettes. For gulls only.

Vendredi 20 octobre : Saint Laurent de Brévédent – Le Havre

Départ : 9h

Arrivée : 11h30

Restaurant la Voile bleue au Havre

 

Bon petit déjeuner en libre-service. Je ne vois pas l’hôtesse mais j’ai payé mon séjour sur Booking. Je pars vers 9h et retrouve la D31 vers Saint Laurent de Brévédent puis Harfleur.

A Harfleur, grand panneau de direction pour le Havre. C’est une 4 voies donc impraticable à pied. Je pourrai chercher mon chemin mais j’ai hâte d’arriver.

Je trouve un bus qui m’emmène au Havre. La chauffeuse est une belle jeune femme souriante, efficace, prévenante qui m’explique mon chemin, comment acheter mon billet (je l’ai payé) et l’avertir avant de s’arrêter devant l’hôtel de ville du Havre.

Là, coup de chance, c’est jour de marché. J’en profite pour acheter de vrais fromages normands du cru au lait cru : les 4 AOP camembert, livarot, pont l’évêque, neufchâtel, et, plus confidentiels, le crémeux du Mont Saint Michel, l'oreiller à la ciboulette, un chèvre cendré de Seine Maritime. Tout entre dans le sac à dos.

Je suis le GPS qui m’emmène au restaurant la Voile bleue où j’ai réservé pour 13h. il est 12h15. L’ardoise dehors indique des mets alléchants mais j’ai le temps. Je vais admirer le centre nautique Paul Vatine, la superbe piscine découverte du Club nautique havrais (fermée aux humains et occupée par les mouettes que je jalouse). A côté, une belle plage de galets où j’admire la Mer, les voiliers, les cargos et respire à pleins poumons l’air du large.

Je vais ensuite déjeuner somptueusement. Repas de fin de randonnée plus cher qu’à Aoste en juillet 2023 avec tartare de merlan en entrée, sole entière avec pommes grenaille et petits légumes en plat, thé gourmand en dessert. Jus de pomme artisanal mais pas de Normandie. Cidre industriel dont je me suis abstenu.

Pour digérer, je vais à la plage. Il y a du vent et du soleil. Nous sommes le vendredi 20 octobre 2023. Il fait frais mais pas froid. Je me déshabille et vais me baigner de 15h à 15h30 puis de 16h à 16h30. Je me fais photographier par une voisine en doudoune. Je suis le seul en maillot et le seul à me baigner. Je suis un privilégié.

Thalassothérapie normande avec projection dans les galets par les vagues. Excellent massage après 6 jours de marche. Mes sinus sont bien nettoyés.

Passage ensuite juste en face à l’office du tourisme du Havre où j’achète des cartes postales touristiques et pittoresques que j’écrirai et posterai à Paris.

Je signale à l’hôtesse qu’il est dommage que le seul topoguide du GR2 couvre la seule région Ile de France de Montereau fault sur Yonne (77) à Vernon (27) , grâce au soutien du conseil régional d’Ile de France, alors que ce GR se poursuit et se finit en Normandie de Vernon (27) au Havre (76) en passant par Rouen (76). Elle m’a dit qu’elle ferait part de ma remarque à sa hiérarchie.

Le GR2 est bien balisé en Normandie mais un guide serait un plus pour promouvoir ce chemin. Même remarque pour la Bourgogne Franche-Comté car il n’y a pas de guide du GR2 de Dijon, son point de départ (21) à Montereau fault sur Yonne (77).

Retour sans encombre à Paris. J’ai loupé le croisement du GR2 et du GR21 (côtes de Normandie) qui se trouve quelque part devant la gare routière du Havre.  J’ai aussi manqué les voiliers de la transat Jacques Vabre Le Havre – Fort de France. Je croyais les trouver à la base nautique Paul Vatine près du restaurant et de la plage. Ils étaient aux Docks du Havre.

Le train Nomad est confortable et bien moins cher que le TGV (moins cher en 1ère qu’une 2nde Paris-Rennes). Vu la distance, une ligne grande vitesse Paris – Le Havre ne me semble pas indispensable mais il est possible que les Normands aient un autre avis sur le sujet.

En déballant mon sac à dos à Paris, j’y trouve tout y compris une surprise, un galet de la plage du Havre que j’ai ramené à Paris sans le savoir.

J'ai donc terminé le GR2 sentier de la Seine. Après avoir remonté la Seine jusqu'à sa source de Paris à Dijon en passant par Auxerre, je l'ai descendue de Paris au Havre en passant par Vernon et Rouen. C'est un axe économique majeur pour la France depuis le XII° siècle et il vaut l'effort.

A part les falaises de la Seine avec certains passages abrupts, rien de difficile sur ce chemin. La mise au vert est très rapide, surtout en descendant avec la Seine avec les bois de Meudon et de la Malmaison. Pour retrouver les ciels des Impressionnistes, il suffit de suivre le GR2 de Paris au Havre via Vernon et Le Havre. Dans l'autre sens, vers Dijon, tremper mes pieds à la source de la Seine fut un grand bonheur sur mon chemin de marcheur.

Prochains objectifs: poursuivre mon chemin vers Rome par la Via Francigena en Italie depuis Aoste. En France, poursuivre le GR14 sentier des Ardennes de Paris à la Belgique. Le prochain article de ce blog racontera la première partie de ce chemin en Ile de France, de Paris à Coulommiers en Brie.

Les photographies de cet article sont l'oeuvre de Guillaume Lagrée. Toute utilisation de ces images sans autorisation de leur auteur constitue une violation du Code de la propriété intellectuelle passible de sanctions civiles et pénales.

Base nautique et plage du Havre

Base nautique et plage du Havre

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